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Zhang Haiying (1972, Shan Dong, – )

 

Zhang HAIYING

Qu’elle est loin la bohème de Montmartre avec ses maisons closes, ses cabarets et ses estaminets ! Que sont devenues les sœurs de La Goulue ? Celles qui, gouailleuses et fortes en gueule, exhibaient sans pudeur leurs charmes défraîchis par une vie de débauche ? Celles qui, impertinentes et goguenardes s’encanaillaient joyeusement dans des vapeurs d’alcool, brûlant leur vie au nez de la morale, affichant une sensualité débridée au parfum de scandale ? Les bien-aimées de Lautrec, demoiselles de peu de vertu, entraîneuses, putains de bordels, catins au grand cœur, filles de joie…ne se couchent désormais plus que sur les toiles du Nabot, désormais célèbres, figées sous les caresses d’un pinceau éternel.

Poignant hommage.

Autre lieu : la Chine. Autre temps : le nôtre. Autre grand artiste : Zhang Haiying. Autre approche de la prostitution.

La loi de 1945 vise l’éradication totale de la profession mais ne savoure sa victoire que quelques décennies. En 2006 les autorités exhibent, dans la rue, les prostituées condamnées à la clandestinité. Le peuple se souvient des humiliations publiques de la révolution culturelle et s’indigne.

Haiying utilise alors des clichés chassés sur le Net. Il les transpose sur la toile avec un hyperréalisme cru. La brutalité de l’éclairage, la stridence des couleurs saturées de violence servent les interventions des forces de l’ordre aux allures de rafles – spectaculaires descentes d’une implacable police bien pensante. Déshumanisée, l’approche frontale flirte avec l’image de synthèse, mais ne dure qu’un temps.

Très vite, l’artiste, derrière la putain en vient à chercher la femme. La palette, désormais économe, favorise les teintes froides rehaussées de touches d’un blanc cellophane et habille la peau d’une onde de nacre.

Le peintre la représente seule, dé-contextualisée. Sa silhouette fragile, souvent debout, se détache dans le gris glacé d’une nuit sans fond. Pas de vulgarité dans les poses. Les vêtements seuls servent le désir. Elle est gracile parce que jeune, émouvante parce que vulnérable. Sans pudeur, elle offre son corps. Pas son visage. Elle cache la douleur de sa honte au creux de ses mains. Poupée malmenée, elle est jetée à terre, où elle demeure, prostrée par un vent d’opprobre. Telle la danseuse meurtrie par un ballet trop exigeant, elle offre la courbe gracieuse de sa nuque, la tête posée à même le sol.

Zaiying l’égare dans la masse anonyme de ses semblables. Elle devient l’une des figurantes alignée d’un mauvais film où, accroupie, elle n’expose au public de la rue qu’un dos dénudé et rompu. Ou encore, lasse, assise, attendant son tour, elle croise haut les jambes, longues et frêles- trop pour être voluptueuses. Les traits disparaissent sous une abondante chevelure de jais. Il la fige sur un fonds clair et lui rend sa belle allure de mannequin attendant un improbable défilé. La face masquée derrière les paumes. Il la surprend aussi, noyée de sommeil s’extirpant, non sans mal, d’une couche largement partagée. Le regard toujours dissimulé pour s’épargner le déshonneur.

Zaiying nous livre la honte. Honte de la victime ? De ceux qui sanctionnent ? De ceux qui cautionnent ?

Poignant écho.                                                                                         

                                                                                                                                                                                 Hélène de Montgolfier


Par ideedart le 3 mars, 2011 dans ARTISTES ETRANGERS

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