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31 octobre, 2013

Marie-France Beyron, femme de théâtre

Elle a reçu en héritage le sens de l’engagement, le goût du militantisme, la confiance en l’Autre, l’amour de l’étude, la conscience de la finitude, l’appétence de la vie. Le tout s’inscrit dans un parcours politique, philosophique et artistique foisonnant qui se résume ainsi : « – Vie que tu es courte ! – Oui, mais que je suis large ! »

Des parents qui font le mur de l’école normale pour aller voir Copeau, une fratrie mordue (frère théâtreux, sœur ‘théâtrophile’), les virées au Festival d’Avignon en caravane pliante avec les copains du lycée (ouvrant l’accès au monde du théâtre populaire de Jean Vilar), la proximité du « Théâtre du soleil » (« Du lycée professionnel Paul Bert où j’enseigne, Maisons-Alfort, à La Cartoucherie de Vincennes il fallait 10 mn à moto. La Marne traversée, je retrouvais l’univers d’Ariane Mnouchkine») une histoire d’amour avec celui qui sera comédien et cinéaste, Kamel Chérif (dont elle a un enfant « le plus important dans ma vie c’est ma fille »)…. rien d’étonnant, qu’ainsi frottée aux planches de la scène, un jour Marie-France Beyron finisse par y monter…

►envol

S’étant essuyée aux affres gratifiants de l’amateurisme qui ont émaillé ses années d’enseignement des lettres (de la soirée autour de la Compagnie Créole, initiée à Maisons-Alfort, au banquet-spectacle moyenâgeux breughélien de Lycée hôtelier de Tain- l’Hermitage, en passant par la Chenille puis le « Théâtre à découvert » de la bande-à-Morel tournonaise), Marie-France décide de se confronter à une formation professionnelle.  « Il a fallu la mise au monde de ma fille  pour que, paradoxe, je m’autorise à naître, pour que j’ose créer, exprimer » et une toute première prestation publique avec l’interprétation du fabliau du XIIIe siècle « le Dit des Perdrix » sous l’injonction (« il te faut le jouer et non le lire ») et la direction de Philippe Saïd qui réussit, après de longues heures de répétition, à « l’amener à un niveau qui sera désormais son aune ». Elle est déterminée. Elle ira à Paris. L’enseignante sera l’enseignée. Elle monte un dossier armé pour convaincre ; obtient son année de formation auprès de l’Education Nationale ; emmène sa fille ; et savoure l’aventure. L’Ecole de l’Acteur-Créateur, fondée par Alain Knapp et dirigée par Christophe Barbaud, accueille donc Marie-France, sa rage enthousiaste et sa fougue volontaire. Elle y travaille le jeu, la mise en scène et aussi l’écriture avec Olivier Poivre d’Arvor. En parallèle, elle suit des cours au  Roy Hart Theatre et développe « une voix libre, sans chaînes » à peine voilée, grave, chaude et vibrante, à l’image de ce que devient son jeu : magnifique. Son approche modeste, « admirative et respectueuse du métier » le demeure à jamais.

►labeur et lauriers

Travailler et côtoyer, au cours de sa longue vie associative, des professionnels du spectacle vivant, tels Philipe Goyard, Gérard Morel, Nicolas Frettel ou Caroline Fornier représente, pour elle, tout à la fois « un engagement et un enrichissement énormes ». Fatigue intense et  émotions denses. Elles le seront encore davantage lorsque Marie-France s’impliquera dans la création de sa propre compagnie, nommée Iris en hommage à René Char « Merci d’être, sans jamais te casser, iris, ma fleur de gravité », troupe qui, une décennie et quelques productions plus loin, prouve que rigueur et ferveur riment avec bonheur. Succès d’audience avec le premier spectacle « Conversation après un enterrement » de Yasmina Reza. Reconnaissance officielle avec « L’éloignement » de Loleh Bellon qui remporte le prix du jury des printemps du théâtre de Romans en 1994. Duo de choc pour « Savannah Bay » de Marguerite Duras. Angoisses terribles du metteur en scène lâché par la jeune première, à deux mois du spectacle de Tchekhov « La Cerisaie », qui finalement triomphe « in-extremis ». Dur labeur et joie de l’écriture de la pièce « Mallarmé et Tournon ou l’Azur Blessé », crée pour être montée et interprétée à la faveur du centenaire de la mort du grand poète. Deux entorses au répertoire résolument contemporain « Avec La Cerisaie de Tchekhov et La Locandiera de Carlo Goldonije reviens puiser aux sources du théâtre moderne. Ce sont des pièces que je chérie. La Locandiera fête les dix ans de la compagnie Iris. » Marie-France retient du dramaturge italien cette phrase admirable : « Rien ne m’intéresse davantage que l’analyse du cœur humain ».

