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20 mars, 2014

Ella Kulturalor

La bien-nommée de la culture

Monsieur et madame Kulturalor ont une fille. Comment s’appelle-t-elle ? Ella. Parce que : Et la culture alors ? Oui mais voilà, ce qui aurait pu n’être qu’une blague des carambars de jadis est en fait, une réalité pas toujours facile à vivre ! Parents joueurs ou parents distraits, la juxtaposition de ces prénom et nom a vite suscité moqueries et persiflages. Et la jeune Ella a décidé de réagir en devenant incollable sur cette notion de culture qui a gâché ses heures de récré.

Vers une définition

« Tout d’abord que les choses soient claires : ne comptez pas sur moi pour vous choisir une des 150 définitions du mot !» déclare abruptement Ella Kulturalor « Si vous voulez une notion ce sera la mienne et rien d’autre ! ». Ella est entre deux âges, a le menton volontaire, et regarde les gens droit dans les yeux. Son bureau est tapissé de livres du sol au plafond et on y accède par un long couloir aux murs couverts d’affiches en tous genres : théâtre, spectacles, expositions, ballets, opéras, concerts, invitations à des vernissages, conférences, séances de dédicaces. « Se souvenir des belles choses » commente-t-elle. Et, passant devant une porte close que, manifestement, elle n’ouvrira pas « ici, c’est mon cabinet de curiosités ». Il se murmure qu’il est empli des objets les plus insolites ramenés de ces nombreux voyages autour du globe.

De ce début d’entretient, il ressortira que la culture, de toute évidence de l’ordre de l’acquis, est un réservoir commun qui soude un groupe d’individus. Il s’agit pour Ella d’un ensemble de traits distinctifs tout à la fois spirituels, matériels, intellectuels et même affectifs. Mais les manières d’être, de penser, d’agir et de communiquer changent avec le temps. « Il n’y a qu’à observer l’évolution des modes de vie, des droits fondamentaux de l’être humain, des systèmes de valeurs, des traditions et les croyances… sans parler du domaine des arts et les lettres auquel –et c’est une erreur- on cantonne trop souvent la culture. » D’ailleurs, précise-t-elle, en posant négligemment sur la table un ouvrage de Sigmund Freud, « la langue allemande, ma langue maternelle, utilise deux mots distincts Bildung et Kultur ce qui présente l’avantage de dissiper toute ambigüité : d’un coté, la culture générale individuelle, de l’autre le patrimoine social, artistique et éthique ». Le livre s’intitule Das Unbehagen in der Kultur, Le Malaise dans la culture. Il a été écrit durant l’été 1929. Le malaise ne date pas d’aujourd’hui !

Sur un plan national

« Vous avez, en France », dit-elle en se balançant sur sa chaise comme pour signifier une mise à distance et recouvrer soudain le point de vue de sa nationalité «une tradition qui lie la culture avec les institutions publiques». Il est exact que la majorité des institutions culturelles sont des organisations en gestion publique ou de type associatif avec une forte dépendance à des collectivités publiques: académies, musées, bibliothèques, médiathèques, conservatoires, salles de concert et de théâtre, orchestres, opéras, M. J. C… La France peut d’ailleurs s’enorgueillir d’avoir été, en 1959, l’une des premières démocraties modernes à se doter d´un ministère de la Culture. «Aux États-Unis» se souvient-elle, «cette emprise de la puissance publique sur la culture n’existe pas ! Les plus grandes entreprises constituent leur propre collection d’œuvres d’art et ouvrent des musées privés. Hommes d’affaires et milliardaires jouent à fond la carte du mécénat et leur philanthropie alimente de grandes fondations, souvent à leur nom. Regardez le cas du Metropolitan ou du Guggenheim Museum à New-York ou des Fondations comme Ford, Carnegie, et bien d’autres encore…». Et du coup, rajoute-telle en souriant, cela évite l’absurdité de la sacro-sainte fermeture hebdomadaire, typiquement française, qui laisse les touristes dépités. «Je croyais que la France avait besoin de travailler ?» s’étonnent-ils.

