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Georges Fréchet, conservateur en chef des bibliothèques

Si Paris demeure son port d’attache, Tournon-Tain sera davantage qu’une escale et vraisemblablement son havre d’adoption. Où qu’il soit, il s’installe avec la flamme ardente de ses passions : amour des livres, nourri d’une recherche exigeante et professionnelle, et amour de l’art, assorti d’une sensibilité avertie et d’une solide connaissance. C’est avec le Beau que Georges Fréchet a scellé à jamais la plus fidèle des alliances.

Conservation : livres et lieux d’exception

Spécialiste du patrimoine écrit, Georges Fréchet s’entoure des ouvrages de valeur qui habitent les « réserves » des bibliothèques les plus prestigieuses de France. Compagnon des livres, manuscrits et parchemins, il contrôle leur état et veille sur leurs visites ou sorties.  «  L’ancienneté, la rareté, la beauté des livres en fait des objets précieux » qui s’approchent avec autant d’émotion que de précautions. Le « trésor absolu », ne se touche « qu’avec des gants blancs »…

Les objets précieux méritent de beaux écrins et les bureaux qu’occupe successivement Georges Fréchet sont tous « dans des édifices magnifiques ». La BHVP, Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, est sise dans le quartier du Marais, dans un hôtel particulier Renaissance, « construit au XVIème siècle par Diane de France ». La BNUS, Bibliothèque Universitaire Nationale de Strasbourg, est un imposant bâtiment de style néo-Renaissance italienne. Georges Fréchet y goûte « la dimension internationale», s’enrichit des contacts avec ses collègues allemands, fort d’une parfaite maitrise de la langue acquise dès l’enfance alors que son père, attaché culturel, était en poste à Berlin. « C’était l’époque de la construction du mur, de la guerre froide. Mes camarades de classe étaient fils d’espions, on jouait à la guerre ». L’INHA, L’Institut national d’histoire de l’art est abrité par la galerie Colbert, élégante retonde au dôme de verre. Et enfin la fondation Calvet, bibliothèque municipale d’Avignon, livrée cardinalice Ceccano, palais du XIVème siècle, « où mon bureau était idéalement situé…au sommet du donjon ». Outre sa silencieuse mission d’étudier, classer, conserver, entretenir, enrichir les collections qui lui sont confiées, Georges Fréchet va s’attacher avec bonheur à les mettre en valeur par le biais d’expositions. « Il ne s’agit pas d’attendre le lecteur mais aller au devant de lui ».

Expositions : à la croisée des passions

A Paris, le jeune Georges fait ses premiers pas de commissaire. Une trentaine d’expositions jalonneront sa carrière. L’une d’elles, remarquée, s’orchestre autour de l’œuvre ambiguë de Barbey d’Aurevilly : ‘Les Diaboliques’. Soucieux  d’ouvrir l’exposition à un large public, Georges Fréchet sélectionne « les objets à la fois beaux, intéressants, amusants, contribuant à faire vivre l’homme et son milieu : amis, photos, vêtements anciens, bijoux » et les met en scène. A l’instar de René Char, le jeune conservateur pense que les écrits, comme «  les poèmes prennent leur pleine respiration au sein des couleurs qui les escortent ». Aussi n’hésite-t-il pas à mélanger l’art contemporain et les documents anciens, invitant des artistes en devenir « à évoquer des écrits ». Douze se prêtent au jeu dont les désormais connus Dado et Vincent Bioulès. La formule est un succès.

Succès qui se répète à  Strasbourg, lorsqu’il décide de commémorer la publication de ‘La Nef des fous’ (1494), dont la plus célèbre des nombreuses  éditions est sans doute celle illustrée par Dürer, « best-seller du 15ème siècle, le grand succès de librairie de tout l’ancien régime. International, il est traduit dans toutes les langues de l’Europe. L’humanité y est comparée à un groupe de fous, dotés de tous les vices. Condamnés, ils seront ramenés à la raison ». Là encore, il lui faut déterminer le fil qui conduira le visiteur et « l’aidera à se retrouver dans le dédale ». Une fois de plus, il fait appel à des créations d’artistes contemporains, leur offrant leur chance. La plasticienne Anne Muller y est remarquée et l’événement reçoit les félicitations du président allemand. Itinérante, l’exposition et son succès s’en iront ensuite rejoindre les villes de Bâle (Suisse) et de Karlsruhe (Allemagne). La phrase d’Andy Warhol À l’avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale prend tout son sens, le temps du cliché de Georges en 2005, entouré de ministres de l’époque : François Fillon, à l’Éducation nationale, et Renaud Donnedieu de Vabres, à la Culture, saisis dans leur enthousiasme, le jour de l’inauguration de l’Institut d’Histoire de l’Art.

En Avignon, le poète René Char fait mouche. Dans le cadre des « Amitiés poétiques », Jean-Claude Xuereb lui rend hommage. Des comédiens lisent des textes. Georges Fréchet a « obtenu le concours de jeunes artistes de la région pour illustrer ses œuvres et celui de comédiens pour les lire. Jean-Claude Xuereb, en bon disciple, dédicace. »

Ainsi se poursuit, une carrière durant, le dialogue entre les deux arts également aimés, consacré dans ce qu’on appelle les «  Livres d’artistes ». Georges est expert/gourmand des éditions illustrées d’entre les deux guerres. « Les aspects techniques du livre lui-même m’intéressent, la fabrication du papier, l’impression, la reliure. Tout cela change selon les époques. La reliure ne devient en rapport avec le texte qu’avec l’Art Nouveau. Aujourd’hui l’artisan Jean de Gonet fabrique même ses reliures originales …à partir de pneus ».


Participation : colloques et associations

Georges Fréchet demeure fidèle aux Amis des Danses Macabres, et ce depuis vingt ans. « C’est une réunion de chercheurs et d’amateurs passionnés par le phénomène médiéval de la danse macabre – au sens large – qui travaille sur ses aspects historique, iconographique, sociologique, philosophique, religieux  et artistique » apportant son expérience,  ses qualités humaines et sa rigueur universitaire, héritée de ses années à l’école des Chartres. Il participe aux différents colloques et donne des conférences à l’étranger.

Par ailleurs il est membre de l’association des Amis des Antonins qui a pour vocation de sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine de l’ordre hospitalier de Saint-Antoine, de faire connaître l’abbaye de Saint-Antoine dont une commanderie se trouvait à Tournon.

Enfin, Georges Fréchet aime les langues et les écritures anciennes. Il étudie le russe, le grec moderne, le sanscrit et le persan et savoure le mystère des vieux papiers aux inscriptions indéchiffrables…

Où que la vie le mène, Georges Fréchet,  se rapproche des associations culturelles. Aujourd’hui, il s’intéresse au passé de Tournon, faisant table rase de toutes les recherches antérieures et allant puiser directement aux sources. Son étude poussée des œuvres de la collégiale ébranle certaines certitudes et remet en cause quelques attributions.

Nul doute que les villes sœurs l’accueillent avec bonheur.

 

 LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 22 mai 2014

Par ideedart le 22 mai, 2014 dans PRESSE LOCALE

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