►engagements

Ce cœur humain, elle le voudrait mieux connaitre. L’existence est, pour Marie-France, source inépuisable de questionnements et de réflexions. Et ce, depuis toujours. Enfant sauvageonne liée à la nature, fillette médusée devant un ciel étoilé, adolescente férue de Sartre et de Beauvoir,prématurément « consciente de sa finitude », elle s’inscrit en fac de philo. Mais l’étudiante dilettante, « marquée à jamais par Gilles Deleuze, son professeur », est aussi une militante active et passionnée. Maoïste radicale à 20 ans, elle quitte le monde estudiantin pour celui de l’usine « c’était en 68 et j’entrais pour la vie ( !) au sein de la classe ouvrière». Considérée comme activiste dérangeante, il lui faut renoncer. Marie-France voit dans l’enseignement professionnel une nouvelle mission éducative, à l’instar de la lignée familiale, « hussards noirs de la République ». Lorsqu’elle quittera ce métier-passion qu’elle adore, elle reviendra, fidèle, à ses premières amours et se rendra disponible pour la création de l’antenne tournonaise des Apprentis Philosophes. Pendant les cinq premières années de sa retraite, elle goûtera « la densité de ce  charivari intellectuel ».

►acmé

Mais « le théâtre est chronophage » et l’énergie du moment se concentre toute entière au « Récit de la servante Zerline », pièce d’Hermann Broch dont elle est l’unique interprète sous la direction exigeante de Caroline Fornier. « Paris. 1985. Jeanne Moreau joue Zerline. C’est le choc. Je me fais une promesse : un jour quand j’aurai atteint l’âge, ce rôle, je le jouerai. Le jour est venu. Paris 2010. Jeanne Moreau descend le boulevard St Germain. C’est le choc. Je la croise. Son texte est dans ma poche. Je lui dis mon admiration. Elle me permet de l’embrasser… ». La pièce est programmée pour juillet 2014, au prochain Festival OFF d’Avignon. Belle et poignante consécration.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 31 octobre 2013

Par ideedart le 31 octobre, 2013 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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24 octobre, 2013

Pierre Colleu et Martine Jovine, designers

Habités par le même rêve, ils l’ont réalisé : une maison bioclimatique en pleine nature, entre Larnage et Crozes-Hermitage. Ils l’ont conçue, construite et l’habitent depuis un peu plus de trente ans. Elle a la rondeur et le goût du bonheur…un bonheur émaillé des succès de ce couple de designers qui bousculent l’imaginaire et sortent les objets fonctionnels de leur ordinaire.

 « À dix ans, je pensais sérieusement qu’un jour toutes les maisons seraient rondes ». Martine Jovine, alors étudiante en architecture, se passionne pour les maquettes. Elle rencontre Pierre Colleu, déjà lancé dans le monde du design industriel. Ils partagent un même rêve, et très vite feront route ensemble au travail comme dans la vie. Le Normand devenu Parisien cumule les études les plus prestigieuses : après l’école Boule dès la troisième (sur l’injonction de son père qui, loin de s’opposer à son vœu d’être sculpteur, veut pour son fils « le meilleur ») il entre aux Arts Appliqués et en sort avec une brillante formation. « Je garde le souvenir des cours ‘d’études du milieu’ proposés dans la classe pilote de l’école Boule. Les visites d’entreprises ou d’ateliers (celui notamment d’un bourrelier, métier disparu aujourd’hui) suivies d’un compte rendu, avaient un caractère très avant-gardiste si l’on considère l’époque. » Pierre Colleu restera quinze ans dans la capitale, où il réalise des décors pour le théâtre, travaille pour l’industrie cinématographique, dessine, cherche à re-inventer sans cesse l’esthétique fonctionnelle, et remporte le premier de ses nombreux prix : celui du tabouret Leviation conçu pour la société Formes françaises, confortable cône en mousse recouvert de peau de mouton sur un socle en plexiglas.

 C’est une simple phrase, aussi honnête qu’insolente, qui l’amènera dans la vallée du Rhône. « C’est nul votre truc ! » déclare Pierre Colleu en s’arrêtant devant le tricycle du stand Minicat au salon « De l’automobile à la voiture sans permis ».  « Ok, si vous êtes capable de faire mieux, je vous embauche » rétorque aussitôt le PDG tainois. Le voilà donc engagé. Il prouve son professionnalisme et sort la voiture sans permis AZ49. 200 exemplaires seront vendus dès le salon suivant.

