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Dalva, diva de l’art

Dalva Duarté est née au Brésil. Elle a traversé les océans, s’est attachée à différents lieux et parle plusieurs langues. À grands coups de pinceaux elle se construit une harmonie intérieure. Depuis toujours, son monde à elle, c’est la peinture. Tôt, l’artiste rencontrera le succès mais jamais ne s’arrêtera. Tournon est pour elle une belle et heureuse halte de quelques mois.

 Le mot n’existait pas. Pour elle il fallait l’inventer. Dalva-la-diva célèbre la peinture avec son talent et sa réputation. Pour ses caprices, elle s’inspire de Paganini et réalise 24 panneaux qui, un jour, s’en iront serpenter en plein air jusqu’à Gibraltar. Est-elle séduite par le défi de ce concentré de difficultés extrêmes qui rebute les meilleurs violonistes ? À l’instar des virtuoses, elle se risque à jouer sa propre interprétation, forte et sublime à la fois. Les mélodies se superposent. Les images graphiques des violons aussi. Les toiles, immenses, à même le sol, se couvrent d’instruments au son des fusains qui crissent. Au dos, la représentation abstraite d’un ressenti traduit par l’essor de la couleur chaude, pénétrante, varie au rythme de la musique, en poursuivant le fil tenu qui conduit à l’émoi. « Les violons d’un côté et l’émotion de l’autre » confirme l’artiste. De longues heures de travail harassant, où le corps souffre d’être à genoux, où le froid glacé du sol s’empare du corps entier. Lorsqu’est venu le temps de contempler l’ensemble des bâches sublimées de 90 mètres de long, Dalva-la-diva s’en va jusqu’aux poutrelles sous-plafond, s’y installe à plat-ventre, bras écartés et y demeure jusqu’à ce que monte en elle la satisfaction de l’œuvre finie. « Comme le regard d’un oiseau vibrant au cœur des couleurs, j’ai vu la musique entrer dans la peinture…« . Neuf des vingt-quatre caprices roulés dans la blancheur de vastes draps, confinés dans le métal d’immenses tubes, sont déballés, étalés, hissés et enfin installés en la chapelle du lycée de Tournon. Désormais sagement alignés, sertis dans leurs portiques de fer, ils habitent le lieu et se font un écho silencieux dans l’acoustique rêvée de ce monument classé.

►Un événement d’envergure

Il arrive à Dalva Duarte de prévenir le réveil d’anciennes fragilités dorsales. Sœur de Frida Kahlo dans la douleur comme dans la détermination, elle se déplace alors en fauteuil roulant, faisant de ce dernier un noble trône d’où le velours chaud de sa voix régente un fidèle aréopage et veille à l’orchestration de l’accroche avec grand professionnalisme. À la plainte, elle préfère l’humour « Ah qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous.. ». Ses souhaits sont des ordres exprimés dans l’éclat d’un sourire et le feu ardent des yeux noir-intense. Le latin affleure en elle à chaque instant : le regard tendre, la pensée bienveillante, le geste généreux, le compliment congruent, l’intimité crée autour de l’instant, donnent l’impression qu’elle caresse l’air qui l’entoure. Les toiles se dressent sur la blancheur des murs, fortes de leur verticalité retrouvées. Les cadres des grands formats (salle Broët) sont pesants et précieux, taillés dans le bois d’une espèce protégée, bois du Brésil ou « bois de braise », bois tinctorial dont Ingres utilisait les pigments, appelé encore pernambouc, dans le cœur duquel se taille l’archet du violon. Dalva avoue radieuse:« il m’a fallu me battre, remplir un dossier pour justifier d’une cause artistique. Mais le résultat en vaut la peine ». En revanche, les cadres qui mettent en valeur les œuvres de tailles plus modestes (salles Tour Beauregard) sont réalisés aux Etats-Unis en cèdre du Honduras « des petits bijoux qui m’ont coûté dix fois le prix du devis ! » s’amuse l’artiste. Travail d’installation qui suit celui de création, en amont. Peu de place est laissée au hasard. Anticiper, l’artiste en a l’habitude : les mesures des salles ont été relevées, les espaces à couvrir définis, les maquettes réalisées d’après les plans, le catalogue d’exposition longuement pensé et rapidement édité… en bref, un événement rondement mené qui fait l’admiration de tous. Philippe Petiot, photographe, accompagne Dalva-la-diva, immortalise chaque moment fort de sa vie et réalise les plus beaux clichés de ses toiles, consignés dans diverses publications. William Renner, dit Bill, architecte américain, son mari depuis plus de 20 ans, incarne le soutient indéfectible. Je l’ai prévenu dès notre rencontre « je suis une valise sans poignée ». Il est porteur, cautionne tout : les projets les plus fous, les envies les plus farfelues, jusqu’au projet pharaonique de réhabilitation d’un ancien moulinage près de Privas que Dalva évoque avec bonheur « un havre de paix, loin du bruit des villes, entouré par les monts d’Ardèche bercé par la rivière et les chutes d’eau »

 

► Un lieu et une exposition d’exception

 Au château de Tournon, l’exposition s’articule autour de quatre thèmes. « Loucoura » (la folie) ensemble dérangeant qui renvoie à la fragilité de la raison, où les pans atrophiés du dessin figurent les fêlures humaines, où les enfants livrés à une solitude nue prennent le visage grave des adultes, où le chaos se révèle intérieur. « Hommage à Pablo Picasso » et à son regard brûlant et pénétrant, doux et violent. Le visage du maître avec lequel Dalva  partage « l’impression de perdre son temps lorsqu’elle ne peint pas » se soumet aux distorsions qu’il a su infliger à ses modèles.  « À la recherche du temps perdu » toiles aux couleurs de cendres. « L’Afrique déracinée » portraits baignés de couleurs ambrées et figés dans un statisme déroutant. En enfin et surtout « The Guardians » pensés et exécutés précisément pour la salle des gardes du château dans lesquels ils dansent leur cavalcade. Somptueuse série à mi-chemin entre le figuratif et l’abstrait, condensé de tous les talents au parfum d’apothéose. Les pinceaux, comme les voix, ont le même don : celui de faire vibrer.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 6 juin 2013

Par ideedart le 6 juin, 2013 dans ARTISTES ETRANGERS, PRESSE LOCALE

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