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18 juillet, 2014

Carole Trébor, réalisatrice, auteure

Chaque fin d’été, au Festival des Humoristes de Tournon, camera à la main, elle immortalise les saisons, avec efficacité et discrétion. Elle réalise des courts métrages qui s’ajoutent à une belle moisson de documentaires pour la télévision, souvent distingués pour leur originalité. Mais lorsque Carole Trébor décide de passer à la fiction, elle donnera naissance à un personnage de papier : Nina Volkovitch. La trilogie est un succès. Sous une pluie de prix, et un vent d’enthousiasme, les ventes poussent. Dans quelques jours sort l’édition de poche.

La trilogie fait mouche auprès des jeunes lecteurs, franchit les frontières de La littérature Jeunesse, se plait dans le monde des « Young Adults » et, si l’on en croit les blogs, va jusqu’à séduire les grand-mères. Carole Trébor en convient « Un bon livre pour ado est un bon livre tout court. Aventure, évasion, évolution psychologique des personnages… C’est de la vraie littérature. On devrait dire: à partir de 12 ans. » Nina Volkovitch : une quête ? Un roman initiatique sur fonds de Russie? Pas seulement ! Bien sûr, il s’agit de l’histoire d’une adolescente déterminée qui, au fil des tomes, vole d’une aventure à l’autre, portée par de grands sentiments et de puissants pouvoirs. Mais il faut ajouter la formidable rigueur du contexte historique dans lequel s’ancre le récit sans en avoir l’air et les savoureuses connexions au monde de l’art.

Du grand art…

Douze prix : certains prestigieux, d’autres « dotés » ou encore touchants, couronnent de lauriers la trilogie. Quoi de plus normal ? Elle se dévore en quelques bouchées, riches et digestes, (« j’aime ce coté addictif » avoue Carole en riant) qui laissent le goût rare et délicieux de ces lectures qui réussissent l’équilibre difficile entre légèreté et profondeur. La petite histoire se mêle à la grande, l’une puisant dans le Fantastique, (dotant l’héroïne de pouvoirs surnaturels) l’autre dans une Vérité Historique accablante (les dénonciations et arrestations, le goulag de Sibérie, le périple en Transsibérien à travers la taïga). Le récit est rythmé, le style fluide, la plume juste et alerte. Du grand art.

…mais pas de hasard

Du talent certes, mais pas de hasard, plutôt une série de circonstances qui concourent en faveur du succès. Carole Trébor a suivi un double cursus universitaire  Histoire-Histoire de l’art qui la mène à un doctorat. Elle maitrise parfaitement le russe. Il semble donc tout naturel que le CNRS lui accorde une bourse lui permettant de vivre à Moscou, le temps de sa thèse. « C’était en 1999, avant Poutine. J’ai pu avoir accès au centre d’archives d’art et littérature, à beaucoup de fonds privés, aux archives du comité central du parti…La scène dans le bouquin, c’est du vécu ! Un grand bordel…. ». Au Musée Pouchkine elle admire ‘La ronde des prisonniers’ de Van Gogh, note la présence de deux papillons blancs qui volètent, symboles d’espoir et de liberté dans cette scène d’enfermement. La toile jouera un grand rôle dans le récit de la jeune Nina à laquelle, sans doute, elle ressemble à l’époque « J’ai débarqué en plein hiver. Je disparaissais sous un grand manteau et une chapka que l’on m’avait prêtés. Le boulevard qui menait aux archives d’art et littérature était verglacé. Le bâtiment, caché derrière des immeubles des années 70 était gardé par un militaire qui me surnommait « le soldat de l’armée napoléonienne en déroute ».

