Navigation | Archive » 2014 » juin

26 juin, 2014

Caroline Fornier, comédienne, metteur-en-scène

 

Caroline Fornier appartient au monde du théâtre. Elle l’a toujours côtoyé, longuement observé, l’a aimé, étudié et finalement s’est donnée à lui avec talent et passion, de tout son corps, de toute sa sensibilité, de toute son âme…. Elle en connait les failles, les arcanes, mais surtout a goûté au bonheur des succès partagés avec le public.

 

C’est alors que tout se décide… Sa mère l’inscrit contre son gré à un stage de théâtre. Elle s’y rend «sans envie». Son jeune cœur bat pour «la révolution oui ! Pour le théâtre, non !». Elle se tient à l’écart, en marge. Elle est aussi belle que rebelle. Les yeux furieusement bleus, la moue boudeuse, le corps adolescent en «pleine révolte». « Jusqu’à ce que quelqu’un se lève et parle: c’était Philippe Goyard. Je suis restée.» Caroline a 17 ans et s’engage dans ce qui restera sa voie : le théâtre.

S’élancer -s’engager

Philippe Goyard. Fascination totale pour ce metteur en scène. A ses cotés, en Bourgogne, elle va crée, la compagnie Graffiti. Il la dirige sur des textes de Jean-Michel Ribes, Jean-Paul Wenzel et Le Clézio. La passion de Caroline se conforte. Elle ‘monte’ à Paris, entre au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique et fréquente la Comédie Française «Je ne devais m’occuper que de mon travail de comédienne ; pour le reste j’étais prise en charge, coiffeuse, maquilleuse…c’était pour moi un confort extrême auquel je n’étais pas habituée… nos heures n’étaient pas comptées…il n’était pas rare de travailler jusqu’à l’aube». Dans sa classe, Thierry Frémont, Denis Lavant, Vincent Pérez. Dans les couloirs, Juliette Binoche, Patrick Catalifo.

Engagée ensuite au Centre Dramatique de Bourgogne, Caroline Fornier y interprète les  jeunes rebelles de Molière, Shakespeare, Michel Azama et Michel Deutsch. Elle retrouve, des années plus tard, Philippe Goyard qui la dirige à nouveau dans le rôle de Léone dans ‘Combat de nègre et de chiens’ de Bernard-Marie Koltès. C’est encore avec lui qu’en 2006, elle travaille la lecture de Médée Kali de Laurent Gaudé.

Jouer -se donner

Autre ‘théâtrale attraction’, mais de plateau cette fois, pour Hervé Peyrard. Caroline le rencontre en Ardèche où elle s’installe par «envie de renouer avec le travail de troupe». (Elle vient de rejoindre la compagnie ‘Archipel Théâtre’ qui sera à l’origine de rencontres déterminantes pour sa carrière : Luc Chareyron, Cécile Auxire-Marmouget…). Leur collaboration commence à la faveur d’un spectacle de Philippe Dorin ‘En attendant le Petit Poucet’. Un an plus tard, ensemble, ils créent ‘Respire Betty’, le premier texte d’Isabelle Valentini, « Betty Page, pin up aux USA dans les années 1950 fascinait Isabelle. En moi, elle avait trouvé sa Betty et elle a commencé l’écriture de la pièce. Quand elle m’a lu son texte, ses mots m’ont bouleversée, émue, enthousiasmée et j’ai de suite accepté de l’interpréter». Hervé Peyrard était d’accord pour la mettre en scène. L’histoire pouvait commencer. Rieuse, enjôleuse, belle, sensuelle, Caroline touche, bouleverse, à l’instar de celle qu’elle incarne. La pièce est un succès. Le duo comédienne-metteur en scène aussi. Avec ce spectacle, ils tournent dans toute la France. «Cette connivence, c’était chouette, c’était agréable de la vivre. On avait envie d’être à nouveau ensemble». Une nouvelle création voit le jour : un montage théâtral de cinq textes, d’auteurs classiques et contemporains aussi différents que Victor Hugo, Georges Feydeau, Louis Calaferte, Xavier Durringer et Jon Fosse. Cinq réflexions sur l’amour, rassemblées sous le titre : ‘Même pas besoin d’eau fraîche’. Deux ans de répétitions, un numéro de claquettes, «une expérience de travail global inoubliable».

