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Robert Combas, peintre plasticien

Initiateur et leader du mouvement  ‘Figuration libre’,  Robert Combas fait partie de cette nouvelle génération de peintres chahuteurs qui démarrent dans les années 80. Comme Di Rosa, Blanchard, Boisrond, Marchand, son œuvre s’inspire tout à la fois de la BD, de la science fiction et des arts populaires et rompt avec la sévérité de la précédente décennie. Combas invente une esthétique enthousiaste, libre et désinvolte qui en fait l’un des artistes français contemporains les plus populaires. Aujourd’hui, Il magnifie l’espace du carré Sainte-Anne de Montpellier où il expose tout l’été.

L’œuvre a envahi l’espace à la faveur d’une scénographie puissante et savamment pensée.  Ponctués par des colonnes de faux marbre, les bas-côtés s’habillent de gigantesques lés d’une tapisserie réalisée sur injonction de l’artiste pour l’exposition : des crucifix noirs, projetés sur fond blanc, s’alignent avec régularité. La simplicité du motif contraste avec l’exubérance foisonnante des vastes toiles en grisaille. La sobriété apparente étonne. L’artiste a habitué son public aux couleurs stridentes. On se souvient pourtant de la série des « tatouages académiques» où déjà il dévergondait la statuaire gréco-romaine … et puis on oublie tout car on aperçoit une silhouette bleue qui s’exprime à renfort de grands gestes…

L’artiste est là

L’artiste est là, entouré de quelques proches (dont la danseuse Geneviève Boteilla, depuis 27 ans sa compagne) à qui il commente l’exposition. « Bien sûr, confirme-t-il,  tout ce qui est ici a été fait… réfléchi… dans l’optique de l’exposition… en fonction du lieu ». Son phrasé est haché, hésitant, comme noyé, submergé par les flots des mots – moins rapides que sa pensée ? Sa gestuelle est désordonnée : il ne peut rester en place, se penche, prend appui sur une jambe, puis sur l’autre, hésite, marche, revient sans cesser de faucher l’air de ses bras bavards.

Il s’égard, son discours se perd. Il revient, la discussion reprend : « oui la grande exposition de Lyon… la rétrospective… les Parisiens l’ont boudée… ils ne se sont pas déplacés … il n’y a pas eu de scandale et pourtant, c’était choquant … Les choses porno, on les a mises dans une salle X à cause des enfants. C’était un leurre… et du coup, il n’y a pas eu de scandale…et pourtant, il y en avait des choses …partout…dans plein d‘autres tableaux, mais les gens, ils ne voient rien… et puis moi, je ne mets pas de perversité particulière …c’est les autres qui disent ça, qui voient ça. Pour moi, c’est un rapport au sexe direct. Je me censure moi-même quand il faut  ».

La catharsis de l’art

Combas bouleverse les codes classiques, purge ses passions, provoque, peint et dessine, sans honte ni complexe, dans une liberté absolue. Sa créativité est sans limite. « Ici j’ai tenu compte du caractère néo-gothique du lieu » et la série graphique se met au service d’une verve romantique.  Les personnages, héros mythologiques, divinités païennes, grotesques et autres créatures s’expriment au feutre noir et argenté. Ils s’enchevêtrent confusément sur une même toile ou se détachent sobrement de leur fond blanc, vêtus de leurs seuls  tatouages, victimes consentantes d’une logorrhée symbolique terriblement éloquente, jouant du double sens et du trompe l’œil.

La provocation s’inscrit davantage sur les cartels : poèmes, calembours ou jeux de mots souvent cocasses ou salaces. Captive, au centre de la ronde des tableaux, se tient debout une fière « Iris ». Aptère, sculpturale, monumentale (ancienne Vénus de 2005 rebaptisée pour les besoins de l’expo), elle porte sur la tête une caravelle-bateau (homonymie de « bato », nom de la revue qui lança le mouvement ‘ figuration libre’ ?) et guette son arc-en-ciel au travers des vitraux.

Le hasard au service de l’art

Masquant l’accès au chœur, un vaste rectangle blanc est piqué d’un astérisme de 72 crucifix, attachés à la gloire de leur ombre obscure, disposés en un losange constellaire : « Vous voyez, là, ces croix…Elles sont faites de deux pinceaux croisés. Ce n’étaient que des croix. Une croix, comme ça, juste une croix. Je n’y voyais rien d’autre. Mes parents ne sont pas croyants… Athés… Mes parents…. Je ne parle pas de moi. » Les simples croix sont pourtant devenues crucifix : les pinceaux usagés, échevelés, barbus, hirsutes, portent des figurines christiques nées de tubes de couleur vides et secs. « L’ombre des croix, à cause de l’éclairage… elle n’était pas prévue. Et bien elle s’intègre. L’œuvre est devenue installation. C’est le hasard. Je me sers du hasard. Le hasard me sert. »

Est-ce le hasard qui dicte à la lumière son rôle ? La pousse à jouer avec les vitraux, donnant aux deux toiles placées de part et d’autre du transept, seules colorées, cet éclat divin ? L’incite à  lécher le sol pour renvoyer à l’ensemble son reflet mystique ? Est-ce encore le hasard qui frange le haut de certaines toiles de perles de peinture, colorées ou irisées, qui gouttent ? Le hasard s’apprivoise s’impose. Complice, puis ami.

Le messager ailé s’en va

« Et je vais partir, comme je suis venu … avec des ailes aux talons… vous savez… comme …. ? … comment il s’appelle? ». Quelqu’un souffle « Hermès », messager des dieux de la Grèce antique, mais Robert Combas fait une moue dubitative et le temps que l’on s’interroge sur son homologue romain… il a disparu « à la vitesse du vent », abandonnant derrière lui les traces merveilleuses de sa « Mélancolie à Ressort ».

Le nom revient : « Mercure » ! Insaisissable, tel le métal éponyme dans son état liquide, rapide et précis car muni d’un caducée d’or le rendant maître de son geste, brouilleur de piste et perclus de contradictions. Mercure, «L’envoyé de l’au-delà » expression que Combas  vient d’employer à plusieurs reprises en parlant de lui-même, de son rôle de messager, dont la peinture, universelle, « s’exprime dans toutes les langues sans avoir besoin d’en connaitre aucune ».

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 7 août 2014

 

Par ideedart le 7 août, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE

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