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Clément Patard, bricoleur de rêves

Il y a 9 ans, Clément Patard arrive à Lamastre. Il ne sait pas encore qu’il choisira de rester Ardéchois. Régisseur et bricoleur hors pair, il s’installe à Tournon. Sa silhouette, haute en taille et en couleurs, fait de lui le plus grand des gentlemen bric-à-braqueurs. Et, si parfois il délaisse la coulisse et ses exigences matérielles, c’est pour mieux servir la scène et donner corps à la poésie du rêve.

►Saisir les mains tendues

Clément Patard, échappé du monde des chiffres dans lequel s’épanouissent ses frère et père, affranchi de ses études qui le destinaient à une carrière dans le tourisme, répond à l’appel de ses amis bourguignons. Il vient à Lamastre, travailler à la reconversion d’une minoterie, vieille de deux siècles, en une brasserie baptisée « Les chopes du moulin » où « l’odeur du houblon et du malt se mélange à celle de la farine de l’ancien moulin à meules ». Il apporte avec lui son sens du décor et l’expérience de sa technique. Sur le plateau ardéchois, il se fera des amis, dont le directeur technique du ciné-théâtre de Tournon, l’incontournable Patrick London, qui l’observe, le repère, et l’engage comme régisseur, pour le Festival des Humoristes de Tournon. Clément Patard signera cette année sa huitième collaboration au sein d’une équipe, forte d’une grande expérience, « sympathique et attachante ». Mais que faisait-il avant et que fait-il aujourd’hui entre deux étés ? D’évidence, au fil de ses expériences, il se construit.

►Apprendre vite, regarder et savoir

Au sortir de l’école, le jeune Clément acceptera tout d’abord de travailler à l’animation dans un village de vacances. « C’était un peu éloigné de ma formation, mais il s’agissait de rendre les spectacles un peu plus… nobles, un peu plus… sympathiques ». Le rapport à la scène l’attirait. Le contact avec la technique le passionnait. Les planches ? Il aimait. Enfant, il goûte déjà l’approche scolaire du monde du théâtre. Adolescent, il assiste aux  concerts de « La cave à musique », l’actuelle salle de musique de Mâcon. Cette première expérience scénographie-lumière-son sera déterminante. Elle se poursuivra avec « Lauriaut éclairage »  puis, plus tard, dans l’entreprise « MDZ Décoration» aux cotés du génial Manuel Zinopoulos qu’il suivra partout en Europe dans ses aventures événementielles, créations sur mesure pour le théâtre, le cinéma ou les soirées privées. « Savoir transformer des idées simples avec une main ferme, mais pourtant attentive à faire rêver, en installant la séduction dans un espace défini… » : un slogan dont il saura se souvenir.

►Les coulisses du théâtre

Eponge absorbante, Clément, intermittent du spectacle, enchaine jobs et stages. De tout, il tire de joyeux enseignements.  « Là, j’ai appris à souder » dit-il en évoquant un stage européen, en Suisse lors d’Exposer 2, exposition universelle. « Ici, j’ai travaillé la plastique » sous la tutelle du théâtre l’Unité et participé, à Porrentruy, « à la création du décor éphémère » planté pour les 3 000 figurants de «  La horde blanche ». Au Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne, Clément apprend « à monter-démonter chapiteau, gradins, agrès… ». Dans l’ombre de Guido le mentaliste, Mago Mentalista, il se « perfectionne pour les effets spéciaux ». Il côtoie la Compagnie Albédo, (créateur des inquiétantes marionnettes géantes, inspecteurs ou gardes du corps deboulant dans les rues pour apostropher les passants), en revient avec « une envie renforcée de travailler le latex ». Il s’épanouit comme régisseur au sein de l’association APSOAR et en conclut que décidément, oui, il aime le monde du cirque et les spectacles de rue.

C’est pour le spectacle « Williwaw », entièrement conçu autour de l’hiver, qu’il monte sur scène pour la toute première fois, à l’instar du bruiteur et de la chanteuse Evelyne Gallet. Il devient alors « acteur de lumière » sous le regard curieux du public. Au fil des apprentissages et des séjours en coulisses, les goûts de Clément se confortent et s’affinent …Son univers se dessine…

Ecrin et destin forains

L’univers de Clément a pris la forme d’une roulotte aménagée, magique et farfelue, pensée et conçue par lui. « Entièrement démontable pour rentrer dans ma kangoo ! ». Un véritable chef d’œuvre d’art brut, conjuguant sa passion pour les objets chinés « J’aime l’idée de leur donner une nouvelle vie », pour les marionnettes « le Fariboleur magicien-en-latex et Gulliver-pantin-coquin » et ses envies d’itinérance « monter un spectacle dans tous les sens du terme et le balader de village en village ». L’esthétique de la rouille et des panneaux récupérés, la lumière cuivrée des lanternes, les sons granuleux des instruments rafistolés, les fariboles et bricoles insolites, attirent et retiennent le spectateur dans le charme d’un monde marginal. Un petit coté étrange et décalé à la Tim Burton, la quiétude en plus. C’est dans ce cadre que deux bonimenteurs feront leur numéro burlesque et animeront des marionnettes pour servir la poésie de la fable bâtie sur des «poussières de rêves et pelures de songerie » écrite par la québécoise Marie-Sabine Roger, destinée aux tout-petits. « Lorsqu’attiré par son visuel, j’ai eu le livre entre les mains, j’ai voulu le lire à mon fils, alors âgé de quatre ans. Et j’ai aimé ce que j’ai vu dans ses yeux ».

La compagnie la Remueuse, nom donné jadis à « l’assistante de la nourrice d’un enfant de haute naissance, chargée de changer ses langes et de le bercer », ne s’arrêtera pas là. L’achat récent d’un chapiteau et la construction de gradins de bois lui donneront les moyens matériels d’aller plus loin, de plus en plus loin… Quoi de plus normal, avec pareil nom, que de ne pouvoir tenir en place.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 06 mars 2014

Par ideedart le 6 mars, 2014 dans ARTISTES SPECTACLE VIVANT, PRESSE LOCALE

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