Envie, moment choisi

« J’avais envie de parler de la Russie. Il existe peu de choses sur Staline, sur le régime de la terreur absolue, sur le problème de la censure de l’art qui se pose à cette période-là. Pourquoi on interdit l’art? Car il est incontrôlable, mystérieux…. L’incarnation du souffle pour le faiseur d’icône, cela m’est venu naturellement ». Lorsque son fils devient ado,  Carole sait que le moment de se lancer est venu : « ce fut le détonateur » dit-elle. Rencontrée au Salon de Montreuil, son éditrice (avec laquelle elle a collaboré) la soutient.
Carole a déjà ses personnages, connait leurs objectifs et… la fin. Ses idées se griffonnent sur un petit carnet, les chapitres se calent au crayon « pour une structure, contre la confusion », mais elle réserve à l’ordinateur l’essentiel du travail.  Il arrive que les choses lui échappent « Parfois je cours après mes personnages, je n’ai pas toujours le contrôle ». Ses implants fonctionnement merveilleusement, « dans les deux sens. Tiens, là, il revient. Tout est possible…. ». L’héroïne prend parfois le dessus sur l’écrivain qui se surprend à s’étonner :

« Il m’arrive de penser : Qu’est ce qu’elle est maligne Nina! C’est rare, mais je me sens alors en état de grâce! ….. Je me suis même retrouvée en larmes en écrivant certaines scènes. »

 

Une suite ?

Les fans de Nina la réclament. Les rencontres lors des séances de dédicaces, les votes des collégiens, les aveux touchants « c’est le premier livre que je lis jusqu’au bout » émeuvent  Carole. « Waouh, cela fait plaisir ! » s’exclame-t-elle avant de convenir plus sérieusement : « Il faut travailler dur pour arriver à faire simple ». Mais peut-on abandonner Nina alors qu’elle vient à peine de quitter son corps de garçon manqué et qu’éclot en elle la jeune fille ? Il lui reste tant d’années à vivre … Carole Trébor ne fera pas de promesses et la réponse est inattendue : dans quelques semaines, un nouveau livre sort : le préquel, en d’autres termes l’histoire se déroulant antérieurement à celle de Nina. Il est question d’enquête policière, de coup de théâtre sous Ivan le terrible, de Moyen-âge très religieux et d’une plume joueuse qui s’amuse à restituer le phrasé de l’époque…chut ! Trop en dire risque d’ôter une part du grand plaisir de lire.

 LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 18 septembre 2014

Par ideedart le 18 juillet, 2014 dans ARTISTES ECRIVAINS, ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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3 juillet, 2014

Jean Marc Saulnier, « et » peintre

« Un enfant ne joue pas pour apprendre, il apprend parce qu’il joue. C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche » Jean Marc Saulnier fait sienne cette phrase de Pierre Soulages. Son travail, au fil des ans, interroge le jeu/lien de l’endroit et de l’envers, met en lumière leur égale importance, scrute la réciprocité de leur dépendance, sonde l’intimité de leur corrélation. Un questionnement permanent qui donne à l’ensemble de son œuvre une authentique et singulière cohérence.

Pour ceux qui affirment, partant du principe que tout a été fait, vu et dit en peinture et en sculpture, que seul l’Art Conceptuel s’inscrit désormais dans l’Histoire, Jean Marc Saulnier est un artiste à part entière. La galerie Sapet, qui fait autorité en matière d’Art contemporain, l’invite pour la troisième fois à Mirmande. Et preuve est faite que Danielle et Bernard Sapet ne se trompent pas : leurs mises en danger passées sont gratifiées de devenirs célèbres. De même, en 2009, Paul Barbary, conseiller éclairé à la culture de Tournon, a courageusement accueilli des installations qui ont intrigué ou enchanté les visiteurs du Château-Musée. Les travaux de Jean Marc ont habité la noble Tour Beauregard le temps d’un long été et l’ont magnifiée d’un paysage nouveau : formes géométriques géantes montées sur des structures de bois (colonne, tapis suspendu, paravent de peinture) où toute figuration picturale sur calque, photo ou expression graphique, n’est visible que coté intérieur/pile : le coté extérieur/face étant volontairement recouvert d’un lavis crémeux, laiteuse écume.

Les « 100 papiers »

Le calque, support aimé, revient souvent dans les créations de Jean Marc. Il l’utilise pour ses qualités: « c’est un beau matériau. Gris…Doux et charnel comme la peau … Introverti….». Aussi, il découpe 200 carrés opaques de 10 X 10 cms pour servir un travail remarquable, intitulé avec autant d’humour que de sérieux : les « 100 papiers ». Sur un socle, bloc monolithe, aussi escarpé que le rocher îlien de Böcklin, l’artiste a taillé 100 failles, plus ou moins profondes mais de longueur identique, réceptacles de 100 sous-verres placés à la verticale, pressant, deux par deux et dos à dos, les œuvres sur calque. Chaque carré est mis à prix à 100 euros. « Les chiffres de Dante Alighieri m’interpellent. Je savais que j’en ferai quelque chose. 100, nombre total des chants de la Comédie, est un nombre parfait à deux titres : il est le multiple de 10 par lui même, il se décompose en nombres tous parfaits: 1+33+33+33 ».

