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7 août, 2014

Robert Combas, peintre plasticien

Initiateur et leader du mouvement  ‘Figuration libre’,  Robert Combas fait partie de cette nouvelle génération de peintres chahuteurs qui démarrent dans les années 80. Comme Di Rosa, Blanchard, Boisrond, Marchand, son œuvre s’inspire tout à la fois de la BD, de la science fiction et des arts populaires et rompt avec la sévérité de la précédente décennie. Combas invente une esthétique enthousiaste, libre et désinvolte qui en fait l’un des artistes français contemporains les plus populaires. Aujourd’hui, Il magnifie l’espace du carré Sainte-Anne de Montpellier où il expose tout l’été.

L’œuvre a envahi l’espace à la faveur d’une scénographie puissante et savamment pensée.  Ponctués par des colonnes de faux marbre, les bas-côtés s’habillent de gigantesques lés d’une tapisserie réalisée sur injonction de l’artiste pour l’exposition : des crucifix noirs, projetés sur fond blanc, s’alignent avec régularité. La simplicité du motif contraste avec l’exubérance foisonnante des vastes toiles en grisaille. La sobriété apparente étonne. L’artiste a habitué son public aux couleurs stridentes. On se souvient pourtant de la série des « tatouages académiques» où déjà il dévergondait la statuaire gréco-romaine … et puis on oublie tout car on aperçoit une silhouette bleue qui s’exprime à renfort de grands gestes…

L’artiste est là

L’artiste est là, entouré de quelques proches (dont la danseuse Geneviève Boteilla, depuis 27 ans sa compagne) à qui il commente l’exposition. « Bien sûr, confirme-t-il,  tout ce qui est ici a été fait… réfléchi… dans l’optique de l’exposition… en fonction du lieu ». Son phrasé est haché, hésitant, comme noyé, submergé par les flots des mots – moins rapides que sa pensée ? Sa gestuelle est désordonnée : il ne peut rester en place, se penche, prend appui sur une jambe, puis sur l’autre, hésite, marche, revient sans cesser de faucher l’air de ses bras bavards.

Il s’égard, son discours se perd. Il revient, la discussion reprend : « oui la grande exposition de Lyon… la rétrospective… les Parisiens l’ont boudée… ils ne se sont pas déplacés … il n’y a pas eu de scandale et pourtant, c’était choquant … Les choses porno, on les a mises dans une salle X à cause des enfants. C’était un leurre… et du coup, il n’y a pas eu de scandale…et pourtant, il y en avait des choses …partout…dans plein d‘autres tableaux, mais les gens, ils ne voient rien… et puis moi, je ne mets pas de perversité particulière …c’est les autres qui disent ça, qui voient ça. Pour moi, c’est un rapport au sexe direct. Je me censure moi-même quand il faut  ».

La catharsis de l’art

Combas bouleverse les codes classiques, purge ses passions, provoque, peint et dessine, sans honte ni complexe, dans une liberté absolue. Sa créativité est sans limite. « Ici j’ai tenu compte du caractère néo-gothique du lieu » et la série graphique se met au service d’une verve romantique.  Les personnages, héros mythologiques, divinités païennes, grotesques et autres créatures s’expriment au feutre noir et argenté. Ils s’enchevêtrent confusément sur une même toile ou se détachent sobrement de leur fond blanc, vêtus de leurs seuls  tatouages, victimes consentantes d’une logorrhée symbolique terriblement éloquente, jouant du double sens et du trompe l’œil.

La provocation s’inscrit davantage sur les cartels : poèmes, calembours ou jeux de mots souvent cocasses ou salaces. Captive, au centre de la ronde des tableaux, se tient debout une fière « Iris ». Aptère, sculpturale, monumentale (ancienne Vénus de 2005 rebaptisée pour les besoins de l’expo), elle porte sur la tête une caravelle-bateau (homonymie de « bato », nom de la revue qui lança le mouvement ‘ figuration libre’ ?) et guette son arc-en-ciel au travers des vitraux.

Le hasard au service de l’art

Masquant l’accès au chœur, un vaste rectangle blanc est piqué d’un astérisme de 72 crucifix, attachés à la gloire de leur ombre obscure, disposés en un losange constellaire : « Vous voyez, là, ces croix…Elles sont faites de deux pinceaux croisés. Ce n’étaient que des croix. Une croix, comme ça, juste une croix. Je n’y voyais rien d’autre. Mes parents ne sont pas croyants… Athés… Mes parents…. Je ne parle pas de moi. » Les simples croix sont pourtant devenues crucifix : les pinceaux usagés, échevelés, barbus, hirsutes, portent des figurines christiques nées de tubes de couleur vides et secs. « L’ombre des croix, à cause de l’éclairage… elle n’était pas prévue. Et bien elle s’intègre. L’œuvre est devenue installation. C’est le hasard. Je me sers du hasard. Le hasard me sert. »

Est-ce le hasard qui dicte à la lumière son rôle ? La pousse à jouer avec les vitraux, donnant aux deux toiles placées de part et d’autre du transept, seules colorées, cet éclat divin ? L’incite à  lécher le sol pour renvoyer à l’ensemble son reflet mystique ? Est-ce encore le hasard qui frange le haut de certaines toiles de perles de peinture, colorées ou irisées, qui gouttent ? Le hasard s’apprivoise s’impose. Complice, puis ami.

Le messager ailé s’en va

« Et je vais partir, comme je suis venu … avec des ailes aux talons… vous savez… comme …. ? … comment il s’appelle? ». Quelqu’un souffle « Hermès », messager des dieux de la Grèce antique, mais Robert Combas fait une moue dubitative et le temps que l’on s’interroge sur son homologue romain… il a disparu « à la vitesse du vent », abandonnant derrière lui les traces merveilleuses de sa « Mélancolie à Ressort ».

Le nom revient : « Mercure » ! Insaisissable, tel le métal éponyme dans son état liquide, rapide et précis car muni d’un caducée d’or le rendant maître de son geste, brouilleur de piste et perclus de contradictions. Mercure, «L’envoyé de l’au-delà » expression que Combas  vient d’employer à plusieurs reprises en parlant de lui-même, de son rôle de messager, dont la peinture, universelle, « s’exprime dans toutes les langues sans avoir besoin d’en connaitre aucune ».

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 7 août 2014

 

Par ideedart le 7 août, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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18 juillet, 2014

Carole Trébor, réalisatrice, auteure

Chaque fin d’été, au Festival des Humoristes de Tournon, camera à la main, elle immortalise les saisons, avec efficacité et discrétion. Elle réalise des courts métrages qui s’ajoutent à une belle moisson de documentaires pour la télévision, souvent distingués pour leur originalité. Mais lorsque Carole Trébor décide de passer à la fiction, elle donnera naissance à un personnage de papier : Nina Volkovitch. La trilogie est un succès. Sous une pluie de prix, et un vent d’enthousiasme, les ventes poussent. Dans quelques jours sort l’édition de poche.

La trilogie fait mouche auprès des jeunes lecteurs, franchit les frontières de La littérature Jeunesse, se plait dans le monde des « Young Adults » et, si l’on en croit les blogs, va jusqu’à séduire les grand-mères. Carole Trébor en convient « Un bon livre pour ado est un bon livre tout court. Aventure, évasion, évolution psychologique des personnages… C’est de la vraie littérature. On devrait dire: à partir de 12 ans. » Nina Volkovitch : une quête ? Un roman initiatique sur fonds de Russie? Pas seulement ! Bien sûr, il s’agit de l’histoire d’une adolescente déterminée qui, au fil des tomes, vole d’une aventure à l’autre, portée par de grands sentiments et de puissants pouvoirs. Mais il faut ajouter la formidable rigueur du contexte historique dans lequel s’ancre le récit sans en avoir l’air et les savoureuses connexions au monde de l’art.