 

Diriger-donner

Le siècle et la carrière de Caroline Fornier prennent de concert un nouveau tournant. Après leur collaboration dans ‘Un arbre vide’, Myriam Massot, actuelle directrice artistique d’Archipel Théâtre, demande à la comédienne de signer sa première mise en scène pour ‘Le Monde Caché de Mary Mota’. D’autres suivront pour des textes toujours plus exigeants… ‘Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu’ de Philippe Dorin ou encore le tout récent, superbe et ambitieux ‘Clothilde du Nord’ de Calaferte. Aujourd’hui Caroline travaille ‘Les miettes’, autre pièce de Calaferte avec la compagnie dijonnaise ‘Le Rocher des Doms’ «Je pars de l’acteur. Je pars du texte et là où ça peut nous emmener. Là où se fabriquent les ‘choses’. Ce qui m’intéresse c’est le travail sur le comédien. J’ai envie que les comédiens soient magnifiques. Je tiens à l’improvisation, c’est une sorte de partition. Beaucoup de travail, de recherche autour du texte».

Caroline, est liée au théâtre de façon naturelle et originelle. Depuis toujours, elle se sent aussi à l’aise sur les planches qu’en coulisses, d’aussi loin que lui parlent ses souvenirs : «Je dormais dans l’atelier de couture, la pièce la plus calme… et parfois même sous les plateaux. J’ai encore en mémoire l’odeur des loges». Il faut dire que la comédienne-metteur-en-scène est née dans le sérail, d’un père, Jacques Fornier, fondateur et directeur du Théâtre de Bourgogne en 1957, et d’une mère Josine Comellas, actrice, intime de Coline Serreau et de Maria Pacôme avec lesquels Caroline travaillera – notamment dans ‘Les seins de Lola’ sous la direction de Jean-Luc Moreau. La vie de troupe elle connait. Le Festival d’Avignon elle s’y rend souvent. Depuis longtemps. Du statut de spectatrice (elle y a admiré son père dans ‘Les Aberrations du Documentaliste’), à celui de comédienne ‘Respire Betty’, elle passe désormais à celui de metteur en scène.

 

Zerline en Avignon

«Quand Marie-France Beyron m’a proposé de la diriger dans le récit de la Servante Zerline, je n’ai pas hésité, j’ai aimé l’idée de travailler avec cette femme ronde et généreuse dans le rôle de la Servante, et de l’aider à vivre avec truculence le texte dense, [...] poétique et rigoureux, que nous livre Broch». Un monologue puissant, « un rôle fort », qui dépasse actuellement le seuil des 30 représentations privées et qui s’envole pour le OFF avignonnais, au Théâtre ‘Présence Pasteur’, lieu rendu magique par sa cour ombragée accessible depuis ses quatre salles.

Après deux années de travail intense «lorsqu’on est ensemble, on ne voit pas le temps passer», et de trac partagé «dépassé aujourd’hui», Caroline Fornier affirme que Marie-France Beyron, la comédienne, est au point : «Là, elle est prête. La dernière était magnifique. Je suis persuadée qu’elle est une merveilleuse Zerline». Les yeux de Caroline sont radieusement  bleus.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 26 juin 2014

Par ideedart le 26 juin, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, ARTISTES SPECTACLE VIVANT, PRESSE LOCALE
Pas encore de commentaires

19 juin, 2014

George (sans ‘s’ !) Moussel, chroniqueur

D’une plaque, il n’a pas eu l’honneur… aucune rue, aucune place ne mentionne son nom. Et pourtant il a œuvré, sa vie entière, pour sa ville de Tournon comme d’autres l’ont fait. Avec la verve de sa plume, la finesse de son humour, le feu de son tempérament, l’énergie de son dévouement, ce petit homme avait tout d’un grand. Il est mort un 19 juin. Date de l’hommage d’aujourd’hui.

 

En 1936 George Moussel a 32 ans et se lie définitivement à la ville de Tournon. Il rachète le « Journal de Tournon » crée par le père de Joseph Parnin et passé depuis, entre plusieurs mains. Il en prend la direction et y rédige des articles remarqués : «chaque semaine son éditorial était attendu par ses nombreux lecteurs», et «ces propos d’une plume alerte étaient toujours clairs et pertinent ». Interrompant sans regret un début de carrière dans l’administration des finances il se lance, porté par l’enthousiasme et l’inconscience de sa jeunesse. « L’imprimerie était à plat! Les machines en panne. Pas de personnel. Et ceci en pleine élection» raconte Nicole de Micheaux, sa fille. Il relève l’entreprise.