 Les envies de maison ronde de Martine rencontrent celles de Pierre et les confortent. Le designer et l’architecte-en-devenir auront à cœur de mener à terme ce projet un peu fou qui chamboule les codes habituels, évite délibérément les angles vifs et les lignes droites. Née de leurs imaginaires, portée sur le papier, réalisée en maquette modulable, puis construite de leurs propres mains, la maison marque le triomphe de leur fantaisie et de leur ténacité. Elle ressemble à une énorme citrouille verte, évidée et découpée en quartiers -disposés selon la vocation attribuée à l’espace de vie. Réalisée en matériaux composites : 60% de terre broyée « elle arrive de Jamaïque, est parfaitement malléable, a la particularité d’éteindre le feu et permet toutes les audaces », 20% de fibres de verre et 20% de résine polyester. Fort de ses expériences dans le domaine du véhicule, Pierre Colleu les utilise « elle a le poli et les courbes propres aux carrosseries de voitures ». L’intérieur est lisse, les couleurs vives s’affranchissent, les courbes glissent, la ligne des meubles aussi. L’harmonie règne et la serre tampon, exposée plein sud, joue de sa façade escamotable pour réguler la température.  « Notre intention était de tout faire nous-mêmes, de la maison jusqu’à la petite cuillère et nous y sommes presque arrivés ». A l’originalité et l’esthétique s’ajoute une volonté visionnaire résolument « écologique et antinucléaire : les pires injures pour l’époque ! », s’amusent Pierre et Martine en repensant aux années 80. Rien de plus normal aujourd’hui que ce désir d’être proche de la nature, de se retrouver au cœur des vignes les plus prestigieuses, de jouir d’un verger généreux et de suivre l’évolution du soleil, de son pâle réveil jusqu’à ses embrasements du soir, au travers des 75 m2 de vitrages intelligemment pensés….

 Vivre et travailler au même endroit est un défi, loin de l’effervescence parisienne en est un autre « un double pari osé mais qui nous a réussi et nous a permis de privilégier une qualité de vie » sourit Martine. Le vaste atelier adjacent, centre de recherche, de dessin (avant l’arrivée de l’ordinateur et la 3D, le dessin se faisait grandeur nature à la main, avec la méthode du quadrillage et s’exposait sur les murs) mais aussi d’usinage qui autorise la magie du passage de l’objet virtuel à la maquette grandeur nature, puis au prototype fonctionnel final. Quelques décennies plus tard, et quelques inventions et audaces plus loin, il y aura la moisson des prix les plus divers…Récompenses très sérieuses pour des réalisations aussi fonctionnelles que parfois délicieusement farfelues : le camping car qui se rallonge et se relève, la chaudière à tableau de bord mobile, le déflecteur de camion aérodynamique, la salle de bain monobloc, les fenêtres opacifiantes, la rolling table, les chaises futuristes, l’ULM Tanarg petit bijou auréolé de « l’étoile du design », l’éolienne coquelicot qui se ferme en bouton lorsque le vent est trop fort… Pour Pierre Colleu, le design a pour vocation « d’optimiser le fonctionnel, l’ergonomie et l’esthétique ». Quelque chose entre la magie et le génie…Génie qui se cache, chez les Colleu, sous une immense et charmante modestie.

 Le soleil projette ses ombres chinoises sur les meubles de la cuisine, il est temps de quitter la maison ronde des enfants qui ont grandi dans la bande dessinée et d’entonner sur l’air de Maxime le Forestier « c’est une maison verte accrochée au cœur des vignes ». Sera-t-elle « dernière à rester debout ? »

LN

Site internet : http://groupeimpactdesign.com/

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 24 octobre 2013

Par ideedart le 24 octobre, 2013 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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17 octobre, 2013

Anne-Marie Groubert

Artiste sculpteur, installée à Erôme, petit village de la Drôme. 

La femme est au cœur de l’œuvre sculpté d’Anne-Marie Groubert. Œuvre de terre, éminemment personnel et singulier, de celui qui se distingue d’entre tous, qui autorise l’affirmation péremptoire : « ça, c’est Anne-Marie Groubert » phrase sésame du monde des grands.

« J’aime être une femme ; j’aime montrer la grandeur et la force des femmes ».  Nomades, reines des sables, déesse-mère, anges dansants, incarnation des astres, filles du vent, derviches tourbillonnantes, elfes mutins, les femmes épousent, avec désinvolture grâce et noblesse, leurs différentes écorces charnelles. Elles ne possèdent rien mais s’offrent en majesté avec un délicat mélange de légèreté et de gravité. Silhouettes longilignes vêtues de simples manteaux ou de nobles capes travaillées. Port-de-têtes élégants. Visages juvéniles, purs et sereins, pommettes hautes et saillantes, lèvres pleines, yeux-amandes.

Entre la terre qui porte leur matérialité et le ciel qui les aspire-attire vers une spiritualité, elles se dressent, en un même élan. Prêtes à être happées par une force magnétique, venue d’en haut, qui aimante leurs riches coiffes ou simples chevelures, les femmes d’Anne-Marie « ne sont là que de passage », elles jouissent de la fragilité du temps qui leur est imparti. « C’est en accueillant mes émotions et mes rêves que je crée. Des choses me traversent. Choses que je ne suis pas capable de nommer et qui parfois arrivent à traverser les autres ». C’est ce que l’artiste appelle entrer en résonnance avec l’œuvre, sans doute parce qu’il révèle partie du reflet de celui qui regarde.