Du grand art…

Douze prix : certains prestigieux, d’autres « dotés » ou encore touchants, couronnent de lauriers la trilogie. Quoi de plus normal ? Elle se dévore en quelques bouchées, riches et digestes, (« j’aime ce coté addictif » avoue Carole en riant) qui laissent le goût rare et délicieux de ces lectures qui réussissent l’équilibre difficile entre légèreté et profondeur. La petite histoire se mêle à la grande, l’une puisant dans le Fantastique, (dotant l’héroïne de pouvoirs surnaturels) l’autre dans une Vérité Historique accablante (les dénonciations et arrestations, le goulag de Sibérie, le périple en Transsibérien à travers la taïga). Le récit est rythmé, le style fluide, la plume juste et alerte. Du grand art.

…mais pas de hasard

Du talent certes, mais pas de hasard, plutôt une série de circonstances qui concourent en faveur du succès. Carole Trébor a suivi un double cursus universitaire  Histoire-Histoire de l’art qui la mène à un doctorat. Elle maitrise parfaitement le russe. Il semble donc tout naturel que le CNRS lui accorde une bourse lui permettant de vivre à Moscou, le temps de sa thèse. « C’était en 1999, avant Poutine. J’ai pu avoir accès au centre d’archives d’art et littérature, à beaucoup de fonds privés, aux archives du comité central du parti…La scène dans le bouquin, c’est du vécu ! Un grand bordel…. ». Au Musée Pouchkine elle admire ‘La ronde des prisonniers’ de Van Gogh, note la présence de deux papillons blancs qui volètent, symboles d’espoir et de liberté dans cette scène d’enfermement. La toile jouera un grand rôle dans le récit de la jeune Nina à laquelle, sans doute, elle ressemble à l’époque « J’ai débarqué en plein hiver. Je disparaissais sous un grand manteau et une chapka que l’on m’avait prêtés. Le boulevard qui menait aux archives d’art et littérature était verglacé. Le bâtiment, caché derrière des immeubles des années 70 était gardé par un militaire qui me surnommait « le soldat de l’armée napoléonienne en déroute ».

Envie, moment choisi

« J’avais envie de parler de la Russie. Il existe peu de choses sur Staline, sur le régime de la terreur absolue, sur le problème de la censure de l’art qui se pose à cette période-là. Pourquoi on interdit l’art? Car il est incontrôlable, mystérieux…. L’incarnation du souffle pour le faiseur d’icône, cela m’est venu naturellement ». Lorsque son fils devient ado,  Carole sait que le moment de se lancer est venu : « ce fut le détonateur » dit-elle. Rencontrée au Salon de Montreuil, son éditrice (avec laquelle elle a collaboré) la soutient.
Carole a déjà ses personnages, connait leurs objectifs et… la fin. Ses idées se griffonnent sur un petit carnet, les chapitres se calent au crayon « pour une structure, contre la confusion », mais elle réserve à l’ordinateur l’essentiel du travail.  Il arrive que les choses lui échappent « Parfois je cours après mes personnages, je n’ai pas toujours le contrôle ». Ses implants fonctionnement merveilleusement, « dans les deux sens. Tiens, là, il revient. Tout est possible…. ». L’héroïne prend parfois le dessus sur l’écrivain qui se surprend à s’étonner :

« Il m’arrive de penser : Qu’est ce qu’elle est maligne Nina! C’est rare, mais je me sens alors en état de grâce! ….. Je me suis même retrouvée en larmes en écrivant certaines scènes. »

 

Une suite ?

Les fans de Nina la réclament. Les rencontres lors des séances de dédicaces, les votes des collégiens, les aveux touchants « c’est le premier livre que je lis jusqu’au bout » émeuvent  Carole. « Waouh, cela fait plaisir ! » s’exclame-t-elle avant de convenir plus sérieusement : « Il faut travailler dur pour arriver à faire simple ». Mais peut-on abandonner Nina alors qu’elle vient à peine de quitter son corps de garçon manqué et qu’éclot en elle la jeune fille ? Il lui reste tant d’années à vivre … Carole Trébor ne fera pas de promesses et la réponse est inattendue : dans quelques semaines, un nouveau livre sort : le préquel, en d’autres termes l’histoire se déroulant antérieurement à celle de Nina. Il est question d’enquête policière, de coup de théâtre sous Ivan le terrible, de Moyen-âge très religieux et d’une plume joueuse qui s’amuse à restituer le phrasé de l’époque…chut ! Trop en dire risque d’ôter une part du grand plaisir de lire.

 LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 18 septembre 2014

Par ideedart le 18 juillet, 2014 dans ARTISTES ECRIVAINS, ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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3 juillet, 2014

Jean Marc Saulnier, « et » peintre

« Un enfant ne joue pas pour apprendre, il apprend parce qu’il joue. C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche » Jean Marc Saulnier fait sienne cette phrase de Pierre Soulages. Son travail, au fil des ans, interroge le jeu/lien de l’endroit et de l’envers, met en lumière leur égale importance, scrute la réciprocité de leur dépendance, sonde l’intimité de leur corrélation. Un questionnement permanent qui donne à l’ensemble de son œuvre une authentique et singulière cohérence.

Pour ceux qui affirment, partant du principe que tout a été fait, vu et dit en peinture et en sculpture, que seul l’Art Conceptuel s’inscrit désormais dans l’Histoire, Jean Marc Saulnier est un artiste à part entière. La galerie Sapet, qui fait autorité en matière d’Art contemporain, l’invite pour la troisième fois à Mirmande. Et preuve est faite que Danielle et Bernard Sapet ne se trompent pas : leurs mises en danger passées sont gratifiées de devenirs célèbres. De même, en 2009, Paul Barbary, conseiller éclairé à la culture de Tournon, a courageusement accueilli des installations qui ont intrigué ou enchanté les visiteurs du Château-Musée. Les travaux de Jean Marc ont habité la noble Tour Beauregard le temps d’un long été et l’ont magnifiée d’un paysage nouveau : formes géométriques géantes montées sur des structures de bois (colonne, tapis suspendu, paravent de peinture) où toute figuration picturale sur calque, photo ou expression graphique, n’est visible que coté intérieur/pile : le coté extérieur/face étant volontairement recouvert d’un lavis crémeux, laiteuse écume.

Les « 100 papiers »

Le calque, support aimé, revient souvent dans les créations de Jean Marc. Il l’utilise pour ses qualités: « c’est un beau matériau. Gris…Doux et charnel comme la peau … Introverti….». Aussi, il découpe 200 carrés opaques de 10 X 10 cms pour servir un travail remarquable, intitulé avec autant d’humour que de sérieux : les « 100 papiers ». Sur un socle, bloc monolithe, aussi escarpé que le rocher îlien de Böcklin, l’artiste a taillé 100 failles, plus ou moins profondes mais de longueur identique, réceptacles de 100 sous-verres placés à la verticale, pressant, deux par deux et dos à dos, les œuvres sur calque. Chaque carré est mis à prix à 100 euros. « Les chiffres de Dante Alighieri m’interpellent. Je savais que j’en ferai quelque chose. 100, nombre total des chants de la Comédie, est un nombre parfait à deux titres : il est le multiple de 10 par lui même, il se décompose en nombres tous parfaits: 1+33+33+33 ».

Peaux de lapin

Autres réminiscences mêlées du gamin qu’il était : celle des lapins dépecés sous ses yeux effarés ou celle du récolteur qui « déboulait sur sa moto pétaradante en vociférant: « peau de lapin, peau de lapins ». Des reliefs de sa mémoire vont naitre des centaines de silhouettes figurant une même « peau ». Destinées à être suspendues entre sol et plafond, terre et ciel, enfer et paradis, elles pendent, telle la peau écorchée du Saint Barthélemy du jugement dernier de Michel-Ange.

Découpées dans des couvertures « lisibles sur les deux faces » usagées, lourdes de la charge de leur intimité « peau de nuit, peau-à-peau », les formes sont mouillées, encollées, soumises au séchage qui les fige à jamais dans une raideur toute aléatoire, « instant où s’impose/se pose la question : « l’artiste reste-t-il maitre de son œuvre ?», sujet du bac cette année.. Le résultat est éminemment et étonnamment esthétique. Oreilles, orbites évidés, pattes, s’oublient à la faveur des méandres d’un imaginaire sollicité qui s’égare et ne voit que merveilleux bouquets colorés, d’algues gracieuses, têtes en bas, formant la vaste forêt d’un monde à l’envers.

