Navigation | Arès Antoyan (1955, Los Angelès- )

Arès Antoyan (1955, Los Angelès- )

 

Exposition du 25 mars au 7 avril, La Tourette, Tournon-sur-Rhône

 

Avec insistance, les femmes des toiles observaient la visiteuse et la condamnaient à l’immobilité. Le silence imposait la confrontation. La semi obscurité la favorisait. La visiteuse s’obligeait à s’y soustraire mais savait qu’elle ne pouvait y échapper.

Les femmes des toiles étaient toutes aussi différentes qu’identiques. Echappées du tréfonds de ténèbres rembranesques, leurs chairs palpitaient de lumière, livrant la douceur de leurs diverses carnations. Les fines amandes de leurs yeux se fendaient sous le poids d’une paupière lourde figurée par une horizontale pure bien qu’abondamment cillée. Le regard serein, grave et léger à la fois, paraissait vide de sentiment, d’humeur, de pudeur. Dévoilant un sein, une gorge entièrement nue, une épaule exquise, une cuisse offerte, un corps rayonnant, les femmes semblaient étrangères à l’indécence involontaire des désordres de leurs tenues.

L’invariable frisure de leur abondante chevelure déclinant tous les châtains, l’oblong de leur visage, leur nez court, leur silhouette parfaite, leurs courbes d’une sensualité mesurée, leur maintien de reine, leur conféraient cette assurance triomphante d’appartenir au rêve du peintre, cet aplomb confiant des femmes conscientes d’être aimées.

« Je fais souvent ce rêve étrange et familier d’une femme inconnue et qui n’est chaque fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre…et m’aime et me comprend ». Cette femme aimée (création purement poétique ?inconnue ?, amie ?, maîtresse ? muse ?) de Verlaine comme d’Arès, règne en souveraine sur l’empire des songes des artistes démiurges.

Le peintre se plait à répéter son idéal à sa guise. Il dompte la chevelure léonine pour la soumettre à la tyrannie des modes qu’il invente, la coupe, la sculpte, l’ébouriffe, la coiffe. Il travestit sa muse selon le caprice de ses pinceaux. Il l’habille en princesse des mille et une nuit, la pare des somptueux atours d’une noble duchesse, la déguise en putain, la drape à l’antique en héroïne de  la mythologie grecque…sans jamais lui donner d’âge.

Le temps n’a de prise ni dans les rêves ni sur la toile.

Avec un sérieux intense et cruel, sans un cillement, les femmes peintes fixaient la visiteuse du haut de leur beauté, du sommet de leur éternité, figées dans une arrogante certitude : celle d’appartenir au harem de l’artiste. Sensible à leur message, la visiteuse s’éclipsa.

 

Hélène de Montgolfier

Par ideedart le 29 avril, 2011 dans ARTISTES ETRANGERS, ARTISTES FRANCAIS

  1. Beau travail!

    Commentaire by Klaurent — 15 mai, 2011 @ 15:50

  2. Beau travail!
    +1

    Commentaire by Catlin — 22 novembre, 2011 @ 6:58

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