Le malaise/bien-aise de la culture

La culture générale, selon l’utilisation populaire du mot, est le fond minimal que devrait posséder un individu pour pouvoir s’intégrer dans la société. Or, l’exercice d’activités comme l’art, le théâtre et la musique sont désormais considérés comme élitistes. Les vieux clichés ont la vie dure ! Malgré l’éloquence des chiffres qui prouvent l’impact réel du dynamisme culturel sur le développement du territoire, certains persistent à trouver les activités coûteuses. Hélas, soupire Ella avant de se fondre dans un lieu commun «les héros d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et les Dieux du stade font oublier les vrais génies. Voyez-vous-même à votre petite échelle provinciale: ceux qui liront votre journal auront plus vite fait d’arriver à cette page en prenant le journal par la fin, puisque tout, y compris le sport, passe avant. Sur vos 12 000 lecteurs, seuls 360 liront ces lignes. C’est statistiquement prouvé !». Installée depuis deux ans à peine sur les rives ensoleillées tainoises du Rhône, Ella n’en revient pas de la qualité des activités culturelles, s’émerveille des programmations des villes-sœurs et de cette volonté de briller toujours plus loin, bien au-delà du bassin… «Entendre jouer le célèbre violoniste Nemanja Radulovic programmé par Vochora, aller voir au théâtre les mêmes pièces que mes amis parisiens, avoir le choix du roi au cinéma, visiter les ateliers du coin, véritables viviers artistiques, aller écouter les penseurs de notre temps, invités par les Apprentis Philosophes, attendre chaque fin d’été, l’heure du très fameux Festival des Humoristes, penser que le quai Branly vient prochainement séjourner au château de Tournons, entendre que se prépare à Tain une Biennale de Sculpture, très franchement, c’est jubilatoire !». À en croire Ella, les habitants d’ici seraient vraiment gâtés ! Mais au fait,  n’est-il pas vrai ?

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 20 mars 2014

Par ideedart le 20 mars, 2014 dans PORTRAITS CARAMBAR, PRESSE LOCALE
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13 mars, 2014

Sonia Vassard

« Tu es tombée dans la joie de vivre dès ta naissance » lui dit son père. Cette joie, elle l’incarne en couleur et au quotidien. Elle s’applique à la communiquer à ceux qu’elle croise : inconnus dans les rues de Tournon, étonnés de sa démarche altière et insoumise, amis et amours de tous pays, élèves et adeptes du yoga.

Performeur : « Ma vie comme œuvre d’art »

Sonia ne fait pas de l’art, elle vit son art. Elle «performe» à chaque instant de son quotidien. Elle s’habille d’une couleur ou de toutes à la fois. Elle peut être en blanc de pied en cape, alors que chacun de ses trois enfants porte une des couleurs primaires. Ou bien encore, il arrive qu’ils soient tous quatre vêtus d’une même couleur « C’était un jeu : le matin on choisissait ensemble la couleur du jour». Dans la maison, «pas de placard à la maison, mais des tas, organisés en couleur, dans lesquels on pioche». L’art est partout : sur les murs aux couleurs vives, jusqu’aux repas monochromes, en passant par les douze jardins assortis plantés dans la terre originelle ou les lessives artistiquement suspendues, exposées à la galerie des vents ardéchois. Son père l’a nourrie de l’éclatement des couleurs «il m’a donné une palette pour ma vie». Sa mère, d’origine hollandaise, lui a transmis des valeurs de liberté. Ensemble, ils ont choisi qu’elle porte le prénom de celle qui, avec son époux Robert Delaunay, se consacra à la recherche de la couleur pure et du mouvement des couleurs simultanées : Sonia, reine de l’orphisme.

Installateur : Couleur arc-en-ciel

Sonia sort un jour du collège, dépitée. Il pleut sur la ville comme il pleure dans son cœur. Ses larmes interrompent sa course à vélo. «Tu es un enfant de joie, tu ne dois pas être triste. Trouve un moyen de garder l’allégresse!» C’est alors que la pluie cesse et qu’elle remarque, sur le fond gris plombé du ciel, un arc-en-ciel : «il était là, vibrant, il palpitait devant moi». Elle y voit une alliance entre le Ciel et elle. Sonia chasse ses larmes et observe longuement. Elle collecte alors les tous premiers objets, glanés au hasard des chemins, qu’elle assemblera par couleur et disposera sur la grande table de sa chambre «pour matérialiser l’arc-en-ciel, le rendre palpable». Sans le savoir, elle fait sa toute première installation. Elle a 12 ans. Son père, l’artiste Daniel Vassard, est professeur de couleurs aux Beaux-arts. Il encourage la fillette et la fait participer à une exposition au Musée de Valence : « Collections ». Elle y expliquera sa démarche. L’œuvre devient vite envahissante : elle devra quitter la table à tréteaux, gagner l’étagère monumentale conçue pour les fromages hollandais de son grand-père et finalement investir le vaste espace du grenier-atelier de la maison familiale. L’arc-en-ciel et Sonia sont désormais indissociables. Leur résonnance devient fusion. Lorsque la jeune étudiante défend son projet au jury des Beaux-arts, elle entendra un des membres s’exclamer «vous êtes le neuvième théoricien de la couleur !». Le huitième, Newton, divisait le spectre de lumière en sept couleurs. Sonia, elle, démontre qu’il existe douze couleurs fondamentales.