Gamelles

La calotte crânienne serait-elle la gamelle originelle ? Elle en a la forme inversée. Les Reconstitutions de Jean Marc sont belles (de l’intérieur comme de l’extérieur) de tous les morceaux d’objets manufacturés, « émancipés de leur fonction première», exhumés de fouilles de fortune, assemblés « pour une deuxième vie ». Gamelles reconstruites ajourées, vulnérables, plus fragiles encore, … « Je vais là où on m’appelle et les matériaux trouvés sont empreints du lieu. La démarche s’apparente à prendre le témoignage d’un lieu et le reformuler. »

Calques célestes

Sur le calque, un motif. Sur le motif, une encre infiniment bleue, profonde comme une nuitée, précieuse comme un sang royal. Mais la belle encre est scriptophage : le temps du séchage, elle dévorera le motif qu’elle recouvre, rendra improbable une éventuelle lisibilité. L’œuvre bascule alors du réel à l’abstraction. Elle est promise à une accroche insolite : une déclinaison d’étoles liturgiques accrochées à d’invisibles patères.

Tapisseries

Au dos de grands rouleaux de tapisserie  qui s’offrent au hasard, « un matériau dont la souplesse me plait », Jean Marc peint. Toujours selon son principe d’économie de moyens et avec la même importance donnée à la couleur et au motif qui pourrait faire penser à un héritage du mouvement support-surface même s’il s’en défend :« Mon geste ne s’arrête pas à la peinture », il donne à la Mémoire, sa place essentielle, primordiale qui s’inscrit dans tout ce qu’il touche, des reconstitutions aux installations en passant par l’œuvre sur châssis.

Cette fois Jean Marc réalise des motifs visibles, peu chargés en peinture qui évoquent l’univers aquarellé de Dufy, puis découpe l’ensemble en larges bandes. Ensuite, prolongeant son jeu favori du caché-révélé, il les assemble alternativement, coté pile et face. La technique sied aux grands formats qui s’affichent joyeusement pour l’été dans la galerie drômoise.

 « Un artiste a des objectifs, travailler n’est pas qu’une partie de plaisir »

Mu par « une étrange nécessité » qu’il ne peut ni ne veut expliquer « les grands discours ne font pas les grandes œuvres», Jean Marc travaille. Il écourte ses nuits, devient vite boulimique « accroc à tout ». Il cherche, explore et s’engage, toujours et encore, dans différentes pistes impulsées par une seule et même révélation : celle de la face cachée/opposée dont l’œuvre entier … cherche à faire sortir de l’oubli et clame l’importance.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 3 juillet 2014

Par ideedart le 3 juillet, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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26 juin, 2014

Caroline Fornier, comédienne, metteur-en-scène

 

Caroline Fornier appartient au monde du théâtre. Elle l’a toujours côtoyé, longuement observé, l’a aimé, étudié et finalement s’est donnée à lui avec talent et passion, de tout son corps, de toute sa sensibilité, de toute son âme…. Elle en connait les failles, les arcanes, mais surtout a goûté au bonheur des succès partagés avec le public.

 

C’est alors que tout se décide… Sa mère l’inscrit contre son gré à un stage de théâtre. Elle s’y rend «sans envie». Son jeune cœur bat pour «la révolution oui ! Pour le théâtre, non !». Elle se tient à l’écart, en marge. Elle est aussi belle que rebelle. Les yeux furieusement bleus, la moue boudeuse, le corps adolescent en «pleine révolte». « Jusqu’à ce que quelqu’un se lève et parle: c’était Philippe Goyard. Je suis restée.» Caroline a 17 ans et s’engage dans ce qui restera sa voie : le théâtre.

S’élancer -s’engager

Philippe Goyard. Fascination totale pour ce metteur en scène. A ses cotés, en Bourgogne, elle va crée, la compagnie Graffiti. Il la dirige sur des textes de Jean-Michel Ribes, Jean-Paul Wenzel et Le Clézio. La passion de Caroline se conforte. Elle ‘monte’ à Paris, entre au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique et fréquente la Comédie Française «Je ne devais m’occuper que de mon travail de comédienne ; pour le reste j’étais prise en charge, coiffeuse, maquilleuse…c’était pour moi un confort extrême auquel je n’étais pas habituée… nos heures n’étaient pas comptées…il n’était pas rare de travailler jusqu’à l’aube». Dans sa classe, Thierry Frémont, Denis Lavant, Vincent Pérez. Dans les couloirs, Juliette Binoche, Patrick Catalifo.

Engagée ensuite au Centre Dramatique de Bourgogne, Caroline Fornier y interprète les  jeunes rebelles de Molière, Shakespeare, Michel Azama et Michel Deutsch. Elle retrouve, des années plus tard, Philippe Goyard qui la dirige à nouveau dans le rôle de Léone dans ‘Combat de nègre et de chiens’ de Bernard-Marie Koltès. C’est encore avec lui qu’en 2006, elle travaille la lecture de Médée Kali de Laurent Gaudé.

Jouer -se donner

Autre ‘théâtrale attraction’, mais de plateau cette fois, pour Hervé Peyrard. Caroline le rencontre en Ardèche où elle s’installe par «envie de renouer avec le travail de troupe». (Elle vient de rejoindre la compagnie ‘Archipel Théâtre’ qui sera à l’origine de rencontres déterminantes pour sa carrière : Luc Chareyron, Cécile Auxire-Marmouget…). Leur collaboration commence à la faveur d’un spectacle de Philippe Dorin ‘En attendant le Petit Poucet’. Un an plus tard, ensemble, ils créent ‘Respire Betty’, le premier texte d’Isabelle Valentini, « Betty Page, pin up aux USA dans les années 1950 fascinait Isabelle. En moi, elle avait trouvé sa Betty et elle a commencé l’écriture de la pièce. Quand elle m’a lu son texte, ses mots m’ont bouleversée, émue, enthousiasmée et j’ai de suite accepté de l’interpréter». Hervé Peyrard était d’accord pour la mettre en scène. L’histoire pouvait commencer. Rieuse, enjôleuse, belle, sensuelle, Caroline touche, bouleverse, à l’instar de celle qu’elle incarne. La pièce est un succès. Le duo comédienne-metteur en scène aussi. Avec ce spectacle, ils tournent dans toute la France. «Cette connivence, c’était chouette, c’était agréable de la vivre. On avait envie d’être à nouveau ensemble». Une nouvelle création voit le jour : un montage théâtral de cinq textes, d’auteurs classiques et contemporains aussi différents que Victor Hugo, Georges Feydeau, Louis Calaferte, Xavier Durringer et Jon Fosse. Cinq réflexions sur l’amour, rassemblées sous le titre : ‘Même pas besoin d’eau fraîche’. Deux ans de répétitions, un numéro de claquettes, «une expérience de travail global inoubliable».

 

Diriger-donner

Le siècle et la carrière de Caroline Fornier prennent de concert un nouveau tournant. Après leur collaboration dans ‘Un arbre vide’, Myriam Massot, actuelle directrice artistique d’Archipel Théâtre, demande à la comédienne de signer sa première mise en scène pour ‘Le Monde Caché de Mary Mota’. D’autres suivront pour des textes toujours plus exigeants… ‘Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu’ de Philippe Dorin ou encore le tout récent, superbe et ambitieux ‘Clothilde du Nord’ de Calaferte. Aujourd’hui Caroline travaille ‘Les miettes’, autre pièce de Calaferte avec la compagnie dijonnaise ‘Le Rocher des Doms’ «Je pars de l’acteur. Je pars du texte et là où ça peut nous emmener. Là où se fabriquent les ‘choses’. Ce qui m’intéresse c’est le travail sur le comédien. J’ai envie que les comédiens soient magnifiques. Je tiens à l’improvisation, c’est une sorte de partition. Beaucoup de travail, de recherche autour du texte».

