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Catherine Charles, restauratrice copiste

L’art de copier existe depuis que l’homme peint. Les grands maîtres eux-mêmes ont copié les œuvres de leurs aînés par défi, par passion ou à des fins d’apprentissage. Depuis 15 ans, Catherine Charles, restauratrice et copiste, se frotte à cet art qu’elle exerce désormais en son atelier en plein cœur de Tournon. Là avec patience, talent et bonheur, elle renoue avec les techniques oubliées des grandes figures de la peinture.

Artiste-copiste

 « Ça c’est mon truc ! » s’est écrié Catherine Charles alors qu’elle s’essayait à la copie. Elle s’était toujours dit qu’un jour elle viendrait à la peinture, prendrait ses pinceaux mais sans chercher à créer. Elle admire les œuvres des peintres des 16ième, 17ième.    et 18ièmesiècles. Leur travail et leur talent exercent sur elle une telle fascination qu’elle sait impossible à quiconque de les surpasser et lorsqu’elle se décide à entrer en peinture elle ne change pas d’avis : «  Je m’y suis mise par amour de l’Art en étant persuadée que ce que d’autres avaient fait, était mieux que ce que je pourrais faire !». Depuis plus de quinze ans, Catherine copie avec ferveur, au détour de rencontres, tous ses coups de cœur.  Elle goûte le résultat, convaincue qu’elle n’aurait su l’inventer et elle assume haut et clair : « je préfère une bonne copie à une mauvaise invention ».

L’atelier lyonnais

Amenée à quitter sa ville natale, qui s’étire à l’ombre du massif armoricain, entre les rives de la Loire et celles de l’Atlantique, elle arrive à Lyon. Et, pensant « je ne sais rien faire », s’engage à suivre une formation de deux ans agréée par la Région dans le cadre prometteur d’une réinsertion. C’est ainsi qu’elle fait avec bonheur ses premières armes dans la restauration de tableaux anciens. « Mon maître était une femme géniale et une fois passées les deux années j’ai trouvé idiot de ne pas poursuivre ! ». Catherine, passion en poupe, organise des cours le soir, convainc son professeur, « rameute quelques copines » et continue à profiter de l’atelier, à en savourer l’ambiance unique, essentielle à son travail. « J’ai besoin de rigueur, d’être cadrée, corrigée, de m’entendre dire « ce n’est pas bon du tout ! » même si parfois je rue dans les brancards… et j’apprécie de me frotter aux autres pour ne pas tomber dans un nombrilisme affligeant». Aujourd’hui, Catherine est un pilier du groupe dont les autres membres tournent, s’apportant mutuellement un petit supplément d’art.

Les règles de la copie

Mais attention, l’art de copier est soumis à des règles « on n’est pas là pour faire des faux ! Sinon on est passible de sanctions ! ». A la différence d’une copie, le faux est une imitation d’une œuvre d’art originale, qui n’est pas présentée comme une copie, ou encore une œuvre originale dont on cherche à attribuer la paternité à un artiste autre que l’auteur. Catherine le sait mieux que quiconque. Il lui faut impérativement changer la taille des tableaux, en omettre volontairement un détail. « Bref, on s’autorise à déraper alors que le faussaire se l’interdit! ». De plus, il est impossible de copier un peintre mort depuis moins de 70 ans, interdit aussi, de signer une copie. Le nom s’inscrit simplement au dos de la toile suivi de la mention « d’après » ou « hommage à .. »

Seuil de paresse

« Je suis une grande fainéante pour tout sauf pour la peinture. Je me suis découverte têtue et obstinée » avoue Catherine dans un rire. Une paresse vite oubliée, supplantée par une belle ténacité, lorsqu’il s’agit de fabriquer les châssis, tendre la toile de lin, l’enduire de colle de peau de lapin, de blanc de Meudon, de la couvrir de terre de sienne brulée, et de surveiller le séchage… « J’ai fait beaucoup de recherches sur l’évolution des supports au fil des siècles et appris énormément ». Pour honorer ses commandes, elle est amenée à maitriser l’art de peindre sur toutes les surfaces : toile, bois, ardoise et cuivre. « Le cuivre induit les petits formats car son poids le rend difficile à transporter mais il a l’avantage de donner sa lumière au tableau ». Il lui est arrivé, à plusieurs reprises, d’exécuter le portrait d’un aïeul que se disputaient ses descendants à l’occasion d’un partage, de réaliser des « dummy boards » (silhouette de bois, grandeur nature destinées à meubler l’âtre de la cheminée en été ) et même de peindre sur porcelaine un service entier pour un repas princier de fiançailles…

Amours toujours

Lorsqu’elle n’honore pas ses commandes, Catherine peint pour elle. Son premier coup de foudre fut pour Chardin « c’est un artiste pas facile mais quand on a compris comment il fonctionne, on a compris beaucoup de choses » mais elle affectionne des peintres aussi différents que Jules Médard et ses natures mortes (dont elle a magnifiquement copié le tondo « fleurs dans un vase bleu »), Gil Elvgren et ses  pin-ups qui s’exhibent sur les calendriers des routiers (occasion de s’exercer aux raccourcis-pas évidents !), André Renoux (le chantre des rues de Paris ) et Jack Vettriano (amateur de scènes de cinéma américain, de femmes fatales et de plages huppées…)

S’entourer de beauté

Sous une irrésistible joie de vivre et une verve gouailleuse, Catherine cache une authentique classe, de celle qui se transmet. Et faute d’avoir hérité de la fortune qui parfois l’accompagne, aidée de son mari, elle se met au défi de (re)créer pour leur salon tournonais, partie du cadre somptueux de la Villa Ephrussi de Rothschild. Des murs entiers de lambris sont montés et peints à l’identique. Catherine va jusqu’à reproduire admirablement les pendants en grisailles et la très gracieuse Jeune femme à la robe blanche ruban bleu de Jean-Fréderic Schall. Un  pare feu, décoré par elle, cache le foyer d’une cheminée de bois. Aux murs, des tableaux de maitres affichent l’indéniable virtuosité de la copiste, modestement « heureuse de pouvoir admirer au quotidien les œuvres des plus grands ». Un luxe qui exige temps et technique, un talent qui révèle finesse et délicatesse… ouvrant la porte à toutes les époques…

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 08 mai 2014

Par ideedart le 8 mai, 2014 dans PRESSE LOCALE

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