Navigation | Maurice Adobati, fondeur d’art

Maurice Adobati, fondeur d’art

« Mon cœur est gravé dans mes créations »

 

Il est l’artisan le plus proche du sculpteur, choisi par lui, pour une relation intime d’estime et de confiance. Maurice Adobati, fondeur d’art, prend le relai de l’artiste. Il est « la troisième main du sculpteur ». Son savoir-faire et son amour de l’art s’accordent pour offrir, à tout œuvre, une éternité de bronze. Au sortir de son discret atelier de Mercurol, les sculptures portent fièrement son sceau qui, apposé à la signature de l’artiste, véhicule son talent au delà des frontières.


Maurice Adobati est polyvalent. Il avoue sans forfanterie, avec modestie : «oui, il n’y a rien que je ne puisse faire dans mon atelier». Les amateurs ou artistes professionnels le savent et «le travail ne manque pas». Ils viennent lui confier «comme un trésor, un bébé» leur œuvre sculptée aimée, engendrée de leurs mains, élue pour mériter la réplique rêvée en bronze, matériau noble par excellence, gage de pérennité.

Commence alors un dialogue où le fondeur fait preuve d’une réelle et essentielle empathie, «Je mets mes goûts, ma sensibilité de côté pour un regard neutre. Je m’engage à faire le travail, j’y mets toute mon âme». Les étapes se succèdent. La pièce originale, de plâtre devient cire, avant d’être montée sur un arbre de coulée et noyée dans le plâtre.

Elle est alors enfermée dans un moule réfractaire, chauffée intensément jusqu’à ce que la cire fonde, s’échappe, se perde, laissant place au métal en fusion, coulé en pleine incandescence de son creuset. Scène dirigée dans l’ombre du feu par l’artisan aux gestes graves et sûrs. Vient ensuite «le moment le plus fort  où s’échangent les regards», dans la communion solennelle de l’attente. «J’aime la part d’incertitude», à l’instant où la sculpture est libérée de sa gangue. L’homme partage alors l’émotion démiurge de l’artiste.

Puis, la virilité placide du fondeur se mue en douceur sensible, celle du ciseleur, «encore un métier !». Il s’attache alors aux finitions. Caressée par la patience des limes puis soumise à la pluie de poussière de verre, la pièce se révèle, magnifiée par la matière.

Reste l’ultime étape : la patine qui se prête à tous les possibles et donne son âme à l’objet d’art. Maurice oxyde la matière, la chauffe, la frotte, patiente, veille à la montée de la couleur, fixe la teinte. Maitre du temps, il en accélère le processus inexorable.

Talent sans frontière

De tous les continents, des commandes pleuvent : décorations d’intérieur pour émirs arabes, palmiers ornementaux pour riches Libanais, commandes insolites comme l’«avion en bois recouvert de plaques de bronze à patiner», bronzes de portes des vastes chapelles des cimetières américains en France, édification du monumental  «Buisson Ardent» pour la ville de Lyon,  trophées de la Coupe du Monde d’Echecs, du Festival du Jeune cinéma, Ceps d’Or des meilleurs crus des vins de Chateauneuf-du-Pape, bustes de personnalités et trophées Bocuse consacrant les meilleurs chefs à l’issu des concours…

Associé à la gloire de l’objet

Si «le travail est valorisant, par le coup de patte, la profondeur, le petit supplément d’âme, la vie qu’il ajoute à l’objet» il est aussi grisant car il permet de vraies rencontres avec des gens peu accessibles ou très médiatisés. Parmi eux, Philippe Cézanne-Carrière descendant du génial peintre de la Saint-Victoire, « fait régulièrement halte à Mercurol en remontant d’Aix-en-Provence ». Paul Bocuse, depuis la mort de César, honore aussi l’atelier de plusieurs visites, heureux d’assister à la magie du coulage. Il associe Maurice Adobati à la gloire de l’objet, l’invite à des séquences télévisées «des moments forts, des émotions… on ne vit pas cela tous les jours…». De même, ponctuelles ou durables, les collaborations avec les artistes sont précieuses et appellent des connivences durables « Un vrai défi quotidien : certains furent mes hôtes pendant trois mois et c’était formidable ». Maurice est «systématiquement convié aux vernissages», car les artistes quels qu’ils soient, ont à cœur de prolonger le partage.

Regard sur l’Art

Des liens se créent avec les commanditaires, les artistes, mais aussi avec les amateurs d’art et les collectionneurs. Depuis trente ans, Maurice aime s’enquérir des émotions de son interlocuteur, échanger, partager ses impressions, «Certaines pièces me touchent davantage. J’aime quand il y a une personne derrière, quand la personnalité ressort. Je suis sensible à la puissance des toiles de Bacon, à la force que dégagent les peintures russes. J’aime les pièces qui questionnent, qui ont quelque chose à dire». Ateliers, collections privées, musées, expositions temporaires, tout l’intéresse, du modeste marché de la création du petit village voisin jusqu’aux plus prestigieuses fondations des pays lointains : «je pars régulièrement à l’étranger, j’aime voyager». Il revient, riche d’un autre regard, respectueux des concepts, («Socle Du Monde : un socle à terre, comme un piédestal, mais retourné. Manzoni insinue que ce socle serait celui sur lequel repose la Terre»), heureux de pouvoir confronter son ressenti à celui d’autrui «j’aime la passion chez l’autre, son interprétation, nécessaire à un certain recul». Etoffée chaque année davantage, sa culture est immense, des grands maîtres aux artistes contemporains même si ses premières et fidèles amours demeurent en Mésopotamie, aux premières heures du bronze, ainsi que l’affiche son site.

Maurice Adobati retrouvera la solitude de son antre, l’odeur mêlée de mazout et de métal, les vapeurs de cire brulée. Son atelier est habité par quelques chats au poil noir-incertain comme celui des lingots de bronze à l’état brut. Ils attendent à l’extérieur, couchés à égale distance l’un de l’autre, tels des points de suspension marquant le terme de toute histoire, de toute création, de toute discussion…

LN

 Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 12 juin 2014

Par ideedart le 12 juin, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE

  1. Ça c sur ! Message d’une vielle sculpture du céateur de l’univers ! !

    Commentaire by mousset — 4 décembre, 2015 @ 22:28

Laisser un commentaire

oursenpeluche |
L'Arbre aux Voyages |
La vie au collège |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Odile Viale
| Mise en scène Emmanuel Tudeau
| Mon grain de sel...