construction

 « L’émotion nait de la sincérité. Pour être artiste, il faut être sincère ». Mais pas seulement « J’ai 61 ans et l’œuvre d’aujourd’hui est l’aboutissement d’un long travail ». L’artiste évoque les innombrables heures passées à dessiner, peindre, découper, coller, mais aussi à découvrir la terre à l’apprivoiser, la modeler, la tourner, la cuire, activités qui l’ont accompagnée, sa vie durant. « C’est à l’école primaire que j’ai fait l’expérience d’une grande émotion, proche du Nirvana, ni positive ni négative mais intense : un jour, notre instituteur décide d’abandonner les frises ennuyeuses, et nous propose de peintre quelque chose ramassé dans la nature. J’ai, ancré en moi, le souvenir de la branche de lierre portant ses petits fruits noirs -que j’avais choisie et réussi à représenter. Ce plaisir-éclair-miraculeux » était semblable à celui que lui procurait son intellect à l’épreuve des maths. Lorsque plus tard se posera le dilemme de sa vocation artistique ou mathématique, la réponse parentale sera sans appel. Rien d’étonnant pour ce couple d’universitaires que de préférer pour leur brillante adolescente le cursus scientifique qui fut le leur. À 22 ans, Anne-Marie obtient simultanément son CAPES et sa maitrise de math. Si la science a rassasié l’intellect, elle n’en a pas moins ouvert son esprit sur d’autres mondes déjà entrevus à la faveur des nombreux voyages en famille. Intéressés par l’homme en général (sa civilisation, sa culture, sa religion) et ce qui l’habite (la philosophie, la psychologie, la mythologie) ses parents, pratiquants engagés, étaient néanmoins ouverts à toutes les richesses. « Je me suis nourrie de ce contexte ». Une chance immense qu’elle savoure. Entre son premier poste au Lycée agricole de Montpelier et le dernier au Lycée technique de Montplaisir à Valence (qu’elle quitte définitivement en 2006 pour se consacrer à la sculpture), il y aura l’expérience du club de poterie proposé aux élèves, les cours de photos, la fac de psycho « il me manquait quelque chose pour être un bon prof » et les deux ans d’enseignement au Maroc. « De toutes mes expériences je tire des leçons. Casablanca m’a appris le temps. Ma sculpture est la somme de tout ce que j’ai vécu ».

 

Equilibre

Et le corps dans tout ça ? Anne-Marie craint l’avoir oublié. La réponse pour elle se trouve dans la technesthésie, technique d’expression orale qui a pour effet le développement sensoriel et moteur, dans et par la parole. Comme toujours, elle se donne à fond « quand j’y vais,  j’y vais beaucoup ». Elle suit des cours, se forme, puis enseigne à son tour, soutenue par l’Education Nationale. En parallèle, elle pratique aussi le yoga. Dans son art se retrouve cette même quête d’équilibre mental-physique : la colonne vertébrale qui soutient l’édifice humain intervient de façon récurrente, depuis son tableau « énergie vitale » ou sa sculpture « la spirale des chromosomes »,  jusqu’au travers des corps aptères, pour finalement se couler dans la transparence du verre figé entre deux portes (d’où l’appellation corps-portes). Autre référence importante : le langage. La place essentielle qu’Anne-Marie lui accorde remonte à l’enfance : sa langue de petite fille est sectionnée et suturée, occasionnant des difficultés d’élocution et une longue rééducation. Que le verbe, la kabbale, le hiéroglyphe, ou la lettre habite ses œuvres (étoffes ornées d’écriture cunéiforme, corps-lettres et corps-portes frappées de points etc…) n’est pas un hasard et que cela renvoie à l’idée de genèse est tout simplement voulu : « J’aime les symboles ».

Technique

« La vie comme la création, c’est une aventure intérieure et sociale ; je sais que j’y vais mais ne sais pas où.  Il y a l’idée, l’envie et puis la technique à apprendre ». Il y a quinze ans, le mari d’Anne-Marie lui construit un four. Depuis, elle ne se lasse pas d’expérimenter (émaillage partiel des statues, ajouts d’éclats de fer cuit, terres mélangées pour la série des « cocons », veille peau dont on se dévêtit). Un jour, la terre ne suffira plus, l’artiste aura soudain besoin d’une matérialité qui vient d’ailleurs. Elle ajoute du verre (technique très exigeante) pour des « fleurs de cactus », cabochons aux transparences colorés, sertis de terre brute, jouant le contraste des matières et l’accroche de la lumière. Bijoux revenus des nombreuses traversées de tous les déserts sahariens…Bientôt ce sera au miroir de répéter le mystère d’une série en devenir : les « cornes d’abondance ».

 

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 17 octobre 2013

Par ideedart le 17 octobre, 2013 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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10 octobre, 2013

Gérard Lacombe : Musique à cœur et chef de chœur

Il est le dos le plus familier du public des villes sœurs. Depuis plus de quarante ans, il vit au rythme de la musique, enseigne le chant, anime des chorales, se produit en concert, organise des festivals, invite les plus prestigieux des musiciens et impose Vochora, véritable label de qualité.

Qui peut prétendre ne jamais l’avoir vu sur scène ? Reconnu par les cercles des mélomanes les plus distingués, très apprécié des simples amateurs, Gérard Lacombe occupe, même s’il s’en défend, le devant de la scène musicale tournonaise. Elégant, bouillonnant, il se donne à la musique, de tout son être. Et la musique le lui rend bien. Ses chorales comptent de nombreux adeptes, heureux de se plier aux exigences de sa gestuelle, tantôt subtile et câline, tantôt fougueuse et impérieuse. Depuis 16 ans il est le directeur artistique du Festival Vochora qui offre le meilleur de la musique classique et vocale. Il met sa belle énergie au service de la diffusion, au plus grand nombre, d’une musique de qualité.

