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George (sans ‘s’ !) Moussel, chroniqueur

D’une plaque, il n’a pas eu l’honneur… aucune rue, aucune place ne mentionne son nom. Et pourtant il a œuvré, sa vie entière, pour sa ville de Tournon comme d’autres l’ont fait. Avec la verve de sa plume, la finesse de son humour, le feu de son tempérament, l’énergie de son dévouement, ce petit homme avait tout d’un grand. Il est mort un 19 juin. Date de l’hommage d’aujourd’hui.

 

En 1936 George Moussel a 32 ans et se lie définitivement à la ville de Tournon. Il rachète le « Journal de Tournon » crée par le père de Joseph Parnin et passé depuis, entre plusieurs mains. Il en prend la direction et y rédige des articles remarqués : «chaque semaine son éditorial était attendu par ses nombreux lecteurs», et «ces propos d’une plume alerte étaient toujours clairs et pertinent ». Interrompant sans regret un début de carrière dans l’administration des finances il se lance, porté par l’enthousiasme et l’inconscience de sa jeunesse. « L’imprimerie était à plat! Les machines en panne. Pas de personnel. Et ceci en pleine élection» raconte Nicole de Micheaux, sa fille. Il relève l’entreprise.

Pourtant, à la déclaration de guerre en 1939, George Moussel est contraint de suspendre la parution de l’hebdomadaire et ce, jusqu’en 1945, date de son retour de captivité. Là, son concurrent local est interdit de parution et il profite de ce monopole inattendu.

En 1972, il laisse derrière lui un journal prospère et le souvenir de quelques épisodes savoureux tel celui de son assignation au tribunal pour ‘atteinte au crédit de la nation’. Il signe un article en juillet 1948 où on lui reproche d’«inciter le public à des retraits de fonds des caisses publiques et privées» .Comparution où il assura lui-même sa défense, à l’issue de laquelle il y eut appel, puis enfin relaxe.

Ou encore, autre événement peu ordinaire : la visite du consul américain de Lyon au lendemain de la parution d’un article sans concession, titré « Appel au peuple américain ». En réponse aux condamnables «excès français vis-à-vis de l’Afrique du Nord», il écrivait : «Revenez un peu vous-même sur votre histoire. Vous avez exterminé les Peaux-rouges sans pitié ni rémission». Sa fille s’amuse : «Mon père, de petite taille, voyant arriver un homme très grand, lui dit : « Commencez par vous asseoir, nous parlerons ainsi d’égal à égal». Des échanges épistolaires s’ensuivirent, preuves d’une amitié durable.

 « L’esprit au secours du muscle ».

Si George Moussel met de l’esprit en toute chose, il n’est pas moins sportif. Joueur de tennis et de rugby, il prend la vice-présidence des deux clubs. Le F.C.T.T est freiné dans son envol par ses caisses désespérément vides…Pour les remplir, George Moussel et l’équipe de rugbymen se produisent dans une revue au succès foudroyant. Des saynètes dialoguées ou chantées, pathétiques ou comiques se succèdent, liées par un fil conducteur : notables et personnages pittoresques sont croqués sur scène. «Où nos compatriotes se voient décrits au spectacle inattendu des choses et gens d’ici.»

Les textes de «Tournon’s autour des pots’Tain» (1927) sont écrits spontanément, un soir de grand froid, chez son ami Louis Roche de France qui retrouve George Moussel en pleine nuit, drapé dans un tapis de table, achevant le premier acte. Celui-ci jugé bon, l’hôte l’exhorte à poursuivre. Le deuxième acte «La légende de l’Hermitage» sera une pièce en vers émancipés, diffusée, bien des années plus tard (1955), sur les ondes de Radio Paris.

Localement, le fameux spectacle se joue au Cinéma Palace de Tain, l’Argence, devant une vaste salle toujours comble, parfois même au mépris des consignes de sécurité. La deuxième «saison» s’intitule: «Re-Tournon’s autour des pots’Tain». Les rôles, parfaitement distribués parmi les sportifs eux-mêmes ou leurs proches sont interprétés avec un zèle merveilleux qui ne faiblit pas au fil des six représentations. «La satire spirituelle y restait innocente et les spectateurs qui se voyaient sur les planches s’y reconnaissaient de bon cœur, joyeux d’applaudir à leur fidèle ressemblance.» lit-on dans la préface du livret, édité par la suite, à la demande pressente des spectateurs et signée Joseph Parnin, ancien professeur auquel il voue une admiration sans borne.

La somme récoltée permet l’achat du terrain rêvé. Mais il faudra bientôt des tribunes et des douches. Le FCTT fait, une nouvelle fois, appel à George Moussel, qui enseigne le français en Syrie, pendant son service militaire. Il interrompt son recueil de poèmes damasquins «Mes Orientales», le temps d’écrire «Tournon’s dans le gra’Tain» (1931) dans le même esprit «nous prenons gaiement les choses sérieuses et sérieusement les choses gaies. Ainsi portées par la fantaisie, mes chansons font sourire. Il n’y a chez nous que de la bonne humeur. Nous voulons éclairer d’un rayon de gaité notre vie locale.»

 «Un problème ? Un poème !»

George Moussel était non seulement impliqué dans le domaine associatif, mais aussi politique (conseiller municipal pendant 18 ans), et artisanal. Fort de ses convictions, il n’hésite pas à se placer à la tête des luttes politiques et syndicales. Il s’engage activement: président fondateur du syndicat des artisans de l’Ardèche, vice-président des chambres des métiers, président caisse retraite vieillesse de l’artisanat… la liste est longue et compte plus d’une vingtaine de titres qui s’accumulent au fil des ans, cristallisant les combats qui lui tiennent à cœur.

Mais en tout temps, en tous lieux, pour apaiser ses émois, il prend sa plume salvatrice, rédemptrice, poétique, consolante, insolente, truculente… Damas lui inspire des poèmes, sa détention en Allemagne, un livre « La guerre des humbles », Tournon deux pièces de théâtre «Hélène de Tournon qui mourut d’amour» et le «Jeu de Ronsard», Tain «La légende de l’Hermitage», les rumeurs des rues, un roman «Carcavelles» (commères en patois) diffusé en feuilleton dans le Journal de Tournon, pour tenir ses lecteurs en haleine, au gré des petits potins qui alimentent passionnément leur quotidien. Quant à ses amitiés célèbres ou non, elles sont l’occasion d’échanges de lettres souvent en vers …

Et lorsqu’il abandonne la plume c’est pour prendre le crayon et faire les portraits très ressemblants de ceux qui l’entourent (amis, proches, codétenus en Allemagne) parfois gravés dans le bois à des fins d’illustration.

Ses travaux sont signés George (sans ‘s’ !) Moussel. «Il tenait à l’originalité de l’orthographe de son prénom qui le distinguait d’entre tous !»… Assurément le souvenir de ses actes aura ce même pouvoir : le distinguer d’entre tous.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 19 juin 2014

Par ideedart le 19 juin, 2014 dans ARTISTES ECRIVAINS, ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE

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