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29 mai, 2014

Serge Roca, sculpteur

Entre le bleu du ciel et une terre d’œillets sauvages, s’est amarré un bateau-maison. Yacht naguère coulé, il domine désormais la platitude du vaste site. Son intérieur oblong exalte des effluves de rêves et de liberté, « lieu des meilleurs croquis », de l’artiste Serge Roca. En poupe, ouvert au soleil et offert aux vents, l’atelier du sculpteur s’entoure d’une mer rouillée d’objets d’acier, sauvés de l’abandon auquel ils étaient promis.

¡ Qué viva el aciero!

« Je n’ai qu’une vie et ne sais faire rien d’autre. » Ainsi parle le sculpteur de son œuvre d’acier. Œuvre éminemment fort, au parti-pris désormais monumental, alliant la pesanteur du dur labeur à la vigueur de l’élan passionné. Une matière dense et résistante, lourde et farouche, difficile et indocile, avec laquelle il est entré en lutte depuis plus de vingt ans. L’acier est l’unique interlocuteur élu pour un dialogue que Serge Roca voudrait sans fin. « La matière me parle et je lui réponds. L’objet, je le prends pour sa forme, pour ce qui m’interpelle en lui. Je connais ce qui va casser, ce qu’il faut accentuer pour marquer les traits. Cela se ressent dans la matière. » L’objet récupéré n’est pas à l’origine de l’œuvre mais est voué à servir son destin. Et si le hasard de la réserve constituée au fil des ans ne livre pas la forme adéquate, Serge n’hésite pas à recourir à l’achat, si insolite ou si coûteux soit-il.

¡ Qué viva la emoción !

 « L’émotion doit être là dès le départ », lorsque nait l’idée de la pièce. Suit l’étape de l’étude « Aller chercher un mouvement », du dessin, « En couleurs, comme j’avais trois feutres!… » de la chasse aux objets « bien choisir sa matière et savoir si on en a assez pour finir la pièce», de l’étude du squelette « Ne pas se rater », de la construction « Monter le tout comme un puzzle pour retomber sur l’architecture», le tout émaillé par les troubles d’une incertitude latente « Je doute toujours et partout. Rien n’est jamais acquis. Je sais que je sais ». Serge Roca connait les exigences de sa matière. Il l’aborde en toute humilité. « Chaque nouvelle pièce est une occasion de refaire tes gammes. L’expérience est là pour te dire : ça c’est mauvais. Le défaut te mène à la qualité. Les fautes à la retouche ». L’artiste travaille l’acier à froid, le tronçonne, le coupe, le cisaille, le compresse, le plie, le meule, le frappe, le martèle, le façonne, le soude, l’ébarbe. Il s’attache essentiellement à la ligne, la casse pour la rendre plus nerveuse. Il interprète, fort de sa personnalité et pleinement conscient qu’il est primordial de « savoir ce que tu as dans le ventre. C’est viscéral. Les tripes donnent la vie. Le cérébral sert l’esthétique. C’est de l’énergie pure. La belle pièce sera celle qui correspond à ce que tu veux dire ».

 

¡ Qué vivan las creaciones!

Serge Roca avoue une impérieuse « appétence pour la matière » qui lui impulse une « envie de tout faire ». Aussi au fil du temps se construit l’œuvre, délibérément figuratif. Du registre animal plus ou moins chimérique, (dragons nerveux, animaux géants, poissons fantasques « en leur compagnie,  je suis dans mon bocal tous les jours !..») au registre humain (le buste du colosse d’une tonne, et les séries des « visages africains » interrompus dans leur conversation pour être vendus, dispersés avec l’espoir de se retrouver : «un jour l’un des collectionneurs rachètera l’ensemble de la collection et la famille sera réunie » ), le sculpteur déclare « je les aime tous ». Et pourtant, il les considère parfois avec sévérité « certaines sont moins abouties mais ce sont les précédentes qui m’ont amenées à faire celles-ci ». Celles-ci, ce sont les plus récentes, les plus puissantes, les plus audacieuses : les grands volumes. « Avec le monumental, on ne triche pas, c’est de la haute voltige, une aventure ».

 

¡ Qué viva la vida!

