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Sonia Vassard

« Tu es tombée dans la joie de vivre dès ta naissance » lui dit son père. Cette joie, elle l’incarne en couleur et au quotidien. Elle s’applique à la communiquer à ceux qu’elle croise : inconnus dans les rues de Tournon, étonnés de sa démarche altière et insoumise, amis et amours de tous pays, élèves et adeptes du yoga.

Performeur : « Ma vie comme œuvre d’art »

Sonia ne fait pas de l’art, elle vit son art. Elle «performe» à chaque instant de son quotidien. Elle s’habille d’une couleur ou de toutes à la fois. Elle peut être en blanc de pied en cape, alors que chacun de ses trois enfants porte une des couleurs primaires. Ou bien encore, il arrive qu’ils soient tous quatre vêtus d’une même couleur « C’était un jeu : le matin on choisissait ensemble la couleur du jour». Dans la maison, «pas de placard à la maison, mais des tas, organisés en couleur, dans lesquels on pioche». L’art est partout : sur les murs aux couleurs vives, jusqu’aux repas monochromes, en passant par les douze jardins assortis plantés dans la terre originelle ou les lessives artistiquement suspendues, exposées à la galerie des vents ardéchois. Son père l’a nourrie de l’éclatement des couleurs «il m’a donné une palette pour ma vie». Sa mère, d’origine hollandaise, lui a transmis des valeurs de liberté. Ensemble, ils ont choisi qu’elle porte le prénom de celle qui, avec son époux Robert Delaunay, se consacra à la recherche de la couleur pure et du mouvement des couleurs simultanées : Sonia, reine de l’orphisme.

Installateur : Couleur arc-en-ciel

Sonia sort un jour du collège, dépitée. Il pleut sur la ville comme il pleure dans son cœur. Ses larmes interrompent sa course à vélo. «Tu es un enfant de joie, tu ne dois pas être triste. Trouve un moyen de garder l’allégresse!» C’est alors que la pluie cesse et qu’elle remarque, sur le fond gris plombé du ciel, un arc-en-ciel : «il était là, vibrant, il palpitait devant moi». Elle y voit une alliance entre le Ciel et elle. Sonia chasse ses larmes et observe longuement. Elle collecte alors les tous premiers objets, glanés au hasard des chemins, qu’elle assemblera par couleur et disposera sur la grande table de sa chambre «pour matérialiser l’arc-en-ciel, le rendre palpable». Sans le savoir, elle fait sa toute première installation. Elle a 12 ans. Son père, l’artiste Daniel Vassard, est professeur de couleurs aux Beaux-arts. Il encourage la fillette et la fait participer à une exposition au Musée de Valence : « Collections ». Elle y expliquera sa démarche. L’œuvre devient vite envahissante : elle devra quitter la table à tréteaux, gagner l’étagère monumentale conçue pour les fromages hollandais de son grand-père et finalement investir le vaste espace du grenier-atelier de la maison familiale. L’arc-en-ciel et Sonia sont désormais indissociables. Leur résonnance devient fusion. Lorsque la jeune étudiante défend son projet au jury des Beaux-arts, elle entendra un des membres s’exclamer «vous êtes le neuvième théoricien de la couleur !». Le huitième, Newton, divisait le spectre de lumière en sept couleurs. Sonia, elle, démontre qu’il existe douze couleurs fondamentales.

Citoyen du monde : « Conçue et élevée dans la liberté »

Les parents de Sonia s’aiment alors que s’ourdit mai 68. Ils ouvrent leur maison au monde entier, aux artistes de tous pays, aux marginaux, aux minorités. Elle évolue ravie, dans ce qu’elle appelle ce « no man’s land » qui lui donne le sentiment d’appartenir non pas à une région ou un pays mais à la Terre entière. Adolescente, rien ne l’arrête. Elle se rend à Amsterdam en stop pour retrouver ses racines maternelles. Elle découvre, sous la neige, les couleurs et la chaleur de la vie hollandaise. Rues et canaux y sont animés, de jour comme de nuit. Cette immersion «active l’autre bout de mon arbre». D’autres voyages suivront et feront d’elle une nomade pourtant viscéralement attachée à son Ardèche, «une île dans la France, bordée d’un fleuve magique». Ces itinérances forgeront sa personnalité pendant « 33 années christiques » soit de 16 à 49 ans, période où «l’on fait l’expérience de soi-même jusqu’à sa propre quintessence».

Lien spirituel : Rencontres magiques

Quêtes de sens, les périples et les rencontres de Sonia sont multiples, fortes et inoubliables. «Des gens magiques qui ont participé à la beauté de ma vie». Les chamanes amérindiens reconnaissent en elle Bison-Blanc alors que les Grecs la nomment Iris, déesse de l’arc-en-ciel. Les Naga-Baba en Inde l’appellent White Kaboutry Giri, Colombe-Blanche-des-Collines. En Afrique Bambara, elle prend le nom de Mafi Sissoko, Mère-Noire-de-la-Création et au Sénégal elle est devenue une Yaya Fall, messagère universelle arc-en-ciel…Sonia a réussi à rallier en elle toutes les formes de spiritualité, confortant son «lien direct avec l’Unité ».

 Don guérisseur : « œuvre et guéris ! »

Le souvenir de l’injonction est revenu le jour où Sonia se sentait prête. «À l’époque des Beaux-arts, je n’ai entendu que «œuvre !» et négligé le reste». Elle sait qu’elle possède un don reçu en leg par la lignée paternelle. Animée du désir de transmettre et de guérir/gai-rire, elle fonde l’E.V.U.A. école vivante universelle arc-en-ciel.

Pour la première fois, Sonia considère sa vie avec un certain recul, à la faveur de son dernier voyage en Afrique dont elle revient, les yeux rougis de colère devant ceux qui souffrent. «Les morceaux de puzzle construits s’assemblent ». Un livre se ferme. Après un dernier hommage à l’œuvre de son père, elle répondra à l’appel des enfants des rues. Des liens se sont tissés en blanc au cœur d’un baobab, en couleur en pleine ville de Touba….

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 13 mars 2014

Par ideedart le 13 mars, 2014 dans PRESSE LOCALE

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