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19 septembre, 2013

Christine Smilovici, chercheur-photographe

Le propre de tout art est d’émouvoir. Or, il a parfois la grâce, rare, de toucher au point de bouleverser. Le travail de Christine Smilovici a cette force, ce pouvoir. Il s’expose, en partie, le temps des « Rencontres Photographiques de Chabeuil ». A travers lui, le drame de Tournon.

 Ports d’attache

L’Ardèche est « terre de lumière et de relief ». Raisons suffisantes, essentielles, pour s’y attacher,  jeter l’ancre sur l’aridité de son sol rocailleux. La demeure de pierres, le vaste jardin paysagé, repensés par une âme d’artiste, domptés par des mains expertes et aimantes, témoignent d’un attachement à la terre que l’on devine viscéral. « Ce goût  pour  les espaces naturels, pour la vie végétale et animale, je le dois à ma grand-mère maternelle » , Suzanne, figure tutélaire défunte, dont le deuil se prolonge par l’activité artistique de la série éponyme.  Le premier volet, «L’ Ajonc », se construit autour de la filiation et conduit à son affirmation-acceptation. Fille, petite-fille, arrière-petite-fille, tour à tour « dé-multiplient » la figure de l’aïeule, qui parle à travers elles, ses héritières, maillons uniques d’une même chaîne. La ferme en Touraine, dans l’ombre discrète et lointaine d’Azay-le-Rideau,  le chandail de mailles jaunes « on le porte, on le réincarne, on prête son corps à la personne à laquelle il a appartenu, à laquelle on pense » sont au cœur de la matrice dont le creux s’inscrit jusque dans les détails des paysages rencontrés à la faveur de promenades-boucles, deux fois l’an. Se révèle, dans le langage de la nature (sillons de terre, ronde des arbres, étaux d’une flaque), pour qui sait regarder, l’emprunte originelle.

Naissance des cycles

Les mots « travail » et « expérimental » ponctuent de façon récurrente le discours qui accompagne la présentation des clichés. La période des débuts, « de la photographie à-tout-va », est dépassée. S’ouvre l’ère nouvelle d’une dimension conceptuelle qui s’inscrit avec force dans l’œuvre « la création est impossible sans élan profond, sans histoire à dire, sans blessures à cicatriser. » Une impétuosité, éminemment sérieuse, qui force le respect. Une soif créative qui s’accompagne de recherches et de compilations qui ne se bornent pas exclusivement à la photo : « je dessine, je peins, ’utilise de la peinture plus exactement, je ne peins pas  […] J’aime tenter le mélange de techniques antinomiques : associer encres, peintures, pastels secs et gras  »» et qui autorise à mener de front plusieurs projets. Christine Smilovici désire provoquer l’écho, chahuter l’émotivité, échanger des ressentis « le but n’est pas de parler de moi mais de communiquer, par mon travail, avec les gens ; qu’ils puissent voir en eux des résonances universelles ». Cela passera par des explorations thématiques articulées autour de cycles attachés à des invariantes spatiales telle la carte, point de départ de toute balade, ou temporelle telle la soumission au calendrier.

De Sophie Calle, elle reçoit la leçon des « rituels », appliquée dans l’ensemble des projets photographiques récents. Dans « Les Jours filés»(2012) sont enregistres trois clichés quotidiens, pendant un an. Etude de variations des formes et des couleurs qui interrogent l’apparence, la notion d’identité corporelle sans tricherie. L’esthétique n’intervient  qu’à posteriori, lors de l’affichage sur le blog. Dans l’œuvre de Christine, le beau n’est jamais une fin en soi. Mais, en parallèle aux « Jours filés », s’élabore aussi, avec l’évidence, le projet : « La Colline »(2011-12).

Affronter l’insoutenable

La colline. Espace souillé par l’atrocité d’une mort jeune. Désirée. Violentée. Mutilée. Brûlée. Dissimulée. Trouvée. Pour les proches et les moins proches c’est le chaos. Il faut vivre avec. Occulter ou « affronter le monstre ». Christine se lance sur  le difficile parcours d’un deuil et d’un tourment « à la fois individuels et collectifs » pour tenter de dépasser la souffrance, de « constituer par l’artifice » comme l’écrivait Pérec. Elle met en scène sa propre famille qui adhère au projet, portée par l’idée d’élargir la question à d’autres qu’à soi « la souffrance appartient à tous, pas seulement à moi ; elle appartient à d’autres personnes, reliées par une histoire commune ». Elle définit les règles du jeu, organise ses rituels photographiques: la symbolique de la carte de randonnée où s’encrent des points, termes de déplacements imposés, la limitation dans le temps, l’usage de symboles en lien avec l’histoire.

Ce travail expérimental est parvenu à son terme. Les quatorze points sur la carte tendent tous vers le Nord, mais ne vont pas au-delà d’une certaine limite. Le lieu même se tient à distance : « la série montre les limites du fonctionnement artistique ; le travail est terminé mais il a ses failles [..] des choses ne sont pas résolues ». Le travail continue et c’est par une autre démarche artistique, la vidéo, que Christine parviendra, progressivement, à réinvestir la partie Nord. Mais elle admet que l’ensemble des quatorze clichés est cohérent, que les codes sont lisibles, que la série réaffirme le droit de la vie sur la mort. Elle refuse le sensationnel, accueille/reçoit la beauté des lieux sans la rechercher. Pudique et grave, transcendée, la série « La Colline », à l’instar de l’histoire, bouleverse…

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 19 septembre 2013

 

Par ideedart le 19 septembre, 2013 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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12 septembre, 2013

Franck Jules, François Baudez

Terroir, mon beau terroir…

Hermitage, Crozes-Hermitage, vin et région sont mis à l’honneur et en valeur par une association de … bienfaiteurs. Franck Jules, photographe « saisisseur » d’instants éphémères et François Baudez, « auteur- éditeur- créateur de livres » sont liés par une même volonté : celle de porter sur les choses un regard autre, le temps d’un très beau livre.