Pourtant, à la déclaration de guerre en 1939, George Moussel est contraint de suspendre la parution de l’hebdomadaire et ce, jusqu’en 1945, date de son retour de captivité. Là, son concurrent local est interdit de parution et il profite de ce monopole inattendu.

En 1972, il laisse derrière lui un journal prospère et le souvenir de quelques épisodes savoureux tel celui de son assignation au tribunal pour ‘atteinte au crédit de la nation’. Il signe un article en juillet 1948 où on lui reproche d’«inciter le public à des retraits de fonds des caisses publiques et privées» .Comparution où il assura lui-même sa défense, à l’issue de laquelle il y eut appel, puis enfin relaxe.

Ou encore, autre événement peu ordinaire : la visite du consul américain de Lyon au lendemain de la parution d’un article sans concession, titré « Appel au peuple américain ». En réponse aux condamnables «excès français vis-à-vis de l’Afrique du Nord», il écrivait : «Revenez un peu vous-même sur votre histoire. Vous avez exterminé les Peaux-rouges sans pitié ni rémission». Sa fille s’amuse : «Mon père, de petite taille, voyant arriver un homme très grand, lui dit : « Commencez par vous asseoir, nous parlerons ainsi d’égal à égal». Des échanges épistolaires s’ensuivirent, preuves d’une amitié durable.

 « L’esprit au secours du muscle ».

Si George Moussel met de l’esprit en toute chose, il n’est pas moins sportif. Joueur de tennis et de rugby, il prend la vice-présidence des deux clubs. Le F.C.T.T est freiné dans son envol par ses caisses désespérément vides…Pour les remplir, George Moussel et l’équipe de rugbymen se produisent dans une revue au succès foudroyant. Des saynètes dialoguées ou chantées, pathétiques ou comiques se succèdent, liées par un fil conducteur : notables et personnages pittoresques sont croqués sur scène. «Où nos compatriotes se voient décrits au spectacle inattendu des choses et gens d’ici.»

Les textes de «Tournon’s autour des pots’Tain» (1927) sont écrits spontanément, un soir de grand froid, chez son ami Louis Roche de France qui retrouve George Moussel en pleine nuit, drapé dans un tapis de table, achevant le premier acte. Celui-ci jugé bon, l’hôte l’exhorte à poursuivre. Le deuxième acte «La légende de l’Hermitage» sera une pièce en vers émancipés, diffusée, bien des années plus tard (1955), sur les ondes de Radio Paris.

Localement, le fameux spectacle se joue au Cinéma Palace de Tain, l’Argence, devant une vaste salle toujours comble, parfois même au mépris des consignes de sécurité. La deuxième «saison» s’intitule: «Re-Tournon’s autour des pots’Tain». Les rôles, parfaitement distribués parmi les sportifs eux-mêmes ou leurs proches sont interprétés avec un zèle merveilleux qui ne faiblit pas au fil des six représentations. «La satire spirituelle y restait innocente et les spectateurs qui se voyaient sur les planches s’y reconnaissaient de bon cœur, joyeux d’applaudir à leur fidèle ressemblance.» lit-on dans la préface du livret, édité par la suite, à la demande pressente des spectateurs et signée Joseph Parnin, ancien professeur auquel il voue une admiration sans borne.

La somme récoltée permet l’achat du terrain rêvé. Mais il faudra bientôt des tribunes et des douches. Le FCTT fait, une nouvelle fois, appel à George Moussel, qui enseigne le français en Syrie, pendant son service militaire. Il interrompt son recueil de poèmes damasquins «Mes Orientales», le temps d’écrire «Tournon’s dans le gra’Tain» (1931) dans le même esprit «nous prenons gaiement les choses sérieuses et sérieusement les choses gaies. Ainsi portées par la fantaisie, mes chansons font sourire. Il n’y a chez nous que de la bonne humeur. Nous voulons éclairer d’un rayon de gaité notre vie locale.»

 «Un problème ? Un poème !»

George Moussel était non seulement impliqué dans le domaine associatif, mais aussi politique (conseiller municipal pendant 18 ans), et artisanal. Fort de ses convictions, il n’hésite pas à se placer à la tête des luttes politiques et syndicales. Il s’engage activement: président fondateur du syndicat des artisans de l’Ardèche, vice-président des chambres des métiers, président caisse retraite vieillesse de l’artisanat… la liste est longue et compte plus d’une vingtaine de titres qui s’accumulent au fil des ans, cristallisant les combats qui lui tiennent à cœur.