Caroline, est liée au théâtre de façon naturelle et originelle. Depuis toujours, elle se sent aussi à l’aise sur les planches qu’en coulisses, d’aussi loin que lui parlent ses souvenirs : «Je dormais dans l’atelier de couture, la pièce la plus calme… et parfois même sous les plateaux. J’ai encore en mémoire l’odeur des loges». Il faut dire que la comédienne-metteur-en-scène est née dans le sérail, d’un père, Jacques Fornier, fondateur et directeur du Théâtre de Bourgogne en 1957, et d’une mère Josine Comellas, actrice, intime de Coline Serreau et de Maria Pacôme avec lesquels Caroline travaillera – notamment dans ‘Les seins de Lola’ sous la direction de Jean-Luc Moreau. La vie de troupe elle connait. Le Festival d’Avignon elle s’y rend souvent. Depuis longtemps. Du statut de spectatrice (elle y a admiré son père dans ‘Les Aberrations du Documentaliste’), à celui de comédienne ‘Respire Betty’, elle passe désormais à celui de metteur en scène.

 

Zerline en Avignon

«Quand Marie-France Beyron m’a proposé de la diriger dans le récit de la Servante Zerline, je n’ai pas hésité, j’ai aimé l’idée de travailler avec cette femme ronde et généreuse dans le rôle de la Servante, et de l’aider à vivre avec truculence le texte dense, [...] poétique et rigoureux, que nous livre Broch». Un monologue puissant, « un rôle fort », qui dépasse actuellement le seuil des 30 représentations privées et qui s’envole pour le OFF avignonnais, au Théâtre ‘Présence Pasteur’, lieu rendu magique par sa cour ombragée accessible depuis ses quatre salles.

Après deux années de travail intense «lorsqu’on est ensemble, on ne voit pas le temps passer», et de trac partagé «dépassé aujourd’hui», Caroline Fornier affirme que Marie-France Beyron, la comédienne, est au point : «Là, elle est prête. La dernière était magnifique. Je suis persuadée qu’elle est une merveilleuse Zerline». Les yeux de Caroline sont radieusement  bleus.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 26 juin 2014

Par ideedart le 26 juin, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, ARTISTES SPECTACLE VIVANT, PRESSE LOCALE
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19 juin, 2014

George (sans ‘s’ !) Moussel, chroniqueur

D’une plaque, il n’a pas eu l’honneur… aucune rue, aucune place ne mentionne son nom. Et pourtant il a œuvré, sa vie entière, pour sa ville de Tournon comme d’autres l’ont fait. Avec la verve de sa plume, la finesse de son humour, le feu de son tempérament, l’énergie de son dévouement, ce petit homme avait tout d’un grand. Il est mort un 19 juin. Date de l’hommage d’aujourd’hui.

 

En 1936 George Moussel a 32 ans et se lie définitivement à la ville de Tournon. Il rachète le « Journal de Tournon » crée par le père de Joseph Parnin et passé depuis, entre plusieurs mains. Il en prend la direction et y rédige des articles remarqués : «chaque semaine son éditorial était attendu par ses nombreux lecteurs», et «ces propos d’une plume alerte étaient toujours clairs et pertinent ». Interrompant sans regret un début de carrière dans l’administration des finances il se lance, porté par l’enthousiasme et l’inconscience de sa jeunesse. « L’imprimerie était à plat! Les machines en panne. Pas de personnel. Et ceci en pleine élection» raconte Nicole de Micheaux, sa fille. Il relève l’entreprise.

Pourtant, à la déclaration de guerre en 1939, George Moussel est contraint de suspendre la parution de l’hebdomadaire et ce, jusqu’en 1945, date de son retour de captivité. Là, son concurrent local est interdit de parution et il profite de ce monopole inattendu.

En 1972, il laisse derrière lui un journal prospère et le souvenir de quelques épisodes savoureux tel celui de son assignation au tribunal pour ‘atteinte au crédit de la nation’. Il signe un article en juillet 1948 où on lui reproche d’«inciter le public à des retraits de fonds des caisses publiques et privées» .Comparution où il assura lui-même sa défense, à l’issue de laquelle il y eut appel, puis enfin relaxe.

Ou encore, autre événement peu ordinaire : la visite du consul américain de Lyon au lendemain de la parution d’un article sans concession, titré « Appel au peuple américain ». En réponse aux condamnables «excès français vis-à-vis de l’Afrique du Nord», il écrivait : «Revenez un peu vous-même sur votre histoire. Vous avez exterminé les Peaux-rouges sans pitié ni rémission». Sa fille s’amuse : «Mon père, de petite taille, voyant arriver un homme très grand, lui dit : « Commencez par vous asseoir, nous parlerons ainsi d’égal à égal». Des échanges épistolaires s’ensuivirent, preuves d’une amitié durable.

 « L’esprit au secours du muscle ».

Si George Moussel met de l’esprit en toute chose, il n’est pas moins sportif. Joueur de tennis et de rugby, il prend la vice-présidence des deux clubs. Le F.C.T.T est freiné dans son envol par ses caisses désespérément vides…Pour les remplir, George Moussel et l’équipe de rugbymen se produisent dans une revue au succès foudroyant. Des saynètes dialoguées ou chantées, pathétiques ou comiques se succèdent, liées par un fil conducteur : notables et personnages pittoresques sont croqués sur scène. «Où nos compatriotes se voient décrits au spectacle inattendu des choses et gens d’ici.»

Les textes de «Tournon’s autour des pots’Tain» (1927) sont écrits spontanément, un soir de grand froid, chez son ami Louis Roche de France qui retrouve George Moussel en pleine nuit, drapé dans un tapis de table, achevant le premier acte. Celui-ci jugé bon, l’hôte l’exhorte à poursuivre. Le deuxième acte «La légende de l’Hermitage» sera une pièce en vers émancipés, diffusée, bien des années plus tard (1955), sur les ondes de Radio Paris.

Localement, le fameux spectacle se joue au Cinéma Palace de Tain, l’Argence, devant une vaste salle toujours comble, parfois même au mépris des consignes de sécurité. La deuxième «saison» s’intitule: «Re-Tournon’s autour des pots’Tain». Les rôles, parfaitement distribués parmi les sportifs eux-mêmes ou leurs proches sont interprétés avec un zèle merveilleux qui ne faiblit pas au fil des six représentations. «La satire spirituelle y restait innocente et les spectateurs qui se voyaient sur les planches s’y reconnaissaient de bon cœur, joyeux d’applaudir à leur fidèle ressemblance.» lit-on dans la préface du livret, édité par la suite, à la demande pressente des spectateurs et signée Joseph Parnin, ancien professeur auquel il voue une admiration sans borne.

La somme récoltée permet l’achat du terrain rêvé. Mais il faudra bientôt des tribunes et des douches. Le FCTT fait, une nouvelle fois, appel à George Moussel, qui enseigne le français en Syrie, pendant son service militaire. Il interrompt son recueil de poèmes damasquins «Mes Orientales», le temps d’écrire «Tournon’s dans le gra’Tain» (1931) dans le même esprit «nous prenons gaiement les choses sérieuses et sérieusement les choses gaies. Ainsi portées par la fantaisie, mes chansons font sourire. Il n’y a chez nous que de la bonne humeur. Nous voulons éclairer d’un rayon de gaité notre vie locale.»

 «Un problème ? Un poème !»

George Moussel était non seulement impliqué dans le domaine associatif, mais aussi politique (conseiller municipal pendant 18 ans), et artisanal. Fort de ses convictions, il n’hésite pas à se placer à la tête des luttes politiques et syndicales. Il s’engage activement: président fondateur du syndicat des artisans de l’Ardèche, vice-président des chambres des métiers, président caisse retraite vieillesse de l’artisanat… la liste est longue et compte plus d’une vingtaine de titres qui s’accumulent au fil des ans, cristallisant les combats qui lui tiennent à cœur.