►Se former / Gammes

Formé au chœur depuis toujours «  J’ai eu la chance de recevoir une vraie formation musicale à l’école …», le jeune Gérard étudie aussi  l’orgue et le piano: « Je suis tombé dans la marmite Bach très jeune ». À Tournon, en 1970, il monte sa toute première chorale, continue sa formation en conservatoire et multiplie les stages avec les plus grands maitres du moment « la direction chorale c’est comme les compagnons du devoir ». Il se lance dans des échanges décisifs avec l’Allemagne. La première saison musicale est créée  trois ans plus tard, suivie des Académies musicales franco-allemandes, qui deviennent européennes et quasi mondiales. En contrepoint, des chorales à diriger dans toute la région « avec une rigoureuse exigence de répertoire », puis nait le premier Festival Vochora en 1998. Et, pendant toutes ces années, il se remet en question « cent fois sur le métier… », continue à se former, à apprendre encore et toujours « la musique est un art, c’est tellement vaste, évolutif et passionnant, et… j’aime apprendre ».

►S’interroger / Soupir

Gérard livre son inquiétude quant au devenir de la musique classique en général : « Il y a huit ans de vide artistique chez les plus jeunes. L’éducation musicale au primaire est dépendante de la bonne volonté des instits. Donc pas grand-chose ou rien du tout. Les plus jeunes ont été abandonnés par l’Education Nationale, ils doivent attendre l’arrivée en sixième ; sauf dans le cas d’un très bon prof qui s’impose, c’est trop tard. Pendant ce temps, le grand marketing musical et le star-system assoient leur autorité ». Et pourtant, il suffit d’ouvrir les yeux, d’observer les autres pays, notamment le magnifique exemple de l’Allemagne : « une éducation musicale dans le marbre ». Il évoque le succès du film « Les Choristes » et le nombre de politiques qui, ayant compris le message, ont dit « on devrait faire ça ». C’est une évidence : faire chanter les enfants en groupe valorise chacun d’eux, dénoue certains blocages, enseigne le collectif, libère la joie de vivre…et favorise l’intégration sociale. « . Grâce à la pratique musicale, certains pays comme le Venezuela, le Brésil, le Canada enregistrent une baisse de la délinquance, un regain de motivation. Dans les pays du nord de l’Europe, la musique fait partie intégrante du cursus obligatoire général et de la formation des enseignants ; il n’y a pas la seule école de musique réservée à une minorité et qui donne un enseignement spécialisé». Aucun doute, la solution existe, « Il faut cultiver le bien commun, le bien vivre ensemble ». La pratique musicale, les concerts sont de formidables moyens d’y parvenir.

►Constater/observer/ Bémol

Le chef de chœur de Vochora, analyse la baisse du public depuis quatre ans sans amertume mais avec gravité : « A la crise financière s’ajoute une crise sociale et morale qui se traduit par un repli. S’ajoute la culture bien française du spleen et de la grogne. Il faudrait avant tout que ceux qui apprennent, enseignent ou pratiquent la musique, et même le théâtre, viennent écouter et voir les grands maîtres. Qu’on travaille ensemble, qu’on s’enrichisse mutuellement ». Alors une question, ou est-ce plutôt un cri, une exhortation, un appel ? : « Vous citoyens de la région, vous êtes gâtés ! Pourquoi ne répondez-vous pas en masse ? ».

 

►Aller de l’avant/ Andante

C’est un maitre mot. Le public fidèle manifeste un goût pour les grands solistes ? Gérard l’entend bien ; il choisit et ira chercher les meilleurs pour les inscrire à son programme. Ses coups de cœur, pour leur bonheur. Ainsi après le violoniste Nemanja Radulovic, longuement ovationné en juin dernier, suivi des King’s singers et de La Venexiana ; viennent la pianiste Claire-Marie Le Guay, la soprano Magali Léger, le guitariste Christian Escoudé, le polyphoniste Jean-Paul Poletti et la violoncelliste Anne Gastinel, …. Entre autres. Quant à l’intendance, elle est parfaitement assurée. L’association Vochora présidée par Christine Issartial regroupe une quinzaine de personnes bénévoles « une bonne équipe fidèle et motivée, sans eux rien n’existerait ». Arrive, mi-novembre, ce double- concert « Musique baroque et Réforme » autour du compositeur Heinrich Schütz que Gérard Lacombe vénère particulièrement : « J’aime la musique allemande par-dessus-tout, profonde, expressive et structurée. De plus je voulais aussi aller à la rencontre d’une communauté, d’un courant de pensée, d’une sensibilité ».