Noble, musclé, ardent, pesant, le taureau pressenti pour l’entrée de la quatrième Biennale de SculpturArt est saisi dans la puissance de sa charge, interrompu dans la beauté de son élan. Ses pattes avant suggèrent l’émoi de la surprise. L’une se tend, bloque alors que l’autre plie, glisse. Pour Serge, « une sculpture c’est prendre un sujet à l’arrêt mais intégrer le mouvement dans le statique. Chercher la ligne qui bouge, qui vit. La force vient de l’intérieur. Pas de l’enveloppe finale ». La pièce se construit de l’intérieur. Le squelette s’habille, couche par couche. « On part de petit et on rajoute. Je garde l’œil en mire et je rallonge ». La  tête du taureau est sciemment disproportionnée pour favoriser la puissance virile du poitrail. L’animal est représenté de front, du garrot à l’aisselle, dans une cuirasse épaisse cousue à grands points de soudure, créateurs d’ombres et de lumières. De dos, la structure apparente révèle les arceaux pliés, roues de charrettes compressées, cage qui retient le tumulte des pulsions, la force de l’instinct, la mémoire des mythes les plus anciens...  Le monstre de Phalaris, alias « Lou Toro. K »,  s’en ira  rejoindre le « Mulet des Trois », hommage avoué à Dali, Armand et César et s’inscrit déjà dans la lignée des chefs d’œuvre de Serge Roca. « Chaque nouvelle année on espère s’étonner. Le jour où on ne s’étonnera plus, il faudra s’arrêter. Le jour où la matière arrête de chuchoter, c’est plus la peine ». Puisse le dieu Acier susurrer longtemps encore et accorder à ce professionnel la place qu’il mérite dans la cour des grands…

 

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 29 mai 2014

Par ideedart le 29 mai, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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22 mai, 2014

Georges Fréchet, conservateur en chef des bibliothèques

Si Paris demeure son port d’attache, Tournon-Tain sera davantage qu’une escale et vraisemblablement son havre d’adoption. Où qu’il soit, il s’installe avec la flamme ardente de ses passions : amour des livres, nourri d’une recherche exigeante et professionnelle, et amour de l’art, assorti d’une sensibilité avertie et d’une solide connaissance. C’est avec le Beau que Georges Fréchet a scellé à jamais la plus fidèle des alliances.

Conservation : livres et lieux d’exception

Spécialiste du patrimoine écrit, Georges Fréchet s’entoure des ouvrages de valeur qui habitent les « réserves » des bibliothèques les plus prestigieuses de France. Compagnon des livres, manuscrits et parchemins, il contrôle leur état et veille sur leurs visites ou sorties.  «  L’ancienneté, la rareté, la beauté des livres en fait des objets précieux » qui s’approchent avec autant d’émotion que de précautions. Le « trésor absolu », ne se touche « qu’avec des gants blancs »…

Les objets précieux méritent de beaux écrins et les bureaux qu’occupe successivement Georges Fréchet sont tous « dans des édifices magnifiques ». La BHVP, Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, est sise dans le quartier du Marais, dans un hôtel particulier Renaissance, « construit au XVIème siècle par Diane de France ». La BNUS, Bibliothèque Universitaire Nationale de Strasbourg, est un imposant bâtiment de style néo-Renaissance italienne. Georges Fréchet y goûte « la dimension internationale», s’enrichit des contacts avec ses collègues allemands, fort d’une parfaite maitrise de la langue acquise dès l’enfance alors que son père, attaché culturel, était en poste à Berlin. « C’était l’époque de la construction du mur, de la guerre froide. Mes camarades de classe étaient fils d’espions, on jouait à la guerre ». L’INHA, L’Institut national d’histoire de l’art est abrité par la galerie Colbert, élégante retonde au dôme de verre. Et enfin la fondation Calvet, bibliothèque municipale d’Avignon, livrée cardinalice Ceccano, palais du XIVème siècle, « où mon bureau était idéalement situé…au sommet du donjon ». Outre sa silencieuse mission d’étudier, classer, conserver, entretenir, enrichir les collections qui lui sont confiées, Georges Fréchet va s’attacher avec bonheur à les mettre en valeur par le biais d’expositions. « Il ne s’agit pas d’attendre le lecteur mais aller au devant de lui ».