Mais en tout temps, en tous lieux, pour apaiser ses émois, il prend sa plume salvatrice, rédemptrice, poétique, consolante, insolente, truculente… Damas lui inspire des poèmes, sa détention en Allemagne, un livre « La guerre des humbles », Tournon deux pièces de théâtre «Hélène de Tournon qui mourut d’amour» et le «Jeu de Ronsard», Tain «La légende de l’Hermitage», les rumeurs des rues, un roman «Carcavelles» (commères en patois) diffusé en feuilleton dans le Journal de Tournon, pour tenir ses lecteurs en haleine, au gré des petits potins qui alimentent passionnément leur quotidien. Quant à ses amitiés célèbres ou non, elles sont l’occasion d’échanges de lettres souvent en vers …

Et lorsqu’il abandonne la plume c’est pour prendre le crayon et faire les portraits très ressemblants de ceux qui l’entourent (amis, proches, codétenus en Allemagne) parfois gravés dans le bois à des fins d’illustration.

Ses travaux sont signés George (sans ‘s’ !) Moussel. «Il tenait à l’originalité de l’orthographe de son prénom qui le distinguait d’entre tous !»… Assurément le souvenir de ses actes aura ce même pouvoir : le distinguer d’entre tous.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 19 juin 2014

Par ideedart le 19 juin, 2014 dans ARTISTES ECRIVAINS, ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
Pas encore de commentaires

12 juin, 2014

Maurice Adobati, fondeur d’art

« Mon cœur est gravé dans mes créations »

 

Il est l’artisan le plus proche du sculpteur, choisi par lui, pour une relation intime d’estime et de confiance. Maurice Adobati, fondeur d’art, prend le relai de l’artiste. Il est « la troisième main du sculpteur ». Son savoir-faire et son amour de l’art s’accordent pour offrir, à tout œuvre, une éternité de bronze. Au sortir de son discret atelier de Mercurol, les sculptures portent fièrement son sceau qui, apposé à la signature de l’artiste, véhicule son talent au delà des frontières.


Maurice Adobati est polyvalent. Il avoue sans forfanterie, avec modestie : «oui, il n’y a rien que je ne puisse faire dans mon atelier». Les amateurs ou artistes professionnels le savent et «le travail ne manque pas». Ils viennent lui confier «comme un trésor, un bébé» leur œuvre sculptée aimée, engendrée de leurs mains, élue pour mériter la réplique rêvée en bronze, matériau noble par excellence, gage de pérennité.

Commence alors un dialogue où le fondeur fait preuve d’une réelle et essentielle empathie, «Je mets mes goûts, ma sensibilité de côté pour un regard neutre. Je m’engage à faire le travail, j’y mets toute mon âme». Les étapes se succèdent. La pièce originale, de plâtre devient cire, avant d’être montée sur un arbre de coulée et noyée dans le plâtre.

Elle est alors enfermée dans un moule réfractaire, chauffée intensément jusqu’à ce que la cire fonde, s’échappe, se perde, laissant place au métal en fusion, coulé en pleine incandescence de son creuset. Scène dirigée dans l’ombre du feu par l’artisan aux gestes graves et sûrs. Vient ensuite «le moment le plus fort  où s’échangent les regards», dans la communion solennelle de l’attente. «J’aime la part d’incertitude», à l’instant où la sculpture est libérée de sa gangue. L’homme partage alors l’émotion démiurge de l’artiste.

Puis, la virilité placide du fondeur se mue en douceur sensible, celle du ciseleur, «encore un métier !». Il s’attache alors aux finitions. Caressée par la patience des limes puis soumise à la pluie de poussière de verre, la pièce se révèle, magnifiée par la matière.

Reste l’ultime étape : la patine qui se prête à tous les possibles et donne son âme à l’objet d’art. Maurice oxyde la matière, la chauffe, la frotte, patiente, veille à la montée de la couleur, fixe la teinte. Maitre du temps, il en accélère le processus inexorable.

Talent sans frontière

De tous les continents, des commandes pleuvent : décorations d’intérieur pour émirs arabes, palmiers ornementaux pour riches Libanais, commandes insolites comme l’«avion en bois recouvert de plaques de bronze à patiner», bronzes de portes des vastes chapelles des cimetières américains en France, édification du monumental  «Buisson Ardent» pour la ville de Lyon,  trophées de la Coupe du Monde d’Echecs, du Festival du Jeune cinéma, Ceps d’Or des meilleurs crus des vins de Chateauneuf-du-Pape, bustes de personnalités et trophées Bocuse consacrant les meilleurs chefs à l’issu des concours…

