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16 janvier, 2014

Alain Gentiletti

« Peintre ? Je suis un commercial qui a mal tourné ! »

Il y a dix ans, il cède aux charmes de l’usine du Duzon, vieille de 169 ans, et investit les lieux, cadre idéal à son « Atelier d’artistes ». La vue est somptueuse le poêle à bois ronfle, les pinceaux et les brosses se reposent, les blouses maculées attendent la prochaine séance. Sérieux ou facétieux, Alain Gentiletti se révèle être un « passeur » d’art qui crée une ambiance unique autour d’un vrai travail d’équipe.

Soleil et lune se disputent le bleu du ciel. Le viaduc a les pieds dans l’eau. Ses longues jambes de pierre se reflètent dans le miroir soyeux.  « La rivière a mis sa tenue de soirée » commente Alain Gentiletti, caressant au passage le chat blanc qui promène sa nonchalance avant de se poster, sur…un chevalet. C’est ici que « je transmets ce qui m’a fait transpirer ». Venu tard à la peinture, il refuse « le folklore et les idées reçues, du style je me lève et saute sur mon chevalet sous l’emprise d’une envie compulsive de maculer la toile ! Moi, je laisse venir, je prépare et pense longuement à ce que je veux faire… ». C’est sur ce chemin qu’il entraine ceux qui l’entourent et qu’il se refuse à nommer « Élèves ? Je ne suis pas prof -même si je reconnais que c’est pratique pour la presse lorsqu’il faut couvrir un vernissage ! Patients ? Ils ne sont pas malades ! Ouailles ? Je suis athée jusqu’au chapeau ! Disciples ? Je ne suis pas un gourou ! Adeptes ? Encore plus grave ! Suiveurs ? Cela fait tour de France ! Maître ? Ça c’est pour rire ! Restent sociétaires, adhérents, comparses, victimes, non ! Décidément rien ne colle ! ». Disons que chaque année, ils sont entre vingt et trente à venir partager une même passion, à recevoir la transmission d’un savoir, de méthodes éprouvées.

Des premières copies aux peintures d’aujourd’hui

« Chardin : c’est lui mon prof ! J’ai du faire une bonne douzaine de Chardin dont le ‘Bénédicité’ ; son blanc est un mystère qui me fascine ». Après lui, ce fut Manet puis Rembrandt qu’Alain Gentiletti se plut à copier. Il se souvient avoir passé des journées entières au Louvre, avoir écumé les ébauches dans des salles ouvertes de façon confidentielle : « Je cherchais à copier tout seul. Tombais dans l’erreur. Recommençais. J’y consacrais une année pleine ». Trois toiles rescapées, témoignent, à l’entrée de l’atelier, avec bonheur, de l’excellence du labeur. Ce qui le conduit à la restauration de tableaux anciens. Et, lorsqu’il se lance dans une série très réaliste, consacrée aux outils, on retrouve l’héritage du premier maitre : l’intérêt accordé à la composition d’ensemble, à l’étude des volumes, au souci des détails, à la douceur de la lumière.

Viennent les années lyonnaises et le Marché de la Création où les galeries le repèrent et où se vendent des centaines de ses « villes imaginaires », brossées par petites touches fondues à la mode impressionniste, toutes différentes mais toujours habitées par un tramway et une femme en rouge. « Il m’a fallu sans cesse expliquer sa présence. Selon l’interlocuteur, j’invente différentes versions pour choquer, faire rire ou pleurer, de ma pute préférée au fantôme de ma mère qui un jour m’aurait perdu en route… ». Elle pourrait être encore la fiancée du promeneur à cap rouge d’Hubert Robert… Quoiqu’il en soit, Alain Gentiletti trouve que prétendre avoir voulu exprimer ceci ou cela « sous-entend la maitrise absolue des pensées intimistes »

Le « Tacking off », la fenêtre et le bleu

« Un jour il m’a fallu fournir quarante toiles pour une expo perso à la Tourette ; ce qui me laissait trop peu de temps pour la figuration ; j’ai pris un couteau chargé de plusieurs couleurs et ai étalé au hasard ; ensuite j’ai promené une feuille évidée d’un petit carré ; que j’ai ensuite reproduit en grand. Et j’ai répété l’opération en explorant et sélectionnant ailleurs ». L’aléatoire prend alors un sens plus ou moins abstrait et s’inscrit dans une entité nécessaire à l’exposition. De grandes et sauvages toiles sont nées de ce procédé.

Le principe de la feuille ajourée d’une fenêtre est repris pour la reproduction d’œuvres ou de photographies. Préalablement quadrillées, elles sont partiellement occultées (soit une feuille à carré unique se déplace à l’aide d’aimants, soit une succession de grilles se superposent). « Cela permet de voir les choses telles qu’elles sont et non pour ce qu’elles représentent et de poser ce qu’on a sous les yeux. Les éléments de couleur n’ont plus d’identité. Pas de dessin préliminaire-préparatoire, pas de contours, pas de squelette : on va au plus près du détail tout de suite ». D’après Alain Gentiletti, du soin apporté au détail dépendra la vie du tableau. Pour le plaisir durable du collectionneur-regardeur…

Les détails sont scrupuleusement étudiés et reportés, en respectant les ombres et les reliefs mais tout est bleu, un bleu célébré comme une symphonie. C’est le principe du monochrome « car le bleu éclaire le blanc et les autres couleurs ».

Une réponse à l’angoisse du blanc

Quelles que soient les méthodes d’Alain Gentiletti, elles convergent toutes vers un même but : éviter l’angoisse de la plage blanche, de la toile vierge. Il ne s’agit plus d’oser mais de peindre. Tout simplement. Et sans complexe.

De même que ce fut sans complexe et sans regret qu’Alain Gentiletti s’est tourné vers l’art, abandonnant sa carrière de commercial (qu’il vécut comme Willy, le célèbre commis voyageur d’Arthur Miller) et, qu’il a renoué avec une certaine tradition artistique familiale (un grand-père  peintre sur les chantiers de l’hôtel Tzarewitch à Nice et musicien dans son propre orchestre, une grand-mère chanteuse lyrique, éprise d’un grand baron cultivé et distingué), maternelle raison sans doute pour laquelle il choisit le matronyme italien comme nom d’artiste…comme pour mieux sceller son destin…

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 16 janvier 2014

Par ideedart le 16 janvier, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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