Mais en tout temps, en tous lieux, pour apaiser ses émois, il prend sa plume salvatrice, rédemptrice, poétique, consolante, insolente, truculente… Damas lui inspire des poèmes, sa détention en Allemagne, un livre « La guerre des humbles », Tournon deux pièces de théâtre «Hélène de Tournon qui mourut d’amour» et le «Jeu de Ronsard», Tain «La légende de l’Hermitage», les rumeurs des rues, un roman «Carcavelles» (commères en patois) diffusé en feuilleton dans le Journal de Tournon, pour tenir ses lecteurs en haleine, au gré des petits potins qui alimentent passionnément leur quotidien. Quant à ses amitiés célèbres ou non, elles sont l’occasion d’échanges de lettres souvent en vers …

Et lorsqu’il abandonne la plume c’est pour prendre le crayon et faire les portraits très ressemblants de ceux qui l’entourent (amis, proches, codétenus en Allemagne) parfois gravés dans le bois à des fins d’illustration.

Ses travaux sont signés George (sans ‘s’ !) Moussel. «Il tenait à l’originalité de l’orthographe de son prénom qui le distinguait d’entre tous !»… Assurément le souvenir de ses actes aura ce même pouvoir : le distinguer d’entre tous.

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 19 juin 2014

Par ideedart le 19 juin, 2014 dans ARTISTES ECRIVAINS, ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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12 juin, 2014

Maurice Adobati, fondeur d’art

« Mon cœur est gravé dans mes créations »

 

Il est l’artisan le plus proche du sculpteur, choisi par lui, pour une relation intime d’estime et de confiance. Maurice Adobati, fondeur d’art, prend le relai de l’artiste. Il est « la troisième main du sculpteur ». Son savoir-faire et son amour de l’art s’accordent pour offrir, à tout œuvre, une éternité de bronze. Au sortir de son discret atelier de Mercurol, les sculptures portent fièrement son sceau qui, apposé à la signature de l’artiste, véhicule son talent au delà des frontières.


Maurice Adobati est polyvalent. Il avoue sans forfanterie, avec modestie : «oui, il n’y a rien que je ne puisse faire dans mon atelier». Les amateurs ou artistes professionnels le savent et «le travail ne manque pas». Ils viennent lui confier «comme un trésor, un bébé» leur œuvre sculptée aimée, engendrée de leurs mains, élue pour mériter la réplique rêvée en bronze, matériau noble par excellence, gage de pérennité.

Commence alors un dialogue où le fondeur fait preuve d’une réelle et essentielle empathie, «Je mets mes goûts, ma sensibilité de côté pour un regard neutre. Je m’engage à faire le travail, j’y mets toute mon âme». Les étapes se succèdent. La pièce originale, de plâtre devient cire, avant d’être montée sur un arbre de coulée et noyée dans le plâtre.

Elle est alors enfermée dans un moule réfractaire, chauffée intensément jusqu’à ce que la cire fonde, s’échappe, se perde, laissant place au métal en fusion, coulé en pleine incandescence de son creuset. Scène dirigée dans l’ombre du feu par l’artisan aux gestes graves et sûrs. Vient ensuite «le moment le plus fort  où s’échangent les regards», dans la communion solennelle de l’attente. «J’aime la part d’incertitude», à l’instant où la sculpture est libérée de sa gangue. L’homme partage alors l’émotion démiurge de l’artiste.

Puis, la virilité placide du fondeur se mue en douceur sensible, celle du ciseleur, «encore un métier !». Il s’attache alors aux finitions. Caressée par la patience des limes puis soumise à la pluie de poussière de verre, la pièce se révèle, magnifiée par la matière.

Reste l’ultime étape : la patine qui se prête à tous les possibles et donne son âme à l’objet d’art. Maurice oxyde la matière, la chauffe, la frotte, patiente, veille à la montée de la couleur, fixe la teinte. Maitre du temps, il en accélère le processus inexorable.

Talent sans frontière

De tous les continents, des commandes pleuvent : décorations d’intérieur pour émirs arabes, palmiers ornementaux pour riches Libanais, commandes insolites comme l’«avion en bois recouvert de plaques de bronze à patiner», bronzes de portes des vastes chapelles des cimetières américains en France, édification du monumental  «Buisson Ardent» pour la ville de Lyon,  trophées de la Coupe du Monde d’Echecs, du Festival du Jeune cinéma, Ceps d’Or des meilleurs crus des vins de Chateauneuf-du-Pape, bustes de personnalités et trophées Bocuse consacrant les meilleurs chefs à l’issu des concours…

Associé à la gloire de l’objet

Si «le travail est valorisant, par le coup de patte, la profondeur, le petit supplément d’âme, la vie qu’il ajoute à l’objet» il est aussi grisant car il permet de vraies rencontres avec des gens peu accessibles ou très médiatisés. Parmi eux, Philippe Cézanne-Carrière descendant du génial peintre de la Saint-Victoire, « fait régulièrement halte à Mercurol en remontant d’Aix-en-Provence ». Paul Bocuse, depuis la mort de César, honore aussi l’atelier de plusieurs visites, heureux d’assister à la magie du coulage. Il associe Maurice Adobati à la gloire de l’objet, l’invite à des séquences télévisées «des moments forts, des émotions… on ne vit pas cela tous les jours…». De même, ponctuelles ou durables, les collaborations avec les artistes sont précieuses et appellent des connivences durables « Un vrai défi quotidien : certains furent mes hôtes pendant trois mois et c’était formidable ». Maurice est «systématiquement convié aux vernissages», car les artistes quels qu’ils soient, ont à cœur de prolonger le partage.

Regard sur l’Art

Des liens se créent avec les commanditaires, les artistes, mais aussi avec les amateurs d’art et les collectionneurs. Depuis trente ans, Maurice aime s’enquérir des émotions de son interlocuteur, échanger, partager ses impressions, «Certaines pièces me touchent davantage. J’aime quand il y a une personne derrière, quand la personnalité ressort. Je suis sensible à la puissance des toiles de Bacon, à la force que dégagent les peintures russes. J’aime les pièces qui questionnent, qui ont quelque chose à dire». Ateliers, collections privées, musées, expositions temporaires, tout l’intéresse, du modeste marché de la création du petit village voisin jusqu’aux plus prestigieuses fondations des pays lointains : «je pars régulièrement à l’étranger, j’aime voyager». Il revient, riche d’un autre regard, respectueux des concepts, («Socle Du Monde : un socle à terre, comme un piédestal, mais retourné. Manzoni insinue que ce socle serait celui sur lequel repose la Terre»), heureux de pouvoir confronter son ressenti à celui d’autrui «j’aime la passion chez l’autre, son interprétation, nécessaire à un certain recul». Etoffée chaque année davantage, sa culture est immense, des grands maîtres aux artistes contemporains même si ses premières et fidèles amours demeurent en Mésopotamie, aux premières heures du bronze, ainsi que l’affiche son site.

Maurice Adobati retrouvera la solitude de son antre, l’odeur mêlée de mazout et de métal, les vapeurs de cire brulée. Son atelier est habité par quelques chats au poil noir-incertain comme celui des lingots de bronze à l’état brut. Ils attendent à l’extérieur, couchés à égale distance l’un de l’autre, tels des points de suspension marquant le terme de toute histoire, de toute création, de toute discussion…

LN

 Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 12 juin 2014

Par ideedart le 12 juin, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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5 juin, 2014

Jean-Jacques Astier, coutelier d’art

 

Connu sous le nom de Sissou, Jean-Jacques Astier s’est  choisi un métier exigeant et peu ordinaire. Maitre du feu depuis 20 ans, il occupe aujourd’hui une place de choix sur la scène artistique coutelière. Sa forge plantée toujours plus haut dans les monts d’Ardèche, s’éloigne résolument de la ville et se rapproche inexorablement du ciel indulgent. Il y réalise des œuvres originales où l’âme et lames se fondent et se confondent.

Une maison à volets bleus, à flanc de colline, flirte avec le vent et le ciel voisin. L’homme  y a élu domicile il y a cinq ans. Sa forge, occupe l’intégralité du rez-de-jardin. A gauche, en entrant, deux ponceuses à bandes et l’établi de finition avec, à portée de main, limes, aiguilles, pinces, petits marteaux… A droite, un rideau de lanières colorées « des bandes plus ou moins abrasives selon les teintes », une accumulation incongrue « ici l’animal, le végétal et le minéral se rencontrent » de cornes, dents, bouts de bois mêlés d’où s’échappe l’odeur poivrée du genévrier.