Associé à la gloire de l’objet

Si «le travail est valorisant, par le coup de patte, la profondeur, le petit supplément d’âme, la vie qu’il ajoute à l’objet» il est aussi grisant car il permet de vraies rencontres avec des gens peu accessibles ou très médiatisés. Parmi eux, Philippe Cézanne-Carrière descendant du génial peintre de la Saint-Victoire, « fait régulièrement halte à Mercurol en remontant d’Aix-en-Provence ». Paul Bocuse, depuis la mort de César, honore aussi l’atelier de plusieurs visites, heureux d’assister à la magie du coulage. Il associe Maurice Adobati à la gloire de l’objet, l’invite à des séquences télévisées «des moments forts, des émotions… on ne vit pas cela tous les jours…». De même, ponctuelles ou durables, les collaborations avec les artistes sont précieuses et appellent des connivences durables « Un vrai défi quotidien : certains furent mes hôtes pendant trois mois et c’était formidable ». Maurice est «systématiquement convié aux vernissages», car les artistes quels qu’ils soient, ont à cœur de prolonger le partage.

Regard sur l’Art

Des liens se créent avec les commanditaires, les artistes, mais aussi avec les amateurs d’art et les collectionneurs. Depuis trente ans, Maurice aime s’enquérir des émotions de son interlocuteur, échanger, partager ses impressions, «Certaines pièces me touchent davantage. J’aime quand il y a une personne derrière, quand la personnalité ressort. Je suis sensible à la puissance des toiles de Bacon, à la force que dégagent les peintures russes. J’aime les pièces qui questionnent, qui ont quelque chose à dire». Ateliers, collections privées, musées, expositions temporaires, tout l’intéresse, du modeste marché de la création du petit village voisin jusqu’aux plus prestigieuses fondations des pays lointains : «je pars régulièrement à l’étranger, j’aime voyager». Il revient, riche d’un autre regard, respectueux des concepts, («Socle Du Monde : un socle à terre, comme un piédestal, mais retourné. Manzoni insinue que ce socle serait celui sur lequel repose la Terre»), heureux de pouvoir confronter son ressenti à celui d’autrui «j’aime la passion chez l’autre, son interprétation, nécessaire à un certain recul». Etoffée chaque année davantage, sa culture est immense, des grands maîtres aux artistes contemporains même si ses premières et fidèles amours demeurent en Mésopotamie, aux premières heures du bronze, ainsi que l’affiche son site.

Maurice Adobati retrouvera la solitude de son antre, l’odeur mêlée de mazout et de métal, les vapeurs de cire brulée. Son atelier est habité par quelques chats au poil noir-incertain comme celui des lingots de bronze à l’état brut. Ils attendent à l’extérieur, couchés à égale distance l’un de l’autre, tels des points de suspension marquant le terme de toute histoire, de toute création, de toute discussion…

LN

 Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 12 juin 2014

Par ideedart le 12 juin, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
1 commentaire

5 juin, 2014

Jean-Jacques Astier, coutelier d’art

 

Connu sous le nom de Sissou, Jean-Jacques Astier s’est  choisi un métier exigeant et peu ordinaire. Maitre du feu depuis 20 ans, il occupe aujourd’hui une place de choix sur la scène artistique coutelière. Sa forge plantée toujours plus haut dans les monts d’Ardèche, s’éloigne résolument de la ville et se rapproche inexorablement du ciel indulgent. Il y réalise des œuvres originales où l’âme et lames se fondent et se confondent.

Une maison à volets bleus, à flanc de colline, flirte avec le vent et le ciel voisin. L’homme  y a élu domicile il y a cinq ans. Sa forge, occupe l’intégralité du rez-de-jardin. A gauche, en entrant, deux ponceuses à bandes et l’établi de finition avec, à portée de main, limes, aiguilles, pinces, petits marteaux… A droite, un rideau de lanières colorées « des bandes plus ou moins abrasives selon les teintes », une accumulation incongrue « ici l’animal, le végétal et le minéral se rencontrent » de cornes, dents, bouts de bois mêlés d’où s’échappe l’odeur poivrée du genévrier.

La forge, au fond, s’ouvre sur le vert des champs qui sauve, de sa tristesse, la grisaille monochrome. Les machines sont à l’arrêt. Le feu sommeille. Les marteaux, en attente, prisonniers de leur collet de cuir, pendent autour des enclumes. L’écho du silence interrompt la musique rythmée de l’action. Le souffre et le phosphore exhalent leur parfum « comme le Mastrou, un mélange de goudron et de résidu de charbon » souffle l’hôte. Les araignées s’appliquent à ourler les verrières, tamisant une lumière blanche et crue.