Expositions : à la croisée des passions

A Paris, le jeune Georges fait ses premiers pas de commissaire. Une trentaine d’expositions jalonneront sa carrière. L’une d’elles, remarquée, s’orchestre autour de l’œuvre ambiguë de Barbey d’Aurevilly : ‘Les Diaboliques’. Soucieux  d’ouvrir l’exposition à un large public, Georges Fréchet sélectionne « les objets à la fois beaux, intéressants, amusants, contribuant à faire vivre l’homme et son milieu : amis, photos, vêtements anciens, bijoux » et les met en scène. A l’instar de René Char, le jeune conservateur pense que les écrits, comme «  les poèmes prennent leur pleine respiration au sein des couleurs qui les escortent ». Aussi n’hésite-t-il pas à mélanger l’art contemporain et les documents anciens, invitant des artistes en devenir « à évoquer des écrits ». Douze se prêtent au jeu dont les désormais connus Dado et Vincent Bioulès. La formule est un succès.

Succès qui se répète à  Strasbourg, lorsqu’il décide de commémorer la publication de ‘La Nef des fous’ (1494), dont la plus célèbre des nombreuses  éditions est sans doute celle illustrée par Dürer, « best-seller du 15ème siècle, le grand succès de librairie de tout l’ancien régime. International, il est traduit dans toutes les langues de l’Europe. L’humanité y est comparée à un groupe de fous, dotés de tous les vices. Condamnés, ils seront ramenés à la raison ». Là encore, il lui faut déterminer le fil qui conduira le visiteur et « l’aidera à se retrouver dans le dédale ». Une fois de plus, il fait appel à des créations d’artistes contemporains, leur offrant leur chance. La plasticienne Anne Muller y est remarquée et l’événement reçoit les félicitations du président allemand. Itinérante, l’exposition et son succès s’en iront ensuite rejoindre les villes de Bâle (Suisse) et de Karlsruhe (Allemagne). La phrase d’Andy Warhol À l’avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale prend tout son sens, le temps du cliché de Georges en 2005, entouré de ministres de l’époque : François Fillon, à l’Éducation nationale, et Renaud Donnedieu de Vabres, à la Culture, saisis dans leur enthousiasme, le jour de l’inauguration de l’Institut d’Histoire de l’Art.

En Avignon, le poète René Char fait mouche. Dans le cadre des « Amitiés poétiques », Jean-Claude Xuereb lui rend hommage. Des comédiens lisent des textes. Georges Fréchet a « obtenu le concours de jeunes artistes de la région pour illustrer ses œuvres et celui de comédiens pour les lire. Jean-Claude Xuereb, en bon disciple, dédicace. »

Ainsi se poursuit, une carrière durant, le dialogue entre les deux arts également aimés, consacré dans ce qu’on appelle les «  Livres d’artistes ». Georges est expert/gourmand des éditions illustrées d’entre les deux guerres. « Les aspects techniques du livre lui-même m’intéressent, la fabrication du papier, l’impression, la reliure. Tout cela change selon les époques. La reliure ne devient en rapport avec le texte qu’avec l’Art Nouveau. Aujourd’hui l’artisan Jean de Gonet fabrique même ses reliures originales …à partir de pneus ».


Participation : colloques et associations

Georges Fréchet demeure fidèle aux Amis des Danses Macabres, et ce depuis vingt ans. « C’est une réunion de chercheurs et d’amateurs passionnés par le phénomène médiéval de la danse macabre – au sens large – qui travaille sur ses aspects historique, iconographique, sociologique, philosophique, religieux  et artistique » apportant son expérience,  ses qualités humaines et sa rigueur universitaire, héritée de ses années à l’école des Chartres. Il participe aux différents colloques et donne des conférences à l’étranger.

Par ailleurs il est membre de l’association des Amis des Antonins qui a pour vocation de sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine de l’ordre hospitalier de Saint-Antoine, de faire connaître l’abbaye de Saint-Antoine dont une commanderie se trouvait à Tournon.

Enfin, Georges Fréchet aime les langues et les écritures anciennes. Il étudie le russe, le grec moderne, le sanscrit et le persan et savoure le mystère des vieux papiers aux inscriptions indéchiffrables…

Où que la vie le mène, Georges Fréchet,  se rapproche des associations culturelles. Aujourd’hui, il s’intéresse au passé de Tournon, faisant table rase de toutes les recherches antérieures et allant puiser directement aux sources. Son étude poussée des œuvres de la collégiale ébranle certaines certitudes et remet en cause quelques attributions.

Nul doute que les villes sœurs l’accueillent avec bonheur.