Citoyen du monde : « Conçue et élevée dans la liberté »

Les parents de Sonia s’aiment alors que s’ourdit mai 68. Ils ouvrent leur maison au monde entier, aux artistes de tous pays, aux marginaux, aux minorités. Elle évolue ravie, dans ce qu’elle appelle ce « no man’s land » qui lui donne le sentiment d’appartenir non pas à une région ou un pays mais à la Terre entière. Adolescente, rien ne l’arrête. Elle se rend à Amsterdam en stop pour retrouver ses racines maternelles. Elle découvre, sous la neige, les couleurs et la chaleur de la vie hollandaise. Rues et canaux y sont animés, de jour comme de nuit. Cette immersion «active l’autre bout de mon arbre». D’autres voyages suivront et feront d’elle une nomade pourtant viscéralement attachée à son Ardèche, «une île dans la France, bordée d’un fleuve magique». Ces itinérances forgeront sa personnalité pendant « 33 années christiques » soit de 16 à 49 ans, période où «l’on fait l’expérience de soi-même jusqu’à sa propre quintessence».

Lien spirituel : Rencontres magiques

Quêtes de sens, les périples et les rencontres de Sonia sont multiples, fortes et inoubliables. «Des gens magiques qui ont participé à la beauté de ma vie». Les chamanes amérindiens reconnaissent en elle Bison-Blanc alors que les Grecs la nomment Iris, déesse de l’arc-en-ciel. Les Naga-Baba en Inde l’appellent White Kaboutry Giri, Colombe-Blanche-des-Collines. En Afrique Bambara, elle prend le nom de Mafi Sissoko, Mère-Noire-de-la-Création et au Sénégal elle est devenue une Yaya Fall, messagère universelle arc-en-ciel…Sonia a réussi à rallier en elle toutes les formes de spiritualité, confortant son «lien direct avec l’Unité ».

 Don guérisseur : « œuvre et guéris ! »

Le souvenir de l’injonction est revenu le jour où Sonia se sentait prête. «À l’époque des Beaux-arts, je n’ai entendu que «œuvre !» et négligé le reste». Elle sait qu’elle possède un don reçu en leg par la lignée paternelle. Animée du désir de transmettre et de guérir/gai-rire, elle fonde l’E.V.U.A. école vivante universelle arc-en-ciel.

Pour la première fois, Sonia considère sa vie avec un certain recul, à la faveur de son dernier voyage en Afrique dont elle revient, les yeux rougis de colère devant ceux qui souffrent. «Les morceaux de puzzle construits s’assemblent ». Un livre se ferme. Après un dernier hommage à l’œuvre de son père, elle répondra à l’appel des enfants des rues. Des liens se sont tissés en blanc au cœur d’un baobab, en couleur en pleine ville de Touba….

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 13 mars 2014

Par ideedart le 13 mars, 2014 dans PRESSE LOCALE
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6 mars, 2014

Clément Patard, bricoleur de rêves

Il y a 9 ans, Clément Patard arrive à Lamastre. Il ne sait pas encore qu’il choisira de rester Ardéchois. Régisseur et bricoleur hors pair, il s’installe à Tournon. Sa silhouette, haute en taille et en couleurs, fait de lui le plus grand des gentlemen bric-à-braqueurs. Et, si parfois il délaisse la coulisse et ses exigences matérielles, c’est pour mieux servir la scène et donner corps à la poésie du rêve.

►Saisir les mains tendues

Clément Patard, échappé du monde des chiffres dans lequel s’épanouissent ses frère et père, affranchi de ses études qui le destinaient à une carrière dans le tourisme, répond à l’appel de ses amis bourguignons. Il vient à Lamastre, travailler à la reconversion d’une minoterie, vieille de deux siècles, en une brasserie baptisée « Les chopes du moulin » où « l’odeur du houblon et du malt se mélange à celle de la farine de l’ancien moulin à meules ». Il apporte avec lui son sens du décor et l’expérience de sa technique. Sur le plateau ardéchois, il se fera des amis, dont le directeur technique du ciné-théâtre de Tournon, l’incontournable Patrick London, qui l’observe, le repère, et l’engage comme régisseur, pour le Festival des Humoristes de Tournon. Clément Patard signera cette année sa huitième collaboration au sein d’une équipe, forte d’une grande expérience, « sympathique et attachante ». Mais que faisait-il avant et que fait-il aujourd’hui entre deux étés ? D’évidence, au fil de ses expériences, il se construit.