La forge, au fond, s’ouvre sur le vert des champs qui sauve, de sa tristesse, la grisaille monochrome. Les machines sont à l’arrêt. Le feu sommeille. Les marteaux, en attente, prisonniers de leur collet de cuir, pendent autour des enclumes. L’écho du silence interrompt la musique rythmée de l’action. Le souffre et le phosphore exhalent leur parfum « comme le Mastrou, un mélange de goudron et de résidu de charbon » souffle l’hôte. Les araignées s’appliquent à ourler les verrières, tamisant une lumière blanche et crue.

Au mur, la petite phrase de Morand : « Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui. » L’artiste n’est pas un homme pressé «  le métal exige que l’on aille ni trop vite ni trop lentement. Il faut s’adapter à sa ductilité. Il faut savoir gérer son temps, accorder de l’attention à son environnement ».

Le milieu est agressif, les yeux souffrent de la luminosité de la braise, de la fumée, de la poussière. Il arrive un moment où les émanations, le froid ou la chaleur, le bruit du marteau, le tintement de l’enclume deviennent pesants. L’heure est alors venue d’aller « écouter le vent, les oiseaux, de se poser dans l’herbe ». L’artiste l’avoue : « Vivre à la campagne m’est essentiel.»

L’Acte de créer

Mais si l’acte de créer est parfois à ce prix, il reste ce que le poète nomme « l’ivresse de l’émotion primitive », née de la satisfaction de conjurer les contraires, de transcender les éléments, qui de symboles deviendront outils, par la seule volonté de l’homme. « Je suis lié par les quatre éléments, le terre (minerai), le feu (forge) l’air (soufflet) et l’eau (trempe). Je suis le chef d’orchestre. Je les fais jouer ensemble l’air le plus juste. » La pince et l’infini de ses formes, experte et démiurge « prolonge le bras jusqu’au cerveau ». Elle varie, s’adapte pour une meilleure prise, permettant à la main de chair de jouer, nue, son rôle de virtuose. « Posséder les automatismes du métier permet de penser et de parvenir à l’harmonie d’un résultat que l’on veut beau. »

L’Œuvre

Les couteaux de Jean-Jacques séduisent les grands collectionneurs et les simples amateurs. Ils s’exposent dans les Salons de toute la France (10 ans de présence au SICAC Salon International du Couteau d’’Art et de collection à Paris) et sur le Net. Derrière son stand, le créateur observe le visiteur : « La main est attirée par le couteau. Ce qui sort de mes couteaux, c’est une émotion. Chaud, vivant, le couteau porte la trace de la main de l’homme ». Eminemment sensuel, le couteau se touche, se palpe, se caresse, se saisit, se soupèse, s’appréhende autant qu’il se regarde. Selon l’humeur et le vécu de l’artiste, il sera  « épuré, sans rien qui arrête le regard, de la pointe de la lame au bout du manche», ou sophistiqué, précieux « travaillé, guilloché et chargé comme un bijou ». Quoiqu’il en soit, Jean-Jacques Astier demeure intransigeant « Je fais ce que je sens, pas ce qui plaît », bien qu’il sache aussi travailler sur commande. Il varie les matières (acier mat Cardonne et brillant Nickel-chrome pour la lame, ivoires et bois divers, pour le manche), les techniques de feuilleté (le somptueux Damas) les formes (du couteau ardéchois sorti du terroir jusqu’au mystérieux Kriss indonésien), les registres (virils ou sexy) mais veille à ce que toujours, le manche s’éprenne de la lame.

L’élément déclencheur

L’ombrageuse et farouche jeunesse a fini par se sédentariser. Non sans avoir pris le temps de naviguer dans les mers d’huiles : on lui doit, entres autres réalisations, la totalité de la décoration de la brasserie Victor Hugo à Valence (dont les superbes reproductions de Lempicka plus grandes que nature) ou les 400 m2 de trompes l’œil du supermarché Leclerc de Bourg-Lès-Valence. Et après avoir eu la chance de côtoyer de près, Vassard et Huard, « des grands bonshommes profs aux Beaux-arts », au moment où il s’essaye à la sculpture. L’un, connaissant ses faibles moyens, lui prête ses premiers outils et l’exhorte à les forger lui-même. L’autre, connaissant ses dons artistiques, l’encourage. Et c’est ainsi que pour vaincre la pierre, il entre en guerre contre le métal, trouvant un adversaire à sa mesure, aussi rebelle et insoumis que lui. Fort de son talent et de sa passion, il est passé maître et reconnu professeur. A son tour, il enseigne, dispensant ses formations dans une ambiance de compagnonnage, heureux de pouvoir transmettre le feu de son art.

 LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 5 juin 2014

Par ideedart le 5 juin, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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29 mai, 2014

Serge Roca, sculpteur

Entre le bleu du ciel et une terre d’œillets sauvages, s’est amarré un bateau-maison. Yacht naguère coulé, il domine désormais la platitude du vaste site. Son intérieur oblong exalte des effluves de rêves et de liberté, « lieu des meilleurs croquis », de l’artiste Serge Roca. En poupe, ouvert au soleil et offert aux vents, l’atelier du sculpteur s’entoure d’une mer rouillée d’objets d’acier, sauvés de l’abandon auquel ils étaient promis.

¡ Qué viva el aciero!

« Je n’ai qu’une vie et ne sais faire rien d’autre. » Ainsi parle le sculpteur de son œuvre d’acier. Œuvre éminemment fort, au parti-pris désormais monumental, alliant la pesanteur du dur labeur à la vigueur de l’élan passionné. Une matière dense et résistante, lourde et farouche, difficile et indocile, avec laquelle il est entré en lutte depuis plus de vingt ans. L’acier est l’unique interlocuteur élu pour un dialogue que Serge Roca voudrait sans fin. « La matière me parle et je lui réponds. L’objet, je le prends pour sa forme, pour ce qui m’interpelle en lui. Je connais ce qui va casser, ce qu’il faut accentuer pour marquer les traits. Cela se ressent dans la matière. » L’objet récupéré n’est pas à l’origine de l’œuvre mais est voué à servir son destin. Et si le hasard de la réserve constituée au fil des ans ne livre pas la forme adéquate, Serge n’hésite pas à recourir à l’achat, si insolite ou si coûteux soit-il.

¡ Qué viva la emoción !

 « L’émotion doit être là dès le départ », lorsque nait l’idée de la pièce. Suit l’étape de l’étude « Aller chercher un mouvement », du dessin, « En couleurs, comme j’avais trois feutres!… » de la chasse aux objets « bien choisir sa matière et savoir si on en a assez pour finir la pièce», de l’étude du squelette « Ne pas se rater », de la construction « Monter le tout comme un puzzle pour retomber sur l’architecture», le tout émaillé par les troubles d’une incertitude latente « Je doute toujours et partout. Rien n’est jamais acquis. Je sais que je sais ». Serge Roca connait les exigences de sa matière. Il l’aborde en toute humilité. « Chaque nouvelle pièce est une occasion de refaire tes gammes. L’expérience est là pour te dire : ça c’est mauvais. Le défaut te mène à la qualité. Les fautes à la retouche ». L’artiste travaille l’acier à froid, le tronçonne, le coupe, le cisaille, le compresse, le plie, le meule, le frappe, le martèle, le façonne, le soude, l’ébarbe. Il s’attache essentiellement à la ligne, la casse pour la rendre plus nerveuse. Il interprète, fort de sa personnalité et pleinement conscient qu’il est primordial de « savoir ce que tu as dans le ventre. C’est viscéral. Les tripes donnent la vie. Le cérébral sert l’esthétique. C’est de l’énergie pure. La belle pièce sera celle qui correspond à ce que tu veux dire ».

 

¡ Qué vivan las creaciones!