Peaux de lapin

Autres réminiscences mêlées du gamin qu’il était : celle des lapins dépecés sous ses yeux effarés ou celle du récolteur qui « déboulait sur sa moto pétaradante en vociférant: « peau de lapin, peau de lapins ». Des reliefs de sa mémoire vont naitre des centaines de silhouettes figurant une même « peau ». Destinées à être suspendues entre sol et plafond, terre et ciel, enfer et paradis, elles pendent, telle la peau écorchée du Saint Barthélemy du jugement dernier de Michel-Ange.

Découpées dans des couvertures « lisibles sur les deux faces » usagées, lourdes de la charge de leur intimité « peau de nuit, peau-à-peau », les formes sont mouillées, encollées, soumises au séchage qui les fige à jamais dans une raideur toute aléatoire, « instant où s’impose/se pose la question : « l’artiste reste-t-il maitre de son œuvre ?», sujet du bac cette année.. Le résultat est éminemment et étonnamment esthétique. Oreilles, orbites évidés, pattes, s’oublient à la faveur des méandres d’un imaginaire sollicité qui s’égare et ne voit que merveilleux bouquets colorés, d’algues gracieuses, têtes en bas, formant la vaste forêt d’un monde à l’envers.

Gamelles

La calotte crânienne serait-elle la gamelle originelle ? Elle en a la forme inversée. Les Reconstitutions de Jean Marc sont belles (de l’intérieur comme de l’extérieur) de tous les morceaux d’objets manufacturés, « émancipés de leur fonction première», exhumés de fouilles de fortune, assemblés « pour une deuxième vie ». Gamelles reconstruites ajourées, vulnérables, plus fragiles encore, … « Je vais là où on m’appelle et les matériaux trouvés sont empreints du lieu. La démarche s’apparente à prendre le témoignage d’un lieu et le reformuler. »

Calques célestes

Sur le calque, un motif. Sur le motif, une encre infiniment bleue, profonde comme une nuitée, précieuse comme un sang royal. Mais la belle encre est scriptophage : le temps du séchage, elle dévorera le motif qu’elle recouvre, rendra improbable une éventuelle lisibilité. L’œuvre bascule alors du réel à l’abstraction. Elle est promise à une accroche insolite : une déclinaison d’étoles liturgiques accrochées à d’invisibles patères.

Tapisseries

Au dos de grands rouleaux de tapisserie  qui s’offrent au hasard, « un matériau dont la souplesse me plait », Jean Marc peint. Toujours selon son principe d’économie de moyens et avec la même importance donnée à la couleur et au motif qui pourrait faire penser à un héritage du mouvement support-surface même s’il s’en défend :« Mon geste ne s’arrête pas à la peinture », il donne à la Mémoire, sa place essentielle, primordiale qui s’inscrit dans tout ce qu’il touche, des reconstitutions aux installations en passant par l’œuvre sur châssis.

Cette fois Jean Marc réalise des motifs visibles, peu chargés en peinture qui évoquent l’univers aquarellé de Dufy, puis découpe l’ensemble en larges bandes. Ensuite, prolongeant son jeu favori du caché-révélé, il les assemble alternativement, coté pile et face. La technique sied aux grands formats qui s’affichent joyeusement pour l’été dans la galerie drômoise.

 « Un artiste a des objectifs, travailler n’est pas qu’une partie de plaisir »

Mu par « une étrange nécessité » qu’il ne peut ni ne veut expliquer « les grands discours ne font pas les grandes œuvres», Jean Marc travaille. Il écourte ses nuits, devient vite boulimique « accroc à tout ». Il cherche, explore et s’engage, toujours et encore, dans différentes pistes impulsées par une seule et même révélation : celle de la face cachée/opposée dont l’œuvre entier … cherche à faire sortir de l’oubli et clame l’importance.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 3 juillet 2014

Par ideedart le 3 juillet, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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