►Résister/Fortissimo

Et l’avenir ? «  La société et la crise nous poussent  à la marge mais il faut résister !  Parfois on nous taxe d’élitisme –  affirmation très tendancieuse – mais c’est justement dans ces  temps de difficultés qu’il  ne faut pas larguer l’activité culturelle.  On est à la marge, je fais de la résistance ! ». Gérard voudrait que soit donné aux chefs de chœur ou d’orchestres, aux directeurs artistiques, un vrai statut afin de pérenniser leur rôle, indispensable dans la collectivité. Rien n’empêche d’espérer et … de chanter en attendant.

 

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 10 octobre 2013

Par ideedart le 10 octobre, 2013 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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3 octobre, 2013

Stéphane Méjean, musicien

Saxophoniste, sonneur de cornemuse, il joue passionnément. Directeur artistique, il écrit et arrange la musique magnifiquement. Il est le tournonais qui donne des ailes à la musique traditionnelle.

« Ce qu’on voulait, c’est jouer ! »

Late seventies, fin des années 70, ils sont cinq garçons dans le vent… de la folk music qui souffle fort la mode des chansons traditionnelles. Le week-end, ils font tous les bals et les festivals de la région, « et ça fonctionnait. Nous, surtout, ce qu’on voulait, c’est jouer ». Leur groupe s’appelle Charlie Gotton. Stéphane Méjean est à l’accordéon. Il a bientôt vingt ans et son instrument, il le « bosse comme un furieux ». Lorsque le jazz « se met à pointer  son nez », il entre dans la classe de jazz d’Alain Brunet, au conservatoire de Romans, où il se sera prof à son tour, trente ans plus tard. Au cœur des années 80, s’affirme son profil de musicien qui excelle au saxophone et maitrise tout à la fois l’accordéon diatonique et la cornemuse. Se dessine, malgré une grande modestie, puis s’impose très vite, un immense talent pour l’arrangement, la composition, l’harmonie. « Entendre une mélodie, la faire entendre avec des harmonies, cela révèle l’âme du truc ; avec l’habitude, j’entends ce que cela peut devenir ; c’est comme un écrin qui met en valeur. » L’écriture musicale, il s’y destine donc. Et bien sûr le reste, ou plutôt le succès, suit.

« Venus, entendu, retenu »

Ils sont venus, l’ont entendu et l’ont retenu. « Ils » c’est successivement  « Le Picodon » hot jazz band qui, en 1985, lui téléphone pour qu’il remplace le saxophoniste dans leur groupe du sud de la Drôme. Commence une vie de professionnel qui durera dix ans. « C’était vraiment du boulot » et de nombreux déplacements en France et en Europe. « Ils » c’est aussi, en 1990, Ricet Barrier, l’homme qui prêta sa belle plume aux frères Jacques et sa voix de canard à Saturnin. « Rencontré à Saou lors de  la neuvaine du conte, il m’a proposé de l’accompagner sur deux trois chansons ». Ce qui fut fait. Et le conduisit sur les ondes de France Inter, invité de l’émission « L’oreille en coin ». « Ils » viendront le chercher pour parader au défilé monumental conçu par Jean-Paul Goude à l’occasion du bicentenaire de la révolution française. « Un défilé de mille musiciens sur les champs Elysées. Grandiose… ». « Ils » c’est encore l’ONCLE, (l’Orchestre National de Cornemuses de Lyon et environs) qui offre à Stéphane  la direction -ovation tournonaise pour  le mélange savoureux de musiques traditionnelle et baroque, en la collégiale St Julien archi comble, lors d’une messe de minuit. « Ils » c’est toujours son vieil ami Jacques Mayoud avec lequel il collabore régulièrement et les gars de la « Roulotte bleue »- duo d’un coté, trio de l’autre. « Du folk plein de bon sens, direct et jouissif, servi avec le style et l’élégance instrumentale qu’on leur connait. » dira la critique. La liste des « ils » s’allonge, car on réclame partout ses talents qui l’amènent à intervenir sur scène, pour des spectacles en tous genres : danse contemporaine, théâtre, musiques de films, spectacles-humoristes (Roca et Wally entre autres)… De belles histoires. Dans lesquelles Stéphane, ses dons et son charme, jouent un très beau rôle.

 

« Et désormais, créer »

Un très beau rôle, « mais pas le principal. Je voulais être décideur, créer un objet esthétique « à ma façon », m’orienter vers une direction plus artistique que musicale ». Son désir ? Marier deux univers musicaux qui sont les siens et le passionnent: le jazz et la musique traditionnelle. Le groupe « Syndrome de l’Ardèche» nait de cette union. Stéphane choisit les musiciens, écrit la musique et les arrangements. Résultat ? Des accents des terroirs de l’Ardèche, du Vivarais des Cévennes avec le langage et la section rythmique du jazz. L’aventure « Syndrome » fêtera sa décennie. Et plus encore.