►François Baudez

Lorsqu’à seize ans, on est élève du prestigieux Lycée parisien Louis-le-Grand, et que l’on a l’audace non seulement de « téléphoner à Marx Ernst en personne pour rendre un exposé sur le surréalisme plus vivant mais aussi de le faire venir se présenter à la classe », cela fait sourire.  Puis quand, bac scientifique en poche, on se destine à une fac de gestion « parce que la formation ne comportait que des matières inconnues », cela étonne. Et enfin, lorsque le petit boulot d’à côté, au Bureau de Production Littéraire, devient aussi prenant que la vie d’étudiant, cela autorise quelques questionnements. Et pourtant, bien des années plus tard, on se retrouve à la tête d’une maison d’édition (un peu spéciale évidemment), et tout cela se résume ni plus ni moins à « un parcours original ». Entre temps il y aura eu des rédactions en urgence pour une actualité brulante, des récits d’aventures hors du commun, des rencontres passionnantes et la sortie de nombre de LGV (lire : livres à grande vitesse !), puis les dix années à défendre quartiers par quartiers les monuments de Paris pour un mensuel et la débauche du chercheur de tête qui le propulse rédacteur en chef dans un domaine inattendu très en vogue: la lingerie ! Sourdement puis clairement le regret du livre : tapi, il refait surface…

►le regret du livre

Le retour aux livres donc s’impose ! Reste à trouver la formule… François Baudez choisira une solution l’hybride : la publication à compte d’auteur mais avec un accompagnement dans la distribution et  la diffusion (plateforme Pollen) ; le créneau initial des biographies familiales, « dont une s’est tout de même vendue à 1 600 exemplaires » est vite abandonné au profit d‘un large éventail de collections, notamment la « collection spéciale Auchan : uniquement des livres libres de droits, de très belle qualité et moins chers que les autres ». Il faut bien avouer la fierté du succès encourageant du livre des tout débuts « œuvre peint et poésie » en coffret de prestige, exposé au public de la galerie Vivienne à la demande du conservateur élitiste de la Bibliothèque nationale…450 titres publiés à ce jour dont 70% sont réalisés en presse numérique. Yvelinédition travaille désormais en coopération avec des collectivités locales, des Musées nationaux et se  « délocalise » partiellement dans la Drôme.

►Franck Jules

Qui s’assemblent ne se ressemblent pas toujours…Franck Jules, depuis plus de vingt ans, demeure fidèle à ses amours. L’appareil de professionnel reçu en cadeau par la femme de sa vie, sert sa passion première : la photo. L’expérience l’a éloigné du danger qui consiste à « être pressé, à vouloir ressentir le bénéfice le plus vite possible ». Il entretient avec le temps, un rapport paradoxal : « il faut s’offrir le temps pour mieux saisir l’instant ». Le concept relève d’une authentique philosophie qu’il applique/ sert avec sagesse et pugnacité. Pour sa série sur la « festa del Pi », événement qui ne dure qu’une matinée une fois l’an, il retournera à sept reprises sur les lieux, pour « mieux s’en imprégner », créer des liens au sein même de ce milieu clos, étudier sa position par rapport à la foule. La démarche sera la même pour la chapelle de l’Hermitage : il s’y rendra plusieurs fois à six heures du matin pour guetter/saisir la lumière idéale. A la lenteur de l’attente, doit se substituer très vite la réaction immédiate à la beauté fugace de l’instant. « On fonctionne avec le temps : avec l’obturateur, on lui donne une vitesse ». Franck Jules est reconnu par ses pairs : d’abord simple exposant au Salon de Chabeuil, il a le privilège aujourd’hui de faire partie du jury. « Un salon qui n’a pas la notoriété du salon d’Arles mais qui draine énormément de monde »

►Le coup de cœur

Franck Jules, exposera une partie de ses œuvres à la cave de Tain « le plus dur c’est la sélection ! ». François Baudez sera séduit par ses clichés et lui proposera l’aventure d’un livre commun. « Dans ses paysages il favorise la rupture de style, cherche à mettre l’accent sur un détail qui est différent. Il transforme le regard, le mien, celui des autres. J’ai un immense respect pour son travail ». Le respect est mutuel, le travail se fait dans l’harmonie d’une bonne entente : il faut construire les pages, évaluer la « sensibilité à la tourne », jouer avec la complémentarité des couleurs, veiller aux choix des formats, se fixer un rythme, alterner les clichés avec ou sans personnages. Pour le livre, seuls deux critères s’imposent au photographe: le secteur géographique et le calendrier des saisons. « L’expérience fut riche : elle m’a permis de mieux connaitre ma propre région. Je me suis revu, enfant, étonné par les grands panneaux disposés à flan de collines- pourquoi ces noms ? Ce sont des vendeurs de vin répondaient mes parents ». Ceux, entre autres, dont il sera question dans le livre, formidable mosaïque de portraits, cherchant à rendre l’étendue d’une diversité, ralliant le beau et le bon, le vin et son écrin.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 12 septembre 2013

Par ideedart le 12 septembre, 2013 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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