Navigation | Carole Trébor, réalisatrice, auteure

Carole Trébor, réalisatrice, auteure

Chaque fin d’été, au Festival des Humoristes de Tournon, camera à la main, elle immortalise les saisons, avec efficacité et discrétion. Elle réalise des courts métrages qui s’ajoutent à une belle moisson de documentaires pour la télévision, souvent distingués pour leur originalité. Mais lorsque Carole Trébor décide de passer à la fiction, elle donnera naissance à un personnage de papier : Nina Volkovitch. La trilogie est un succès. Sous une pluie de prix, et un vent d’enthousiasme, les ventes poussent. Dans quelques jours sort l’édition de poche.

La trilogie fait mouche auprès des jeunes lecteurs, franchit les frontières de La littérature Jeunesse, se plait dans le monde des « Young Adults » et, si l’on en croit les blogs, va jusqu’à séduire les grand-mères. Carole Trébor en convient « Un bon livre pour ado est un bon livre tout court. Aventure, évasion, évolution psychologique des personnages… C’est de la vraie littérature. On devrait dire: à partir de 12 ans. » Nina Volkovitch : une quête ? Un roman initiatique sur fonds de Russie? Pas seulement ! Bien sûr, il s’agit de l’histoire d’une adolescente déterminée qui, au fil des tomes, vole d’une aventure à l’autre, portée par de grands sentiments et de puissants pouvoirs. Mais il faut ajouter la formidable rigueur du contexte historique dans lequel s’ancre le récit sans en avoir l’air et les savoureuses connexions au monde de l’art.

Du grand art…

Douze prix : certains prestigieux, d’autres « dotés » ou encore touchants, couronnent de lauriers la trilogie. Quoi de plus normal ? Elle se dévore en quelques bouchées, riches et digestes, (« j’aime ce coté addictif » avoue Carole en riant) qui laissent le goût rare et délicieux de ces lectures qui réussissent l’équilibre difficile entre légèreté et profondeur. La petite histoire se mêle à la grande, l’une puisant dans le Fantastique, (dotant l’héroïne de pouvoirs surnaturels) l’autre dans une Vérité Historique accablante (les dénonciations et arrestations, le goulag de Sibérie, le périple en Transsibérien à travers la taïga). Le récit est rythmé, le style fluide, la plume juste et alerte. Du grand art.

…mais pas de hasard

Du talent certes, mais pas de hasard, plutôt une série de circonstances qui concourent en faveur du succès. Carole Trébor a suivi un double cursus universitaire  Histoire-Histoire de l’art qui la mène à un doctorat. Elle maitrise parfaitement le russe. Il semble donc tout naturel que le CNRS lui accorde une bourse lui permettant de vivre à Moscou, le temps de sa thèse. « C’était en 1999, avant Poutine. J’ai pu avoir accès au centre d’archives d’art et littérature, à beaucoup de fonds privés, aux archives du comité central du parti…La scène dans le bouquin, c’est du vécu ! Un grand bordel…. ». Au Musée Pouchkine elle admire ‘La ronde des prisonniers’ de Van Gogh, note la présence de deux papillons blancs qui volètent, symboles d’espoir et de liberté dans cette scène d’enfermement. La toile jouera un grand rôle dans le récit de la jeune Nina à laquelle, sans doute, elle ressemble à l’époque « J’ai débarqué en plein hiver. Je disparaissais sous un grand manteau et une chapka que l’on m’avait prêtés. Le boulevard qui menait aux archives d’art et littérature était verglacé. Le bâtiment, caché derrière des immeubles des années 70 était gardé par un militaire qui me surnommait « le soldat de l’armée napoléonienne en déroute ».

Envie, moment choisi

« J’avais envie de parler de la Russie. Il existe peu de choses sur Staline, sur le régime de la terreur absolue, sur le problème de la censure de l’art qui se pose à cette période-là. Pourquoi on interdit l’art? Car il est incontrôlable, mystérieux…. L’incarnation du souffle pour le faiseur d’icône, cela m’est venu naturellement ». Lorsque son fils devient ado,  Carole sait que le moment de se lancer est venu : « ce fut le détonateur » dit-elle. Rencontrée au Salon de Montreuil, son éditrice (avec laquelle elle a collaboré) la soutient.
Carole a déjà ses personnages, connait leurs objectifs et… la fin. Ses idées se griffonnent sur un petit carnet, les chapitres se calent au crayon « pour une structure, contre la confusion », mais elle réserve à l’ordinateur l’essentiel du travail.  Il arrive que les choses lui échappent « Parfois je cours après mes personnages, je n’ai pas toujours le contrôle ». Ses implants fonctionnement merveilleusement, « dans les deux sens. Tiens, là, il revient. Tout est possible…. ». L’héroïne prend parfois le dessus sur l’écrivain qui se surprend à s’étonner :

« Il m’arrive de penser : Qu’est ce qu’elle est maligne Nina! C’est rare, mais je me sens alors en état de grâce! ….. Je me suis même retrouvée en larmes en écrivant certaines scènes. »

 

Une suite ?

Les fans de Nina la réclament. Les rencontres lors des séances de dédicaces, les votes des collégiens, les aveux touchants « c’est le premier livre que je lis jusqu’au bout » émeuvent  Carole. « Waouh, cela fait plaisir ! » s’exclame-t-elle avant de convenir plus sérieusement : « Il faut travailler dur pour arriver à faire simple ». Mais peut-on abandonner Nina alors qu’elle vient à peine de quitter son corps de garçon manqué et qu’éclot en elle la jeune fille ? Il lui reste tant d’années à vivre … Carole Trébor ne fera pas de promesses et la réponse est inattendue : dans quelques semaines, un nouveau livre sort : le préquel, en d’autres termes l’histoire se déroulant antérieurement à celle de Nina. Il est question d’enquête policière, de coup de théâtre sous Ivan le terrible, de Moyen-âge très religieux et d’une plume joueuse qui s’amuse à restituer le phrasé de l’époque…chut ! Trop en dire risque d’ôter une part du grand plaisir de lire.

 LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 18 septembre 2014

Par ideedart le 18 juillet, 2014 dans ARTISTES ECRIVAINS, ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE

Laisser un commentaire

oursenpeluche |
L'Arbre aux Voyages |
La vie au collège |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Odile Viale
| Mise en scène Emmanuel Tudeau
| Mon grain de sel...