« Lui, c’est un vrai ! »

« Stéphane ? Lui c’est un VRAI ! » dira, laconique, Gégé, l’ami de trente ans. Sous entendu un vrai musicien, un vrai talent, un vrai bosseur, un vrai professionnel. Gérard Morel, Stéphane lui retourne l’hommage : «Gégé, il est dans la mouvance des chanteurs à texte parisiens, en marge du show-biz et il a son public. Un travailleur infatigable  qui vit pour la musique. Un jour, il m’offre de me joindre à la clique». La proposition intervient au moment où l’intendance de Syndrome devient lourde et pèse sur la vie de famille. S’ajoutent à cela une envie, très tentante, de jouer avec d’autres, d’entrer dans le milieu de la chanson côtoyé jusqu’alors occasionnellement. Les images de souvenirs communs, notamment ceux du théâtre de la Chenille (« Lettre d’une inconnue » de Stevan Zweig), et la confiance mutuelle dans une même capacité de travail feront le reste. « Avec Morel j’ai carte blanche pour les arrangements ». Une liberté indispensable au travail qui consiste «à écrire pour les instruments en présence, pour qu’ils ne jouent pas la même chose en même temps. »

En filigrane

Jamais Stephane n’a cessé de s’adonner au collectage. En d’autres termes, il mène une sorte d’enquête dans la musique en générale et dans la chanson trad en particulier. « La cueillette c’est enregistrer des chansons avant qu’elles ne meurent ou récupérer des enregistrements faits par d’autres ». Autant de preuves, d’archives d’un patrimoine musical que l’oralité condamnait à l’oubli. « Pour moi, l’intérêt est de faire du collectage un outil de création, c’est donner aux chansons une image vivante, révéler leur modernité pour éviter l’écueil du ringard ». Un travail énorme reconnu par le conseil général de l’Ardèche qui nomme Stéphane « personne ressource ». Une délégation de Chinois en voyage d’étude contacte le CMTRA (centre de musique traditionnelle Rhône-Alpes), rencontre Stéphane, se passionne pour sa vision de la transmission du patrimoine culturel rural et l’exploitation originale qu’il en fait. Quelques mois plus tard, Stéphane se retrouve en Chine, anime un séminaire à  Guizhou, aux cotés d’architectes, d’attachés culturels, de chercheurs au CNRS … Mais c’est en partant à la rencontre d’ethnies minoritaires, qu’il connaitra la plus grande émotion lorsque s’improvise un duo avec un facteur d’orgue à bouche dans l’un des quatorze villages de Guizhou, là où s’arrêtent les routes. « Nos instruments jouaient les mêmes gammes pentatoniques. Du coup ça fonctionnait. On pouvait communiquer ». Par la musique seule. Sans  besoin de parler. « Bouleversant jusqu’aux larmes. Comme le soir où j’ai ‘tapé le bœuf’* à la Nouvelle Orléans en sortant mon saxo pour jouer des airs d’Harry Lafleur avec les vieux blacks du club Treme …». Des instants qui, pour le musicien, ressemblent à la félicité.

*Le terme « faire le bœuf » vient du nom d’un cabaret parisien, Le Bœuf sur le toit où, au début du XXe siècle, les musiciens allaient en fin de soirée se rencontrer pour pratiquer ensemble de longues improvisations.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 03 octobre 2013

 

Par ideedart le 3 octobre, 2013 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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1 octobre, 2013

Zélie Rouby Céramiste confirmée

Éminemment discrète mais pourtant remarquée, il semblerait que pour cette jeune et calme céramiste, tout se joue en accéléré.

►Entrainée dans le sillon d’un maitre

Installée depuis un an à peine dans son propre atelier, elle est approchée par Guillaume Bardet qui l’invite à participer à son projet un peu fou : « L’usage des jours ». Le designer en vogue a l’idée de créer 365 objets intimes sur une période d’un an. Chaque jour, il invente, dessine, finalise et numérise avant de s’allier les savoir-faire des céramistes de son choix pour l’exécution des pièces. Zélie Rouby fait partie de ses élus. « J’ai vécu cette période comme une sorte de formation continue » se souvient-elle « Guillaume Bardet fournissait les dessins techniques et mettait nos compétences techniques au service du design. Nous étions libres d’apporter une touche personnelle dans le choix de la couleur ou dans l’aspect plus ou moins brut du grès. Ce fut très formateur de profiter de son œil, de son savoir. »

 

►Le prix de l’aventure

Mais l’aventure ne s’arrête pas là. Il se trouve que ce projet d’envergure s’inscrit parfaitement dans le cadre du mécénat de la riche héritière Liliane Bettencourt. En créant le prix « Dialogue pour l’intelligence de la main », elle invite les artisans d’art à renouveler leurs méthodes, à faire entrer les métiers traditionnels dans la modernité, à exploiter leur savoir-faire, à explorer de nouveaux champs de création. «L’artisan est adossé à un savoir-faire ancestral. L’artiste s’inspire des courants esthétiques de son époque en cherchant à les dépasser. Réunir les deux est précieux et émouvant. Voilà ce que je crois.» explique-t-elle. C’est ainsi que  Zélie Rouby se retrouve, parmi les six lauréats du concours, dans le luxe rouge parisien de la prestigieuse Salle Wagram, aux cotés de la grande dame « entourée de ses gardes du corps », du président du Louvre Henri Loyrette et de Fréderic Mitterrand, ministre de la culture applaudie par …650 personnalités. Une véritable cérémonie « qui a même nécessité une répétition » s’amuse-t-elle.