Serge Roca avoue une impérieuse « appétence pour la matière » qui lui impulse une « envie de tout faire ». Aussi au fil du temps se construit l’œuvre, délibérément figuratif. Du registre animal plus ou moins chimérique, (dragons nerveux, animaux géants, poissons fantasques « en leur compagnie,  je suis dans mon bocal tous les jours !..») au registre humain (le buste du colosse d’une tonne, et les séries des « visages africains » interrompus dans leur conversation pour être vendus, dispersés avec l’espoir de se retrouver : «un jour l’un des collectionneurs rachètera l’ensemble de la collection et la famille sera réunie » ), le sculpteur déclare « je les aime tous ». Et pourtant, il les considère parfois avec sévérité « certaines sont moins abouties mais ce sont les précédentes qui m’ont amenées à faire celles-ci ». Celles-ci, ce sont les plus récentes, les plus puissantes, les plus audacieuses : les grands volumes. « Avec le monumental, on ne triche pas, c’est de la haute voltige, une aventure ».

 

¡ Qué viva la vida!

Noble, musclé, ardent, pesant, le taureau pressenti pour l’entrée de la quatrième Biennale de SculpturArt est saisi dans la puissance de sa charge, interrompu dans la beauté de son élan. Ses pattes avant suggèrent l’émoi de la surprise. L’une se tend, bloque alors que l’autre plie, glisse. Pour Serge, « une sculpture c’est prendre un sujet à l’arrêt mais intégrer le mouvement dans le statique. Chercher la ligne qui bouge, qui vit. La force vient de l’intérieur. Pas de l’enveloppe finale ». La pièce se construit de l’intérieur. Le squelette s’habille, couche par couche. « On part de petit et on rajoute. Je garde l’œil en mire et je rallonge ». La  tête du taureau est sciemment disproportionnée pour favoriser la puissance virile du poitrail. L’animal est représenté de front, du garrot à l’aisselle, dans une cuirasse épaisse cousue à grands points de soudure, créateurs d’ombres et de lumières. De dos, la structure apparente révèle les arceaux pliés, roues de charrettes compressées, cage qui retient le tumulte des pulsions, la force de l’instinct, la mémoire des mythes les plus anciens...  Le monstre de Phalaris, alias « Lou Toro. K »,  s’en ira  rejoindre le « Mulet des Trois », hommage avoué à Dali, Armand et César et s’inscrit déjà dans la lignée des chefs d’œuvre de Serge Roca. « Chaque nouvelle année on espère s’étonner. Le jour où on ne s’étonnera plus, il faudra s’arrêter. Le jour où la matière arrête de chuchoter, c’est plus la peine ». Puisse le dieu Acier susurrer longtemps encore et accorder à ce professionnel la place qu’il mérite dans la cour des grands…

 

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 29 mai 2014

Par ideedart le 29 mai, 2014 dans ARTISTES FRANCAIS, PRESSE LOCALE
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22 mai, 2014

Georges Fréchet, conservateur en chef des bibliothèques

Si Paris demeure son port d’attache, Tournon-Tain sera davantage qu’une escale et vraisemblablement son havre d’adoption. Où qu’il soit, il s’installe avec la flamme ardente de ses passions : amour des livres, nourri d’une recherche exigeante et professionnelle, et amour de l’art, assorti d’une sensibilité avertie et d’une solide connaissance. C’est avec le Beau que Georges Fréchet a scellé à jamais la plus fidèle des alliances.

Conservation : livres et lieux d’exception

Spécialiste du patrimoine écrit, Georges Fréchet s’entoure des ouvrages de valeur qui habitent les « réserves » des bibliothèques les plus prestigieuses de France. Compagnon des livres, manuscrits et parchemins, il contrôle leur état et veille sur leurs visites ou sorties.  «  L’ancienneté, la rareté, la beauté des livres en fait des objets précieux » qui s’approchent avec autant d’émotion que de précautions. Le « trésor absolu », ne se touche « qu’avec des gants blancs »…

Les objets précieux méritent de beaux écrins et les bureaux qu’occupe successivement Georges Fréchet sont tous « dans des édifices magnifiques ». La BHVP, Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, est sise dans le quartier du Marais, dans un hôtel particulier Renaissance, « construit au XVIème siècle par Diane de France ». La BNUS, Bibliothèque Universitaire Nationale de Strasbourg, est un imposant bâtiment de style néo-Renaissance italienne. Georges Fréchet y goûte « la dimension internationale», s’enrichit des contacts avec ses collègues allemands, fort d’une parfaite maitrise de la langue acquise dès l’enfance alors que son père, attaché culturel, était en poste à Berlin. « C’était l’époque de la construction du mur, de la guerre froide. Mes camarades de classe étaient fils d’espions, on jouait à la guerre ». L’INHA, L’Institut national d’histoire de l’art est abrité par la galerie Colbert, élégante retonde au dôme de verre. Et enfin la fondation Calvet, bibliothèque municipale d’Avignon, livrée cardinalice Ceccano, palais du XIVème siècle, « où mon bureau était idéalement situé…au sommet du donjon ». Outre sa silencieuse mission d’étudier, classer, conserver, entretenir, enrichir les collections qui lui sont confiées, Georges Fréchet va s’attacher avec bonheur à les mettre en valeur par le biais d’expositions. « Il ne s’agit pas d’attendre le lecteur mais aller au devant de lui ».

Expositions : à la croisée des passions

A Paris, le jeune Georges fait ses premiers pas de commissaire. Une trentaine d’expositions jalonneront sa carrière. L’une d’elles, remarquée, s’orchestre autour de l’œuvre ambiguë de Barbey d’Aurevilly : ‘Les Diaboliques’. Soucieux  d’ouvrir l’exposition à un large public, Georges Fréchet sélectionne « les objets à la fois beaux, intéressants, amusants, contribuant à faire vivre l’homme et son milieu : amis, photos, vêtements anciens, bijoux » et les met en scène. A l’instar de René Char, le jeune conservateur pense que les écrits, comme «  les poèmes prennent leur pleine respiration au sein des couleurs qui les escortent ». Aussi n’hésite-t-il pas à mélanger l’art contemporain et les documents anciens, invitant des artistes en devenir « à évoquer des écrits ». Douze se prêtent au jeu dont les désormais connus Dado et Vincent Bioulès. La formule est un succès.

Succès qui se répète à  Strasbourg, lorsqu’il décide de commémorer la publication de ‘La Nef des fous’ (1494), dont la plus célèbre des nombreuses  éditions est sans doute celle illustrée par Dürer, « best-seller du 15ème siècle, le grand succès de librairie de tout l’ancien régime. International, il est traduit dans toutes les langues de l’Europe. L’humanité y est comparée à un groupe de fous, dotés de tous les vices. Condamnés, ils seront ramenés à la raison ». Là encore, il lui faut déterminer le fil qui conduira le visiteur et « l’aidera à se retrouver dans le dédale ». Une fois de plus, il fait appel à des créations d’artistes contemporains, leur offrant leur chance. La plasticienne Anne Muller y est remarquée et l’événement reçoit les félicitations du président allemand. Itinérante, l’exposition et son succès s’en iront ensuite rejoindre les villes de Bâle (Suisse) et de Karlsruhe (Allemagne). La phrase d’Andy Warhol À l’avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale prend tout son sens, le temps du cliché de Georges en 2005, entouré de ministres de l’époque : François Fillon, à l’Éducation nationale, et Renaud Donnedieu de Vabres, à la Culture, saisis dans leur enthousiasme, le jour de l’inauguration de l’Institut d’Histoire de l’Art.

En Avignon, le poète René Char fait mouche. Dans le cadre des « Amitiés poétiques », Jean-Claude Xuereb lui rend hommage. Des comédiens lisent des textes. Georges Fréchet a « obtenu le concours de jeunes artistes de la région pour illustrer ses œuvres et celui de comédiens pour les lire. Jean-Claude Xuereb, en bon disciple, dédicace. »

Ainsi se poursuit, une carrière durant, le dialogue entre les deux arts également aimés, consacré dans ce qu’on appelle les «  Livres d’artistes ». Georges est expert/gourmand des éditions illustrées d’entre les deux guerres. « Les aspects techniques du livre lui-même m’intéressent, la fabrication du papier, l’impression, la reliure. Tout cela change selon les époques. La reliure ne devient en rapport avec le texte qu’avec l’Art Nouveau. Aujourd’hui l’artisan Jean de Gonet fabrique même ses reliures originales …à partir de pneus ».