 

 LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 22 mai 2014

Par ideedart le 22 mai, 2014 dans PRESSE LOCALE
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8 mai, 2014

Catherine Charles, restauratrice copiste

L’art de copier existe depuis que l’homme peint. Les grands maîtres eux-mêmes ont copié les œuvres de leurs aînés par défi, par passion ou à des fins d’apprentissage. Depuis 15 ans, Catherine Charles, restauratrice et copiste, se frotte à cet art qu’elle exerce désormais en son atelier en plein cœur de Tournon. Là avec patience, talent et bonheur, elle renoue avec les techniques oubliées des grandes figures de la peinture.

Artiste-copiste

 « Ça c’est mon truc ! » s’est écrié Catherine Charles alors qu’elle s’essayait à la copie. Elle s’était toujours dit qu’un jour elle viendrait à la peinture, prendrait ses pinceaux mais sans chercher à créer. Elle admire les œuvres des peintres des 16ième, 17ième.    et 18ièmesiècles. Leur travail et leur talent exercent sur elle une telle fascination qu’elle sait impossible à quiconque de les surpasser et lorsqu’elle se décide à entrer en peinture elle ne change pas d’avis : «  Je m’y suis mise par amour de l’Art en étant persuadée que ce que d’autres avaient fait, était mieux que ce que je pourrais faire !». Depuis plus de quinze ans, Catherine copie avec ferveur, au détour de rencontres, tous ses coups de cœur.  Elle goûte le résultat, convaincue qu’elle n’aurait su l’inventer et elle assume haut et clair : « je préfère une bonne copie à une mauvaise invention ».

L’atelier lyonnais

Amenée à quitter sa ville natale, qui s’étire à l’ombre du massif armoricain, entre les rives de la Loire et celles de l’Atlantique, elle arrive à Lyon. Et, pensant « je ne sais rien faire », s’engage à suivre une formation de deux ans agréée par la Région dans le cadre prometteur d’une réinsertion. C’est ainsi qu’elle fait avec bonheur ses premières armes dans la restauration de tableaux anciens. « Mon maître était une femme géniale et une fois passées les deux années j’ai trouvé idiot de ne pas poursuivre ! ». Catherine, passion en poupe, organise des cours le soir, convainc son professeur, « rameute quelques copines » et continue à profiter de l’atelier, à en savourer l’ambiance unique, essentielle à son travail. « J’ai besoin de rigueur, d’être cadrée, corrigée, de m’entendre dire « ce n’est pas bon du tout ! » même si parfois je rue dans les brancards… et j’apprécie de me frotter aux autres pour ne pas tomber dans un nombrilisme affligeant». Aujourd’hui, Catherine est un pilier du groupe dont les autres membres tournent, s’apportant mutuellement un petit supplément d’art.

Les règles de la copie

Mais attention, l’art de copier est soumis à des règles « on n’est pas là pour faire des faux ! Sinon on est passible de sanctions ! ». A la différence d’une copie, le faux est une imitation d’une œuvre d’art originale, qui n’est pas présentée comme une copie, ou encore une œuvre originale dont on cherche à attribuer la paternité à un artiste autre que l’auteur. Catherine le sait mieux que quiconque. Il lui faut impérativement changer la taille des tableaux, en omettre volontairement un détail. « Bref, on s’autorise à déraper alors que le faussaire se l’interdit! ». De plus, il est impossible de copier un peintre mort depuis moins de 70 ans, interdit aussi, de signer une copie. Le nom s’inscrit simplement au dos de la toile suivi de la mention « d’après » ou « hommage à .. »

Seuil de paresse

« Je suis une grande fainéante pour tout sauf pour la peinture. Je me suis découverte têtue et obstinée » avoue Catherine dans un rire. Une paresse vite oubliée, supplantée par une belle ténacité, lorsqu’il s’agit de fabriquer les châssis, tendre la toile de lin, l’enduire de colle de peau de lapin, de blanc de Meudon, de la couvrir de terre de sienne brulée, et de surveiller le séchage… « J’ai fait beaucoup de recherches sur l’évolution des supports au fil des siècles et appris énormément ». Pour honorer ses commandes, elle est amenée à maitriser l’art de peindre sur toutes les surfaces : toile, bois, ardoise et cuivre. « Le cuivre induit les petits formats car son poids le rend difficile à transporter mais il a l’avantage de donner sa lumière au tableau ». Il lui est arrivé, à plusieurs reprises, d’exécuter le portrait d’un aïeul que se disputaient ses descendants à l’occasion d’un partage, de réaliser des « dummy boards » (silhouette de bois, grandeur nature destinées à meubler l’âtre de la cheminée en été ) et même de peindre sur porcelaine un service entier pour un repas princier de fiançailles…