Au mur, la petite phrase de Morand : « Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui. » L’artiste n’est pas un homme pressé «  le métal exige que l’on aille ni trop vite ni trop lentement. Il faut s’adapter à sa ductilité. Il faut savoir gérer son temps, accorder de l’attention à son environnement ».

Le milieu est agressif, les yeux souffrent de la luminosité de la braise, de la fumée, de la poussière. Il arrive un moment où les émanations, le froid ou la chaleur, le bruit du marteau, le tintement de l’enclume deviennent pesants. L’heure est alors venue d’aller « écouter le vent, les oiseaux, de se poser dans l’herbe ». L’artiste l’avoue : « Vivre à la campagne m’est essentiel.»

L’Acte de créer

Mais si l’acte de créer est parfois à ce prix, il reste ce que le poète nomme « l’ivresse de l’émotion primitive », née de la satisfaction de conjurer les contraires, de transcender les éléments, qui de symboles deviendront outils, par la seule volonté de l’homme. « Je suis lié par les quatre éléments, le terre (minerai), le feu (forge) l’air (soufflet) et l’eau (trempe). Je suis le chef d’orchestre. Je les fais jouer ensemble l’air le plus juste. » La pince et l’infini de ses formes, experte et démiurge « prolonge le bras jusqu’au cerveau ». Elle varie, s’adapte pour une meilleure prise, permettant à la main de chair de jouer, nue, son rôle de virtuose. « Posséder les automatismes du métier permet de penser et de parvenir à l’harmonie d’un résultat que l’on veut beau. »

L’Œuvre

Les couteaux de Jean-Jacques séduisent les grands collectionneurs et les simples amateurs. Ils s’exposent dans les Salons de toute la France (10 ans de présence au SICAC Salon International du Couteau d’’Art et de collection à Paris) et sur le Net. Derrière son stand, le créateur observe le visiteur : « La main est attirée par le couteau. Ce qui sort de mes couteaux, c’est une émotion. Chaud, vivant, le couteau porte la trace de la main de l’homme ». Eminemment sensuel, le couteau se touche, se palpe, se caresse, se saisit, se soupèse, s’appréhende autant qu’il se regarde. Selon l’humeur et le vécu de l’artiste, il sera  « épuré, sans rien qui arrête le regard, de la pointe de la lame au bout du manche», ou sophistiqué, précieux « travaillé, guilloché et chargé comme un bijou ». Quoiqu’il en soit, Jean-Jacques Astier demeure intransigeant « Je fais ce que je sens, pas ce qui plaît », bien qu’il sache aussi travailler sur commande. Il varie les matières (acier mat Cardonne et brillant Nickel-chrome pour la lame, ivoires et bois divers, pour le manche), les techniques de feuilleté (le somptueux Damas) les formes (du couteau ardéchois sorti du terroir jusqu’au mystérieux Kriss indonésien), les registres (virils ou sexy) mais veille à ce que toujours, le manche s’éprenne de la lame.

L’élément déclencheur

L’ombrageuse et farouche jeunesse a fini par se sédentariser. Non sans avoir pris le temps de naviguer dans les mers d’huiles : on lui doit, entres autres réalisations, la totalité de la décoration de la brasserie Victor Hugo à Valence (dont les superbes reproductions de Lempicka plus grandes que nature) ou les 400 m2 de trompes l’œil du supermarché Leclerc de Bourg-Lès-Valence. Et après avoir eu la chance de côtoyer de près, Vassard et Huard, « des grands bonshommes profs aux Beaux-arts », au moment où il s’essaye à la sculpture. L’un, connaissant ses faibles moyens, lui prête ses premiers outils et l’exhorte à les forger lui-même. L’autre, connaissant ses dons artistiques, l’encourage. Et c’est ainsi que pour vaincre la pierre, il entre en guerre contre le métal, trouvant un adversaire à sa mesure, aussi rebelle et insoumis que lui. Fort de son talent et de sa passion, il est passé maître et reconnu professeur. A son tour, il enseigne, dispensant ses formations dans une ambiance de compagnonnage, heureux de pouvoir transmettre le feu de son art.

 LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 5 juin 2014

Par ideedart le 5 juin, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
1 commentaire

oursenpeluche |
L'Arbre aux Voyages |
La vie au collège |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Odile Viale
| Mise en scène Emmanuel Tudeau
| Mon grain de sel...