A l’issu de quoi, une splendide exposition itinérante. Elle débutera symboliquement à Sèvres à la Cité de la céramique, puis s’en ira au Grand Hornu Images, en Belgique puis au Château des Adhémar, au Centre d’art contemporain à Montélimar, à la Maison de la céramique à Dieulefit en Provence et vient de s’achever au Mudac à Lausanne, en Suisse. Zélie a réalisé 60 pièces au total. « J’ai signé mes créations en y apposant la signature du designer. » Pièces uniques, numérotées, non destinées à la vente, elles ne peuvent être ré-éditées au-delà de cinq exemplaires, série limitée oblige. « J’ai eu une dizaine de commandes. »

►L’atelier

Alors que l’exposition « L’usage des jours » parcourt l’hexagone, Zélie goute la solitude de son vaste atelier tainois, 3 rue des Vignerons. Un espace où elle évolue à son aise, entre les fins colombins et le four aux allures de coffre fort, exposée à la lumière naturelle qui, crue et implacable, tombe du ciel à travers un carré de verrière. « Il y fait chaud l’été et froid l’hiver » sourit-elle, ce qui explique le squelette de fer prêt à recevoir une tente pour tenter de gagner quelques degrés lorsque cela devient nécessaire…  « Il faut aimer ça pour travailler tous les jours ». « Ça » c’est son métier. Celui qu’elle s’est choisi, celui dont elle a « accepté le mode de vie si particulier ». De l’exaltation et de la solitude du créateur à l’émulation des salons l’hiver et des marchés l’été qu’elle fréquente régulièrement. Devant la porte, la camionnette est prête, emplie de ses précieuses productions. Les marchés (Limeuil, Aubagne Grignan, Paris), lieux de vente mais aussi de rencontre, favorisent les contacts. Occasion non seulement de se faire connaitre mais aussi de se faire remarquer. Ainsi Zélie est-elle repérée par Claire Arnaud qui l’invite à exposer au cœur du quartier lyonnais Confluences, en l’espace design RBC, sis dans l’originalité du cube de gruyère orange, puis aux ateliers de Saoû dans la Drôme. Les expositions s’enchainent. Zélie est sélectionnée sur dossier pour la Huitième biennale internationale de céramique à Steenwerk (Nord) qui eut lieu en mai dernier.

► «  Objets inanimés avez-vous donc une âme ? »

Les créations de Zélie se réclament toutes d’un même principe : « la recherche de la forme et de la matière ». Pureté des lignes, sobriété, élégance. Aucune décoration au pinceau, estampage, fleurettes ou lambrequins, dans la veine des styles traditionnels de Moustiers ou de Rouen, techniques pourtant apprises et maitrisées au cours de ses années d’études (un BMA Brevet des Métiers d’Art en décoration, à l’issu d’un CAP en accéléré après obtention d’un double bac littéraire puis technique). Un design résolument personnel pour une collection singulière qui se décline au fil de sa recherche : « j’ai du mal à refaire les mêmes choses ; il faut que je change sans arrêt ; que je cherche ». Les pièces s’accumulent, ne se ressemblent pas, mais participent d’une même harmonie. Un maitre-mot : « Ne pas se disperser ». Des contenants à la beauté austère, noir mat à liseré blanc ou blanc à large ruban noir, assortis pour un comble d’élégance. Les coupes obéissent aussi au principe de bordure appliquée sur des unis en jouant avec la matière brute ou lissée. Les vases et gobelets vêtissent de douces cannelures agréables au toucher. Les services entiers se composent autour d’avenantes théières aux silhouettes inimitables, un rien insolentes, comme prêtes à se mettre en marche « j’aime essayer de leur donner vie ». Les coupes rebelles refusent l’outrance d’un trop grand statisme et font mine de mettre en péril leur précieux équilibre ou, victimes consentantes se laissent écraser par la pression du doigt démiurge.

►Connivence avec la terre

Zélie a une préférence pour la terre chamottée, non émaillée mais colorée. Elle travaille volontiers l’ingrate terre blanche de Larnage « j’en arrive à avoir mal aux mains à trop la tourner », magnifie les grumeaux rugueux, retient leur rendu perlé. Et puis, bien sûr, il y a les incontournables « cocoons » qui en parallèle, suivent toutes les envies, toutes les tendances de la ligne de la collection. Tour à tour modelés, tournés, émaillés, ils s’accommodent des caprices, se plient aux exigences des recherches de l’artiste, et se meuvent tantôt en essaims suspendus, champignons de souches, balanes des rochers marins ou algues des profondeurs…Aujourd’hui Zélie travaille les natures mortes et comble ses vastes coupes d’œufs ou de fruits divers aux formes épurées, gorgés de maturité, aux couleurs unies et mates, au toucher brut… simple et magnifique récolte.

LN

Par ideedart le 1 octobre, 2013 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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