Amours toujours

Lorsqu’elle n’honore pas ses commandes, Catherine peint pour elle. Son premier coup de foudre fut pour Chardin « c’est un artiste pas facile mais quand on a compris comment il fonctionne, on a compris beaucoup de choses » mais elle affectionne des peintres aussi différents que Jules Médard et ses natures mortes (dont elle a magnifiquement copié le tondo « fleurs dans un vase bleu »), Gil Elvgren et ses  pin-ups qui s’exhibent sur les calendriers des routiers (occasion de s’exercer aux raccourcis-pas évidents !), André Renoux (le chantre des rues de Paris ) et Jack Vettriano (amateur de scènes de cinéma américain, de femmes fatales et de plages huppées…)

S’entourer de beauté

Sous une irrésistible joie de vivre et une verve gouailleuse, Catherine cache une authentique classe, de celle qui se transmet. Et faute d’avoir hérité de la fortune qui parfois l’accompagne, aidée de son mari, elle se met au défi de (re)créer pour leur salon tournonais, partie du cadre somptueux de la Villa Ephrussi de Rothschild. Des murs entiers de lambris sont montés et peints à l’identique. Catherine va jusqu’à reproduire admirablement les pendants en grisailles et la très gracieuse Jeune femme à la robe blanche ruban bleu de Jean-Fréderic Schall. Un  pare feu, décoré par elle, cache le foyer d’une cheminée de bois. Aux murs, des tableaux de maitres affichent l’indéniable virtuosité de la copiste, modestement « heureuse de pouvoir admirer au quotidien les œuvres des plus grands ». Un luxe qui exige temps et technique, un talent qui révèle finesse et délicatesse… ouvrant la porte à toutes les époques…

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 08 mai 2014

Par ideedart le 8 mai, 2014 dans PRESSE LOCALE
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1 mai, 2014

Derry et PaGo, « Les Lucioles », une BD pour nos héros

« Ils venaient de milieux très divers ne partageaient pas les mêmes idéaux mais avaient tous le même goût de la liberté et la même aversion de toute forme d’autoritarisme et d’intolérance. Ils furent les lucioles qui éclairèrent cette nuit qui durera jusqu’au 8 mai 45 ». Les Lucioles, les résistants de Saint-Donat-sur-l’Herbasse, les héros de la BD signée Derry et PaGo…

A l’horizon des passions

Le monde professionnel fait se côtoyer des hommes qui se ressemblent peu, qu’une passion  partagée parfois rapproche, et va même jusqu’à unir, le temps fort et béni de l’élaboration d’une œuvre. Deux collègues, mordus de BD, capables de s’émouvoir des balbutiements du huitième art et des tout premiers albums de Christophe, toujours prêts à de se régaler des facéties du « sapeur Camember », s’amusant à citer Artémis et Cunégonde, décident de quitter leur statut de lecteurs pour endosser ensemble la grisante responsabilité de créateurs.

Dans l’album des Lucioles, l’économiste urbaniste, retraité de la fonction publique territoriale apparait sous les traits débonnaires et très reconnaissables de Derry (pseudo choisi par ce breton pour sa consonance celtique). Féru d’histoire, il se fait scénariste. Quant à l’ingénieur, cadre dirigeant dans le secteur du bâtiment, il s’incarne dans PaGo l’avatar, engendré par l’encre de sa plume. Le personnage s’interroge et puise avec candeur et sérieux dans la culture de son prolixe acolyte. Longs cheveux, haute taille et dégaine désinvolte servent l’artiste démiurge.

Travail et trouvaille

Saint-Donat-sur-l’Herbasse. 15 juin 1944. L’armée allemande mitraille puis occupe le petit village en Drôme des collines. D’évidence, l’épisode se doit d’être situé dans le contexte de la Grande Histoire mais en évitant l’écueil ennuyeux de la pédagogie, le danger d’un fallacieux manichéisme, la séduction facile du « romancé » ou de « l’extrapolé ». Pari gagné. L’intervention de Derry et PaGo en narrateurs, au cœur même du récit savamment et rigoureusement documenté, suffit à le rendre vivant. Les compères narrateurs-enquêteurs créent le lien entre ces bouts d’histoires véridiques, affranchissent la BD d’un caractère didactique classique, permettent de tenir le tragique à distance, autorisent la mise en perspective avec le monde d’aujourd’hui.  Le graphisme talentueux fait le reste. Plume, pinceau ou rotring encrés refusent le trop léché et favorise l’instant croqué sur le vif à la faveur d’un trait réaliste, sombre et précis, entre ligne claire et densité de noir, évoquant les grands Mezzo ou Joe Sacco ou même certains comics outre-Atlantique des années 70. Le dessin s’inscrit ainsi dans une belle contemporanéité, cristallisée dans le T-shirt smiley, petit clin d’œil marquant l’époque.