►Apprendre vite, regarder et savoir

Au sortir de l’école, le jeune Clément acceptera tout d’abord de travailler à l’animation dans un village de vacances. « C’était un peu éloigné de ma formation, mais il s’agissait de rendre les spectacles un peu plus… nobles, un peu plus… sympathiques ». Le rapport à la scène l’attirait. Le contact avec la technique le passionnait. Les planches ? Il aimait. Enfant, il goûte déjà l’approche scolaire du monde du théâtre. Adolescent, il assiste aux  concerts de « La cave à musique », l’actuelle salle de musique de Mâcon. Cette première expérience scénographie-lumière-son sera déterminante. Elle se poursuivra avec « Lauriaut éclairage »  puis, plus tard, dans l’entreprise « MDZ Décoration» aux cotés du génial Manuel Zinopoulos qu’il suivra partout en Europe dans ses aventures événementielles, créations sur mesure pour le théâtre, le cinéma ou les soirées privées. « Savoir transformer des idées simples avec une main ferme, mais pourtant attentive à faire rêver, en installant la séduction dans un espace défini… » : un slogan dont il saura se souvenir.

►Les coulisses du théâtre

Eponge absorbante, Clément, intermittent du spectacle, enchaine jobs et stages. De tout, il tire de joyeux enseignements.  « Là, j’ai appris à souder » dit-il en évoquant un stage européen, en Suisse lors d’Exposer 2, exposition universelle. « Ici, j’ai travaillé la plastique » sous la tutelle du théâtre l’Unité et participé, à Porrentruy, « à la création du décor éphémère » planté pour les 3 000 figurants de «  La horde blanche ». Au Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne, Clément apprend « à monter-démonter chapiteau, gradins, agrès… ». Dans l’ombre de Guido le mentaliste, Mago Mentalista, il se « perfectionne pour les effets spéciaux ». Il côtoie la Compagnie Albédo, (créateur des inquiétantes marionnettes géantes, inspecteurs ou gardes du corps deboulant dans les rues pour apostropher les passants), en revient avec « une envie renforcée de travailler le latex ». Il s’épanouit comme régisseur au sein de l’association APSOAR et en conclut que décidément, oui, il aime le monde du cirque et les spectacles de rue.

C’est pour le spectacle « Williwaw », entièrement conçu autour de l’hiver, qu’il monte sur scène pour la toute première fois, à l’instar du bruiteur et de la chanteuse Evelyne Gallet. Il devient alors « acteur de lumière » sous le regard curieux du public. Au fil des apprentissages et des séjours en coulisses, les goûts de Clément se confortent et s’affinent …Son univers se dessine…

Ecrin et destin forains

L’univers de Clément a pris la forme d’une roulotte aménagée, magique et farfelue, pensée et conçue par lui. « Entièrement démontable pour rentrer dans ma kangoo ! ». Un véritable chef d’œuvre d’art brut, conjuguant sa passion pour les objets chinés « J’aime l’idée de leur donner une nouvelle vie », pour les marionnettes « le Fariboleur magicien-en-latex et Gulliver-pantin-coquin » et ses envies d’itinérance « monter un spectacle dans tous les sens du terme et le balader de village en village ». L’esthétique de la rouille et des panneaux récupérés, la lumière cuivrée des lanternes, les sons granuleux des instruments rafistolés, les fariboles et bricoles insolites, attirent et retiennent le spectateur dans le charme d’un monde marginal. Un petit coté étrange et décalé à la Tim Burton, la quiétude en plus. C’est dans ce cadre que deux bonimenteurs feront leur numéro burlesque et animeront des marionnettes pour servir la poésie de la fable bâtie sur des «poussières de rêves et pelures de songerie » écrite par la québécoise Marie-Sabine Roger, destinée aux tout-petits. « Lorsqu’attiré par son visuel, j’ai eu le livre entre les mains, j’ai voulu le lire à mon fils, alors âgé de quatre ans. Et j’ai aimé ce que j’ai vu dans ses yeux ».

La compagnie la Remueuse, nom donné jadis à « l’assistante de la nourrice d’un enfant de haute naissance, chargée de changer ses langes et de le bercer », ne s’arrêtera pas là. L’achat récent d’un chapiteau et la construction de gradins de bois lui donneront les moyens matériels d’aller plus loin, de plus en plus loin… Quoi de plus normal, avec pareil nom, que de ne pouvoir tenir en place.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 06 mars 2014

Par ideedart le 6 mars, 2014 dans ARTISTES SPECTACLE VIVANT, PRESSE LOCALE
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