Participation : colloques et associations

Georges Fréchet demeure fidèle aux Amis des Danses Macabres, et ce depuis vingt ans. « C’est une réunion de chercheurs et d’amateurs passionnés par le phénomène médiéval de la danse macabre – au sens large – qui travaille sur ses aspects historique, iconographique, sociologique, philosophique, religieux  et artistique » apportant son expérience,  ses qualités humaines et sa rigueur universitaire, héritée de ses années à l’école des Chartres. Il participe aux différents colloques et donne des conférences à l’étranger.

Par ailleurs il est membre de l’association des Amis des Antonins qui a pour vocation de sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine de l’ordre hospitalier de Saint-Antoine, de faire connaître l’abbaye de Saint-Antoine dont une commanderie se trouvait à Tournon.

Enfin, Georges Fréchet aime les langues et les écritures anciennes. Il étudie le russe, le grec moderne, le sanscrit et le persan et savoure le mystère des vieux papiers aux inscriptions indéchiffrables…

Où que la vie le mène, Georges Fréchet,  se rapproche des associations culturelles. Aujourd’hui, il s’intéresse au passé de Tournon, faisant table rase de toutes les recherches antérieures et allant puiser directement aux sources. Son étude poussée des œuvres de la collégiale ébranle certaines certitudes et remet en cause quelques attributions.

Nul doute que les villes sœurs l’accueillent avec bonheur.

 

 LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 22 mai 2014

Par ideedart le 22 mai, 2014 dans PRESSE LOCALE
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8 mai, 2014

Catherine Charles, restauratrice copiste

L’art de copier existe depuis que l’homme peint. Les grands maîtres eux-mêmes ont copié les œuvres de leurs aînés par défi, par passion ou à des fins d’apprentissage. Depuis 15 ans, Catherine Charles, restauratrice et copiste, se frotte à cet art qu’elle exerce désormais en son atelier en plein cœur de Tournon. Là avec patience, talent et bonheur, elle renoue avec les techniques oubliées des grandes figures de la peinture.

Artiste-copiste

 « Ça c’est mon truc ! » s’est écrié Catherine Charles alors qu’elle s’essayait à la copie. Elle s’était toujours dit qu’un jour elle viendrait à la peinture, prendrait ses pinceaux mais sans chercher à créer. Elle admire les œuvres des peintres des 16ième, 17ième.    et 18ièmesiècles. Leur travail et leur talent exercent sur elle une telle fascination qu’elle sait impossible à quiconque de les surpasser et lorsqu’elle se décide à entrer en peinture elle ne change pas d’avis : «  Je m’y suis mise par amour de l’Art en étant persuadée que ce que d’autres avaient fait, était mieux que ce que je pourrais faire !». Depuis plus de quinze ans, Catherine copie avec ferveur, au détour de rencontres, tous ses coups de cœur.  Elle goûte le résultat, convaincue qu’elle n’aurait su l’inventer et elle assume haut et clair : « je préfère une bonne copie à une mauvaise invention ».

L’atelier lyonnais

Amenée à quitter sa ville natale, qui s’étire à l’ombre du massif armoricain, entre les rives de la Loire et celles de l’Atlantique, elle arrive à Lyon. Et, pensant « je ne sais rien faire », s’engage à suivre une formation de deux ans agréée par la Région dans le cadre prometteur d’une réinsertion. C’est ainsi qu’elle fait avec bonheur ses premières armes dans la restauration de tableaux anciens. « Mon maître était une femme géniale et une fois passées les deux années j’ai trouvé idiot de ne pas poursuivre ! ». Catherine, passion en poupe, organise des cours le soir, convainc son professeur, « rameute quelques copines » et continue à profiter de l’atelier, à en savourer l’ambiance unique, essentielle à son travail. « J’ai besoin de rigueur, d’être cadrée, corrigée, de m’entendre dire « ce n’est pas bon du tout ! » même si parfois je rue dans les brancards… et j’apprécie de me frotter aux autres pour ne pas tomber dans un nombrilisme affligeant». Aujourd’hui, Catherine est un pilier du groupe dont les autres membres tournent, s’apportant mutuellement un petit supplément d’art.

Les règles de la copie

Mais attention, l’art de copier est soumis à des règles « on n’est pas là pour faire des faux ! Sinon on est passible de sanctions ! ». A la différence d’une copie, le faux est une imitation d’une œuvre d’art originale, qui n’est pas présentée comme une copie, ou encore une œuvre originale dont on cherche à attribuer la paternité à un artiste autre que l’auteur. Catherine le sait mieux que quiconque. Il lui faut impérativement changer la taille des tableaux, en omettre volontairement un détail. « Bref, on s’autorise à déraper alors que le faussaire se l’interdit! ». De plus, il est impossible de copier un peintre mort depuis moins de 70 ans, interdit aussi, de signer une copie. Le nom s’inscrit simplement au dos de la toile suivi de la mention « d’après » ou « hommage à .. »

Seuil de paresse

« Je suis une grande fainéante pour tout sauf pour la peinture. Je me suis découverte têtue et obstinée » avoue Catherine dans un rire. Une paresse vite oubliée, supplantée par une belle ténacité, lorsqu’il s’agit de fabriquer les châssis, tendre la toile de lin, l’enduire de colle de peau de lapin, de blanc de Meudon, de la couvrir de terre de sienne brulée, et de surveiller le séchage… « J’ai fait beaucoup de recherches sur l’évolution des supports au fil des siècles et appris énormément ». Pour honorer ses commandes, elle est amenée à maitriser l’art de peindre sur toutes les surfaces : toile, bois, ardoise et cuivre. « Le cuivre induit les petits formats car son poids le rend difficile à transporter mais il a l’avantage de donner sa lumière au tableau ». Il lui est arrivé, à plusieurs reprises, d’exécuter le portrait d’un aïeul que se disputaient ses descendants à l’occasion d’un partage, de réaliser des « dummy boards » (silhouette de bois, grandeur nature destinées à meubler l’âtre de la cheminée en été ) et même de peindre sur porcelaine un service entier pour un repas princier de fiançailles…

Amours toujours

Lorsqu’elle n’honore pas ses commandes, Catherine peint pour elle. Son premier coup de foudre fut pour Chardin « c’est un artiste pas facile mais quand on a compris comment il fonctionne, on a compris beaucoup de choses » mais elle affectionne des peintres aussi différents que Jules Médard et ses natures mortes (dont elle a magnifiquement copié le tondo « fleurs dans un vase bleu »), Gil Elvgren et ses  pin-ups qui s’exhibent sur les calendriers des routiers (occasion de s’exercer aux raccourcis-pas évidents !), André Renoux (le chantre des rues de Paris ) et Jack Vettriano (amateur de scènes de cinéma américain, de femmes fatales et de plages huppées…)

S’entourer de beauté

Sous une irrésistible joie de vivre et une verve gouailleuse, Catherine cache une authentique classe, de celle qui se transmet. Et faute d’avoir hérité de la fortune qui parfois l’accompagne, aidée de son mari, elle se met au défi de (re)créer pour leur salon tournonais, partie du cadre somptueux de la Villa Ephrussi de Rothschild. Des murs entiers de lambris sont montés et peints à l’identique. Catherine va jusqu’à reproduire admirablement les pendants en grisailles et la très gracieuse Jeune femme à la robe blanche ruban bleu de Jean-Fréderic Schall. Un  pare feu, décoré par elle, cache le foyer d’une cheminée de bois. Aux murs, des tableaux de maitres affichent l’indéniable virtuosité de la copiste, modestement « heureuse de pouvoir admirer au quotidien les œuvres des plus grands ». Un luxe qui exige temps et technique, un talent qui révèle finesse et délicatesse… ouvrant la porte à toutes les époques…

LN

Article paru dans le JTT (hebdomadaire) du 08 mai 2014

Par ideedart le 8 mai, 2014 dans PRESSE LOCALE
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