L’histoire dans l’Histoire

Lorsque Pétain prend les premières mesures liberticides notamment contre les juifs,  les habitants de Saint-Donat réagissent. Au fil de la BD, on croise Aimé Michelon, le pilote et beau-père de Derry, Michel Lemonon, le vicaire et le pharmacien Jean Chancel, les premiers à accueillir des réfugiées (dont le couple Andrieux, alias Elsa Triolet et Louis Aragon) et à relayer les messages de l’Armée secrète … jusqu’à ce que les maquisards soient dénoncés à La Wehrmacht…

Derry est péremptoire : « Toutes les anecdotes sont authentiques » affirme-il, conforté par ses longues heures de recherches, « mais certaines étaient moins flatteuses que d’autres : la scène de combat entre deux mouvements résistants par exemple a soulevé la question : on en parle ou pas ? Jean Sauvageon, le spécialiste (« dessin bien réussi ! » sourit PaGo) est consulté et le tabou adjugé brisé !

En outre, la portée de la BD dépasse le cadre régional  et explique le mouvement national. Accessible aux ados qui sont à l’âge des choix qui guideront leurs vies, elle prend une valeur universelle.

A la croisée des idées

D’un coté, Derry avec une âme de chercheur, des histoires pleins la tête et des envies d’écrire. De l’autre, PaGo, un dessinateur qui noircit des pages et des pages, laissant ses histoires souvent inachevées, ou les abandonnant aux refus des éditeurs. Lorsque nait l’idée de créer cette BD commune, PaGo choisira, parmi les histoires de Derry, celle qui l’inspire « Derry me propose un truc qui me plait, l’histoire avec son beau père. Les autres scénarios sur les celtes, ça me branchait pas trop! ». La trame générale du texte existait mais pas sous la forme d’un scénario « j’ignorais tout de la technique de scénario mais je m’y suis mis. PaGo me censurait. J’ai compris que le dessin devait être en harmonie… je l’ai admis, du moment qu’il respectait la cohérence historique». Et si PaGo avoue son faible pour la composition de la page « je prends mon pied ! » il n’en demeure pas moins que la BD relève d’une véritable collaboration : l’un donne sa vision, l’autre la met en scène « y’a qu’à demander mon prince ! » répond l’artiste au scénariste (p.77) qui lui soumet une idée d’illustration…

La consécration de l’édition

Plus qu’un éditeur, François Baudez se dit « l’avocat du lecteur ». Après une carrière entièrement consacrée à l’édition et au journalisme, il fonde sa propre maison d’édition dans les Yvelines en juin 2000. Quelque 460 titres plus tard, il transfert son siège social dans la Drôme et développe une édition régionaliste avec une nouvelle collection « Au fil du Rhône ». « Nombreuses sont les BD historiques très ennuyeuses. Celle-ci m’a plu. J’ai tout de suite aimé son coté décalé, l’intrusion des auteurs qui baladent les lecteurs entre la petite et la grande histoire, cette façon d’aborder de front une partie historique et se l’approprier ». François Baudez, amoureux des Lettres, apprécie aussi Ia reconnaissance du rôle essentiel des intellectuels (en l’occurrence la poésie très concrète  d’Aragon) qui rappelle l’influence des travaux clandestins, «on oublie souvent que  De Gaulle n’était pas isolé : il avait les intellectuels derrière lui…Les éditions de minuit sont nées à ces moments-là… ». Et si l’on considère d’un bloc esthétique-contenu – traitement on peut s’avouer en toute honnêteté que Les Lucioles est « une BD bien placée pour concourir au festival d’Angoulême »…Ce coup d’essai sera-t-il un coup de maître ?

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 01 mai 2014

Par ideedart le 1 mai, 2014 dans PRESSE LOCALE
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